s/ Urbanisme solidaire

Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 08:08

L'actualité est cruelle. Tremblement de terre à Haïti, inondations à Madère, et hier alerte au tsunami pour les iles et côtes chiliennes. 

Face au défi des catastrophes naturelles et technologiques présentes et à venir, liées entre autre au réchauffement climatique, les instances internationales se doivent d’apporter des solutions adaptées d’interventions à la fois rapide et durable.
 Nous sommes convaincus que les aides d’urgence doivent être la première action d’un programme post-catastrophe et que son élaboration doit prendre en compte la gestion de la catastrophe dans sa totalité afin que les choix ne se limitent pas à la précipitation ou à l’étalement de l’aide sur plusieurs années, et ce, faute d’anticipation dans l’élaboration des moyens à mettre en œuvre. Pour expliquer et étayer cette approche, il suffit de rappeler que deux ans après le tsunami en Asie, certaines organisations ayant collecté des fonds n’en ont engagé qu’à hauteur de 40%.

 

Les catastrophes entraînent ont souvent des conséquences dramatiques - déplacement de population, famine, épidémies, raréfaction de l’eau potable – qu’il nous importe d’appréhender pragmatiquement en proposant des solutions faciles à mettre en œuvre sous n’importe quelle condition et respectueuse des personnes amenées à en bénéficier. De plus, très souvent les structures provisoires tendent à perdurer et nous pensons qu’il faut introduire dans la réflexion plusieurs temporalités : il y a d’une part la rapidité de la réaction et d’autre part la durablilité de la reconstruction. La question que nous préférons posée ici serait paradoxalement celle-ci : quel type d’intervention d’urgence pour une ville durable ? Nous entendons par là que nous espérons apporter des solutions constructives mais aussi une sorte de grammaire urbaine qui permettrait de mettre tout de suite en place l’embryon des services urbains de production et de desserte (production d’eau potable, dispensaire, lieux de rassemblement…)

 

D’où PARLONS-NOUS ?

 

Voici plus d’un demi siècle, la France s’est reconstruite après les bombardements qui l’on durement frappé à la fin de la seconde guerre mondiale. Les villes portuaires du Havre, de Saint-Nazaire ou de Royan en témoignent parmi d’autres. Nous sommes les petits enfants des urbanistes, des architectes et des entrepreneurs qui ont reconstruits ces villes. Nous pouvons témoigner qu’une force inouïe suit un désastre et que ces efforts ont été portés par un espoir de progrès : permettre l’avènement d’un urbanisme moderne où les conditions de vie des habitants seraient meilleures qu’avant. La reconstruction a été l’occasion de reprendre les réseaux urbains, d’ouvrir des avenues et de donner de la lumière et le confort moderne à tous les logements. Presque soixante ans plus tard, ces formes urbaines démontrent leur qualité et le centre ville du Havre vient d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.


De ce retour sur notre propre histoire, nous tirons quatre enseignements majeurs. Le premier est un rappel : au-delà de l’abomination du désastre, la reconstruction peut être une chance pour améliorer les conditions de vie des gens. Le second tient dans la durée que cela implique. L’appel de l’hiver 1954 nous rappelle qu’on ne reconstruit pas rapidement et que la transition entre les baraquements d’urgence et une forme durable d’habitation peut être critique. Le troisième est d’ordre social. La reconstruction fut un élan moderniste incontestable vers l’habitat collectif et des formes épurées. Mais les trente glorieuses qui suivirent ont vu se développer une marée pavillonnaire se rapprochant d’un modèle social antérieur : au dogme moderne du toit terrasse, les gens ont préféré le toit à deux pentes par exemple. Les aspirations individuelles rattrapent toujours la société. Le quatrième enseignement est certainement le plus riche : la reconstruction fut la conjonction d’un travail d’urbanisme et de l’utilisation d’un matériau nouveau qu’était le béton armé.

  

Que veut dire pour nous l’intervention d’urgence ?


Il s’agit de répondre efficacement à une situation de grande précarité en permettant l’accès aux services de base :

- Se protéger des intempéries – abriter les personnes et éventuellement leur biens.

- Se nourrir – garantir l’accès à l’eau potable et à l’alimentation.

- Se regrouper – reconstituer les noyaux familiaux et les communautés.

- Se soigner – garantir l’hygiène minimum, endiguer les épidémies et donner l’accès aux soins médicaux.

- Vivre en société – permettre l’accès aux services administratifs de base et l’exercice éventuel d’un culte religieux.

Pour nous dont le métier est l’aménagement physique de l’espace, cela ce traduit en actions concrètes :

- Se protéger des intempéries – proposer des constructions rapides à mettre en œuvre et durables car les solutions de transition sont amenées à durer.

- Se nourrir – proposer une source d’eau potable (apport, forage, adduction, traitement) et en fonction des situations aménager les voies de communications nécessaires à l’acheminement d’une aide extérieure.

- Se regrouper – proposer des espaces de vie dimensionnés pour le regroupement des personnes.

- Se soigner – proposer des lieux de vie sains, garantir un assainissement provisoire (individuel ou collectif) et proposer des espaces spécifiques de soins.

- Vivre en société – proposer des espaces de vie spécifiques au rassemblement et à l’organisation de la société.

Fidèles aux enseignements de la reconstruction en France, nous ajoutons à cela deux autres propositions :

- Prévoir l’avenir – jeter les bases d’une meilleure qualité de vie en prévoyant l’évolution des villes qui renaitront à partir de l’intervention d’urgence en gardant à l’esprit que les installations provisoires peuvent longtemps.

- Respecter les cultures – ne pas imposer de formes sociales, architecturales ou urbaines à des cultures qui possèdent leur propres références et qui ont besoin de se reconstruire après la catastrophe.

 

Que pouvons-nous concrètement apporter ?


L’action humanitaire n’est pas notre domaine d’intervention et nous respectons la grande expérience des associations internationales et des armées européennes dans ce domaine. Nous avons en revanche une posture claire d’aménageur de l’espace et d’entrepreneur. Nous pensons que beaucoup de situations sociales, même en cas de crise majeures, ont des implications spatiales que nous pouvons assister. Notre expérience professionnelle va de l’aménagement de l’espace urbain à des constructions éphémères. Nous désirons nous appuyer sur les connaissances françaises en matière d’intervention d’urgence et sur les savoirs faires locaux. Nous proposons de fournir les services suivants :

Proposer un type de construction d’urgence – approvisionnement et mode constructif

S’adapter aux spécificités locales – modulations de l’espace et éventuellement matériaux locaux

Proposer une réflexion sur l’implantation sur place de ces constructions d’urgence – peut-on jeter ainsi les bases durables des villes et villages à reconstruire ?

 

 

Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 23:44

On s'est réveillé ce weekend (20.02.2010) en apprenant à la radio que des pluies torrentielles avaient provoqué des inondations et des glissements de terrain sur l'île portugaise de Madère en faisant au moins 42 morts et plusieurs centaines de blessés. La capitale de l'île, Funchal, a été plonge dans le chaos au dire des journalistes. Il est ironique de penser que dans ce genre de situation, le chaos est le mot dévolu pour indiquer la panique ou la désorganisation.

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Cette petite ile de 57 x 22 km, a subit pendant trente ans la politique du béton qui fait dire à certain que la catastrophe est due à une mauvaise planification urbaine. Les fonds structurels européens au titre de l'aide aux régions les plus pauvres ont permis la construction de voies rapides qui ceinturent l'île et de nombreux bâtiments publics. Funchal a subit une urbanisation désordonnée malgré sa localisation a flanc de colline et l'imperméabilisation massive a transforme les cours d'eau en "canons a eau" emportant ce vingt février ponts et constructions sur leur passage.

L'horreur climatique remet un pied sur le continent européen et nous nous indignons bourgeoisement au petit déjeuner que les règles de sécurité n'aient pas été respectées. Les principales constructions incriminées sont bien entendu celle que la pauvreté confrontée à la pression foncière a jeté là. Nous sommes prompts à émettre des jugements et à donner des subventions, donc des leçons mais avant de condamner l'urbanisation chaotique et l'infamie du ciel, nous devrions réfléchir sur trois questions.

 Devant un the fumant, je me pose la première qui est celle de l'établissement de personnes en zone inondable ou sujette à des glissements de terrain. Dans la succession des actions on oublie bien vite la planification urbaine, fusse-t-elle vertueuse, au profit de la vie quotidienne et des petits arragements particuliers qui font qu'un règlement se fane bien vite. Le droit doit rester vivant et s'adapter aux situations. Au lieu de pondre un plan, il conviendrait bien mieux d'organiser le suivi dans le temps des contraintes naturelles puisqu'un règlement n'a jamais arrête un glissement de terrain. Prévoir en revanche la vulnérabilité et restituer au milieu ce qu'on lui prend de l'autre semblent plus opératoires. Comme certains interviewés l'ont expliqué, l'urbanisation proche des cours d'eau a été rendu possible par le laxisme des autorités locales qui ont préféré acheter la paix sociale. La question est donc de savoir comment le droit peut devenir une règle de bon sens. Il faut en finir avec l'empilement réglementaire pour se concentrer sur l'essentiel: la sécurité des biens et des personnes.

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Sous la douche je repense à l'injustice commune qui consiste à pousser les populations fragiles a occuper des zones a risques. En d'autre terme, la répartition socio-spatiale des classes sociales ne laisse rien au hasard et, sous toutes les latitudes, les riches vivent dans des endroits protégés et les pauvres dans des endroits exposés. Dans le cas de l'île de Madère, la densité de population pousse les plus pauvres à prendre des risques. D'autant que ces risques sont souvent minorés par les premiers intéressés quant bien même ils y auraient déjà été exposes. Ce phénomène est exacerbé par la métropolisation qui pousse des migrants intérieurs à s'entasser où ils peuvent en périphérie des villes. La deuxième question, sans réponse possible, serait de savoir si cette injustice perdurera encore longtemps ou si nous emploierons tous les moyens nécessaires pour y remédier en Europe.

 Je sors sous une pluie fine qui me rappelle que je vis dans une ville qui a été longtemps sujette aux inondations. On a busé les fosses, redressé le cours de la rivière et érigé d'imposantes digues avant de construire un barrage en amont il y a quelques décennies. Par ailleurs nous venons de fêter le centenaire de la grande inondation de Paris. Tout cela nous remémore que l'eau peut être meurtrière et que nous avons passe des siècles à nous en défendre. Oui donc à une écologie de la mémoire et contre l'oubli: malgré les catastrophes passées et présentes nous ne sommes toujours pas capable de rappeler la domination de la nature sur les établissements humains. Ce n’est donc pas la nature qu’il faut incriminer mais notre incapacité à résoudre les questions sociales. Comment donner aujourd'hui des leçons sera donc ma troisième question.

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