Etre urbaniste aujourd’hui

 

Architecte, j’ai choisi de travailler sur la ville car il s’agit du lieu à partir duquel se recompose aujourd’hui la géographie mondiale. J’ai poussé l'expérience jusqu’à intégrer des collectivités territoriales pour être dans l’amont de la ville. Ce positionnement me conduit à établir un lien dynamique entre l’état de la pensée contemporaine et ses applications sur le terrain. Il est particulièrement éclairant sur les modalités de prise de décision et sur l’imagination de la ville entre considérations politiques, techniques et sociales. Cela me permet aujourd'hui d'interroger les limites disciplinaires et de conclure que l’urbanisme se définit aux frontières poreuses de différents domaines pour devenir l’art de traverser ces mêmes frontières. 

 

En l’espace de quarante ans, les rapports d’échelle se sont transformés sous l'effet combiné de la restructuration de l'économie mondiale et du développement des réseaux de communication. En réponse, les urbanistes ont-ils adapté leur méthode d’investigation et d'intervention ? Les découpages disciplinaires entre le dedans et le dehors et entre la grande et la petite échelle - qui ont conduit à la séparation des métiers d’architecte, d’urbaniste et de géographe - doivent aujourd'hui tomber pour faire face à cet enjeu. Notre domaine d’intervention est plus que jamais ouvert et nous devons apporter une ingénierie pragmatique à la structuration de l’espace et du temps.

Alors que l’on présente trop souvent la ville comme un objet statique, je préfère me fier aux flux qui la composent. En cherchant à objectiver ce qui y fluctue, j’aime à penser que la ville est immobile à grands pas. Le développement durable prône l’économie des ressources et il nous revient d’interroger notre mode de consommation du temps car, avec l’avènement de l’espace des flux, toute tentative de modifier l’espace est vaine si elle ne s’accompagne pas d’une forme d’aménagement du temps.

 

 

Parcours professionnel

 

Influencé par la pensée sur la vitesse de Paul Virilio qui fut mon professeur à l’Ecole spéciale d’architecture, cette vision dynamique de la ville a imprégné mon parcours professionnel ;

 

Lors de mon diplôme d’architecture, j’avais étudié la question de l’inscription du temps dans l'espace. Cette recherche se concentrait sur la perception de la durée et le chevauchement des temporalités en articulant des trajectoires individuelles, une architecture et son inscription dans un paysage. Puis au sein de l’agence Reichen & Robert, j'ai travaillé sur des programmes complexes dominés par des échanges de flux et des réhabilitations lourdes. Le réemploi de bâtiments et l’actualisation de leur usage m’ont définitivement fait prendre conscience de la fluctuation des formes bâties.

 

Après plusieurs années d’exercice, j’ai entamé une recherche universitaire sur l’espace des flux de la mondialisation. En analysant les politiques urbaines de trois métropoles européennes – Lille, Glasgow et Turin - j’entrais de plain-pied dans la spatialité contemporaine. Ont suivi plusieurs recherches sur la mobilité et sur l'inclusion du lieu dans l'espace des flux pour des commanditaires tels que la RATP, la SNCF ou le Ministère de l’écologie et du développement durable. Aujourd'hui mon travail consiste à développer des stratégies de planification et d'aménagement urbains en mettant le temps au coeur de mes préoccupations. Cette démarche spécifique m'a valu d'être lauréat du Palmarès des jeunes urbanistes en 2010.

 

Parallèlement à mon activité de praticien, j’ai une activité de recherche urbaine au sein de différents laboratoires. Sous la formule de recherche-action, je m’emploie à élaborer des outils servant l’activité opérationnelle à partir d’une réflexion théorique. La phase expérimentale y est contemporaine de celle de l’invention, pour en être même le matériau, l’ensemble se rapprochant plutôt d’une recherche-création, comme elle est couramment pratiquée en musique. 


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