Notes de lecture

Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 20:15

Pour une plastique temporelle de la ville

 

Le topos ou la chora est la possibilité première du pluriel. En ce sens, il est ce qui permet l’identité du différent.

Le temps comme «dimension» de l’imaginaire radical est émergence de figures autres. Le temps véritable, le temps de l’altérité – altération est temps de l’éclatement, de l’émergence, de la création...

CORNELIUS CATORIADIS

L'institution imaginaire de la société, 1974

 

We are such stuff /As dreams are made on,

And our little life / Is rounded with a sleep.

SHAKESPEARE

The tempest, IV, 1

 

Information, that is the essential stuff of civilization

MELVIN M WEBBER

Exploration into urban structure

 

« Nous n'avons rien à nous que le temps, dont jouissent ceux mêmes qui n'ont point de demeure. »

BALTHASAR GRACIAN

L'homme de cour

 

Des laps de temps flottent sur l'étendue numérique du temps, comme des lambeaux de territoire sur l'étendue de la carte, comme des lambeaux d'écriture arrachés à la servitude de la langue, comme des lambeaux d'image arrachés à l'évidence de plus en plus spectrale de la réalité.

JEAN BAUDRILLARD

Cool Memories IV 1995-2000

Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /2009 08:35
 

I.20. Que philosopher, c'est apprendre à mourir

La fortune ne nous fait ni bien ni mal: elle nous offre seulement la matière et la semence, laquelle notre âme, plus puissante qu'elle, tourne et applique comme il lui plaît, seule cause et seule maîtresse de sa condition heureuse ou malheureuse. (…) la fortune fournissant simplement la matière, c'est à nous de lui donner forme.

 

I.21. De la force de l'imagination

L'étroite couture de l'esprit et du corps s'entrecommuniquent leurs fortunes.

 

I.23. De la coutume

(…) le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse, et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses; mais, quant au dehors, qu'il doive suivre entièrement les façons et formes reçues.

 

I.24. De divers événements...

(…) c'est chose vaine et frivole que l'humaine prudence; et au travers de tous nos projets, de nos conseils et de nos précautions, la fortune maintient toujours la possession des événements.

 

TITE-LIVE XXII, 22

La confiance qu'on montre en soi-même entraîne souvent celle du plus grand nombre.

 

DANTE, ENFER, XI, 93

Car non moins que savoir, douter me plaît

 

I.26. De l'institution des enfants

 

Qu'on le rende délicat au choix et au triage de ses raisons, et aimant la pertinence, et par conséquence la brièveté.

 

Il sondera la portée de chacun: un bouvier, un maçon, un passant; il faut tout mettre en besogne et emprunter chacun selon sa marchandise, car tout sert en ménage; la sottise même et faiblesse d'autrui lui sera instruction. A contrôler les grâces et façons de chacun, il s'engendrera envie des bonnes et mépris des mauvaises.

 

Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain, de la fréquentation du monde. Nous sommes tous contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à Socrate d'où il était. Il ne répondit pas « d'Athènes » mais « du monde ».

 

Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.

 

(…) laissons les abuser de leur loisir, nous avons à faire ailleurs. Mais que notre disciple soit bien pourvu de choses, les paroles ne suivront que trop, il les traînera, si elles ne veulent suivre.

 

Les plaintes qui me cornent aux oreilles sont comme cela: « oisif, froid aux offices d'amitié et de parenté, et aux offices publics, trop particulier ».

 

CICERON, TUSCULANES IV, 34

L'amour est le désir d'obtenir l'amitié de quelqu'un qui nous attire par sa beauté.

 

I.39. De la solitude.

 

Il se faut réserver une arrière boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté, et principale retraite et solitude.

 

Nous avons une âme contournable en soi-même, elle peut se faire compagnie, elle a de quoi assaillir et de quoi défendre, ne craignons pas en cette solitude nous croupir d'oisiveté ennuyeuse:

 

Dans la solitude, soyez un monde à vous-même.

Tibulle, IV, 13, 12

 

Ce n'est pas ce qu'il faut rechercher que le monde parle de vous, mais comme il faut que vous parliez à vous-même.

 

 

 

 

I.42. De l'inégalité

 

HORACE, SATIRES, II, 7, 83

Sage, maître de lui,

Tel que pauvreté, fers, mort ne le peuvent faire trembler?

A-t-il le courage de résister à ses passions? De mépriser les honneurs?

En lui-même tout entier reclus, rond, lisse, sans prise aucune,

Comme une boule que rien ne peut empêcher de rouler,

Est-il hors d'atteinte de la fortune?

 

 

CORNELIUS NEPOS

Vie d'Atticus, II, 1

C'est le caractère qui fait à chacun sa destinée

 

II .3. Coutumes de l'île de Céa

 

Car il y a en la vie plusieurs accidents pire à souffrir que la mort même.

 

 

SENEQUE, Thébaïde, I, 90

Non, père, la vertu ne consiste pas comme tu le penses,

A craindre la vie, mais à faire face aux plus grands malheurs

Sans tourner le dos, ni reculer.

 

La sécurité, l'indolence, l'impassibilité, la privation des maux de cette vie, que nous achetons au prix de la mort ne nous apportent aucune commodité. Pour néant évite la guerre celui qui veut jouir de la paix, et pour néant fuit la peine qui n'a de quoi savourer le repos.

 

(…) le vivre est quelquefois constance et vaillance (…)

 

Et puis, y ayant tant de soudains changements aux choses humaines, il est malaisé de juger à quel point nous sommes justement au bout de notre espérance.

 

II.8. De l'affection des pères aux enfants

 

C'est une humeur mélancolique (…) produite par le chagrin de la solitude en laquelle (…) je m'étais jeté, qui m'as mis premièrement en tête cette rêverie de me mêler d'écrire. Et puis, me trouvant entièrement dépourvu et vide de toute autre matière, je me suis préservé moi-même à moi pour argument et sujet.

 

Ils ont la jeunesse et les forces en main, et par conséquent le vent et la faveur du monde.

 

Je me mariai à trente-trois ans, et loue l'opinion de trente-cinq, qu'on dit être d'Aristote. Platon ne veut pas qu'on se marie avant les trente, mais il a raison de se moquer de ceux qui font œuvre de mariage après cinquante-cinq, et condamne leur engeance indigne d'aliment et de vie.

 

Un gentilhomme qui a trente cinq ans, il n'est pas temps qu'il fasse place à son fils qui en a vingt: il est lui-même au train de paraître et aux voyages des guerres, et en cour de son prince; il a besoin de ses pièces, et en doit certainement faire part, mais telle part qui ne s'oublie pas pour autrui.

 

II, 12, Apologie de Raymond Sebon

 

Un souffle de vent contraire, le croassement d'un vol de corbeaux, le faux-pas d'un cheval, le passage fortuit d'un aigle, un songe, une voix, un signe, une brouée matinière suffisent à le renverser et porter par terre.

 

 

Il semble, à la vérité, que Nature pour la consolation de notre état misérable et chétif ne nous ait donné en partage que la présomption. C'est ce que dit Epictète: que l'homme n'a rien proprement que ses opinions. Nous n'avons que de la fumée et du vent en partage. Les Dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et les maux en intelligence; l'homme, au rebours, possède ses biens par fantaisie, et les maux par essence.

 

L'ignorance qui se sait, qui se juge, et qui se condamne, ce n'est pas une entière ignorance: pour l'être, il faut qu'elle s'ignore elle-même.

Il a un corps, il a une âme, les sens le poussent, l'esprit l'agite.

 

EUPEDOCLE, livre de sagesse IX, 14

Les pensées des mortels sont timides, et incertaines nos inventions et nos provisions.

 

Pytagore adombra la vérité de plus près, jugeant que la connaissance de cette cause première et être des êtres devait être indéfinie, sans prescription, sans déclaration, que ce n'était autre chose que l'extrême effort de notre imagination vers la perfection, chacun en amplifiant l'idée selon ses capacités.

 

La majesté divine s'est laissée quelque peu circonscrire aux limites corporelles (…) car c'est l'homme qui vit et qui prie.

 

Si les plaisirs que tu nous promets en l'autre vie sont ceux que j'ai sentis ça-bas, cela n'a rien de commun avec l'infinité.

 

Les extrémités de notre perquisition tombent toutes en éblouissement: comme dit Plutarque de la tête des histoires, qu'à la mode des contes l'orée des terres connues est saisie de marais, forêts profondes, déserts et lieux inhabitables.

 

Un soin extrême tient l'homme d'allonger son être; il y a pourvu par toutes ses pièces. Et pour la conservation du corps sont les sépultures; pour la conservation du nom, la gloire.

 

Si les prises humaines étaient assez capables et fermes pour saisir la vérité par nos propres moyens, ces moyens étant communs à tous les hommes, cette vérité se rejetterait de main en main de l'un à l'autre.

Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /2009 09:02

Relevé dans la Mesure du Monde de Zumthor :

"Je ne puis concevoir ma relation avec mon frère, mon ami, mon concitoyen, que comme présence simultanée, c'est à dire spatialement : à la fois dans l'espace où, sur la terre réelle, se déploie l'action collective ; dans celui (pas toujours identique) où se projette l'organisation du groupe ; dans celui des activités symboliques et de ses jeux : dans toutes les parties de ce que depuis quelques années on nomme l'"espace social", où se trace les parcours discursifs le long desquels le groupe se parle lui-même et à lui-même."

 

"Le corps est manifestation. Il extériorise l'invisible, l'offre à la perception sensorielle et par là l'intègre à l'expérience collective... Mon corps ainsi s'objective, s'écarte fictivement de moi, se donne en modèle, à moi et aux autres. D'où peut être l'irrésistible besoin de parure, le fard, l'ornement, le masque, tout ce qui me décorporise au profit de ma fonction sociale..."

 

"Sans doute ces fluctuations tiennent-elles à la nature problématique de ce que désigne le mot d'espace et ce à quoi réfère l'idée correspondante : réalité ambiguë, idée complexe, terme qui ne cesse de dériver en métaphores. Peut-être faudrait-il compter autant d'espaces que de découpages possibles de la "réalité". L'historien des cultures ne peut donc le saisir que comme une catégorie irrationnelle, relative à la condition de l'homme sur son fragment d'univers : grâce à elle, l'homme déchiffre celui-ci tandis que, dans cet acte même, il se crée un environnement symbolique, en rapport instable de complémentarité ou de contradiction avec la nature ainsi pensée. C'est pourquoi sans doute le seul discours efficace sur l'espace est un récit, comme il pourrait l'être sur les lèvres d'un enfant : un mythe, au sens originel du mot."

Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /2009 17:23

Urban Place and non place urban realm

 

“The history of city growth, in essence, is the story of man's eager search for ease of human interaction.” p.86

 

“(...) Information, that is the essential stuff of civilization.”

 

“Space does not intervene as a barrier against some levels of communication.” p.89

 

“(...) urban planning has typically approached the city within an unitary conceptual framework.”

 

“(...) a static spatial arrangement.”

 

“Neither traditional city plans nor their underlying studies have successfully depicted the city as social process operating in space.”

 

“But density is only a part of the story.” p.92

 

“Traditional city planners tend to see the city as an arrangement of physical objects.” p.93

 

“For, in a very important sense, the functional processes of urban communities are not placelike or regionlike at all.” p.108

 

“The idea of community has similarly been tied to the idea of place.”

 

“I suspect that the spatial range of intercourse varies directly as some function of a person's level of specialization – that the more highly skilled a person is or the more uncommon the information he holds, the more spatially disperses are his interest – communities and the greater are the distances over which he interacts with others.” p.112

 

“(,,,) the most specialized people are participants in interest – communities that span the entire world (...)”

 

“(...) specialization is equivalent to rarity (...)”.

 

“(...) not everyone participates in the world realm.”

 

“(...) communicate with others throughout the entire hierarchical array of realms.” p.118

 

“(...) each settlement is the spatial locus of realms of many levels in the hierarchy. In this context, then no urban settlement is a unitary place. Rather, it is a part of a whole array of shifting and inter-penetrating realm-spaces.”

 

“We thus find no Euclidean territorial division – only continuous variations, spatial discontinuity, persisting disparity, complex pluralism and dynamic ambiguity.” p.120

 

“If we regard “urbanity” as a characteristic of urban life rather than of urban form, if we define “urbanity” more specifically as a function of the diversity and the volume of information that an individual receives, we might discover that Los Angeles enjoy as urbane a life as do New-Yorkers.” p.132

 

“(...) increasing a-focality of urban life.” p.135

 

“For it is this interaction, not place, that is the essence of the city and of city life.” p.147

Jean-Philippe DORE

Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /2008 08:17
Cool Memories IV 1995-2000
 
" Des laps de temps flottent sur l'étendue numérique du temps, comme des lambeaux de territoire sur l'étendue de la carte, comme des lambeaux d'écriture arrachés à la servitude de la langue, comme des lambeaux d'image arrachés à l'évidence de plus en plus spectrale de la réalité."
 

Jean-Philippe Doré
Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /2008 12:23

Cornélius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, 1974

Quelques extraits et commentaires

 

« Tout se qui se présente à nous (…) est indissociablement tissé au symbolique. »

 

« Cette société produit nécessairement cet imaginaire (…) dont elle a besoin pour son fonctionnement. Pourquoi est-ce dans l’imaginaire qu’une société doit chercher le complément nécessaire à son ordre ? »

 

« Les significations imaginaires sociales n’existent pas à proprement parler sur le mode d’une représentation (…). Elles sont infiniment plus vastes qu’un phantasme individuel, elles n’ont pas un lieu d’existence précis. (…) Elles ne peuvent être saisies que de manière dérivée ou oblique, (…) comme la courbure spécifique à chaque espace social, comme le ciment invisible tenant ensemble cet immense bric-à-brac de réel, de rationnel et de symbolique qui constitue toute société et comme le principe qui choisit et informe les bouts et les morceaux qui y seront admis. »

 

« Toute société a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales : qui sommes-nous, comme collectivité ? Que sommes-nous, les uns pour les autres ? Où et dans quoi sommes-nous ? Que voulons-nous, que désirons-nous, qu’est-ce qui nous manque ? La société doit définir son « identité » ; son articulation ; le monde, ses rapports à lui et aux objets qu’il contient ; ses besoins et ses désirs. Sans la « réponse » à ces « questions », sans ces « définitions », il n’y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture –car tout serait chaos indifférencié. Le rôle des significations imaginaires est de fournir une réponse à ces questions, réponse que de toute évidence, ni la « réalité » ni la « rationalité » ne peuvent fournir. »

 

« La vie du monde moderne relève autant de l’imaginaire que n’importe quelle culture archaïque ou historique. »

 

« Il est impossible de comprendre ce qu’a été, ce qu’est l’histoire humaine en dehors de la catégorie de l’imaginaire. »

 

L’homme, animal créatif, animal poétique qui trouve des solutions dans l’imaginaire. Qui établit dans l’imaginaire des systèmes qui trouvent leur prolongement naturel et rationnel dans la réalité, la vie quotidienne.

 

« (…) la question de l’histoire est question de l’émergence de l’altérité radicale ou du nouveau absolu (…) et la causalité est toujours négation de l’altérité (…) »

 

« Ce qui se donne dans et par l’histoire n’est pas séquence déterminée, mais émergence de l’altérité radicale, création immanente, nouveauté non triviale. »

 

« Le topos ou la chora est la possibilité première du pluriel. En ce sens, il est ce qui permet l’identité du différent. »

 

Et la succession, et le surgissement, et l’Autre, et la création, et la vie, et le sens.

 

« Le temps comme « dimension » de l’imaginaire radical est émergence de figures autres. Il est altérité – altération de figures (…) »

 

« Le temps véritable, le temps de l’altérité – altération est temps de l’éclatement, de l’émergence, de la création. Le présent, le nun, est ici explosion, scission, rupture. »

 

« Tout se passe comme si la société ne pouvait pas se reconnaître comme se faisant elle-même ; comme institution d’elle-même, comme auto-institution. »

 

« Tout ce qui est, d’une façon ou d’une autre, saisi ou perçu par la société doit signifier quelque chose, doit être investi d’une signification, et même beaucoup plus : est toujours d’avance saisi dans et par la possibilité de la signification, et ce n’est que dans et par cette possibilité qu’il peut être finalement qualifié de privé de signification, insignifiant, absurde. »

 

« L’institution social-historique est ce dans et par quoi se manifeste et est l’imaginaire social. Cette institution est institution d’un magma de significations, les significations imaginaires sociales. Le support représentatif participable de ces significations (…) consiste en images ou en figures, au sens le plus large du terme : phonèmes, mots, billets de banque, djinns, statues, églises, outils, uniformes, peintures corporelles, chiffres, postes frontières, centaures, soutanes, licteurs, partitions musicales – mais aussi : la totalité du perçu naturel, nommé ou nommable par la société considérée. »

 

Emprunt, crédit, détour inspiré par l’imaginaire pour comprendre le monde en l’inventant. Homme.

 

« Certes, ce faisceau de renvois dont chacun aboutit à ce qui est l’origine de nouveaux renvois est loin d’être chaos indifférencié ; dans ce magma, il y a des coulées plus épaisses, des points nodaux, des zones plus claires ou plus sombres, des bouts de rocaille pris dans le tout. Mais le magma n’arrête pas de bouger, de gonfler et de s’affaisser, de liquéfier ce qui était solide et de solidifier ce qui n’était presque rien. Et c’est parce que le magma est tel que l’homme peut se mouvoir et créer dans et par le discours, qu’il n’est pas épinglé à jamais par des signifiés univoques et fixes des mots qu’il emploie – autrement dit, que le langage est langage. »

 

« Une signification n’est rien « en soi », elle n’est qu’un gigantesque emprunt – et pourtant elle soit être cet emprunt-ci ; elle est, pourrait-on dire, tout entière hors d’elle-même, mais c’est elle qui est hors soi. »

 

Une signification, une société, un mot, un individu, un instant : tout n’est-il qu’un « gigantesque emprunt ». Ne sommes-nous pas beaucoup plus marqués au coin du multiple que nous l’imaginons ?

 

 

« Il faut que la société se fabrique et se dise pour pouvoir fabriquer et dire. »

 

« Etre » c’est « être socialement ». Le social, c’est le mode de l’être. La signification, l’institution, l’imaginaire social, l’identité sont comme une couche de glace plus ou moins mince jetée sur le lac de l’inconnu par les hommes. Rassurés et institués par le sens, nous n’en sommes pas moins fascinés par l’inconnu en dessous, et les limites humaines de perception de cet inconnu. D’où la fascination pour la chose, qui nous échappe au-delà de la prise partielle et furtive du langage, qui dérape vers l’inconnu ou nous ne pouvons la suivre.

 

Cette émergence continue de figures, de représentations, de sens sous les yeux fermés, c’est la pulsation de la vie comme le sang, c’est l’homme.

 

« Le flux représentatif est, se fait, comme auto-altération, émergence incessante de l’autre (Vor-stellung). »

 

« La représentation n’est pas décalque du spectacle du monde, elle est ce dans et par quoi se lève, à partir d’un moment, un monde. Elle n’est pas ce qui fournit des « images » appauvries des « choses », mais ce dont certains segments s’alourdissent d’un « indice de réalité » et se « stabilisent » tant bien que mal et sans que cette stabilisation ne soit jamais assurée, en « perception des choses ». »

 

« Il n’y a de « choses », à savoir profondeur et épaisseur « dehors », que parce qu’il y a aussi profondeur et épaisseur « dedans » ; il n’y a fixité et résistance « dehors » que parce qu’il y a aussi labilité et fluence « dedans » ; comme il n’y a mobilité « dehors » que parce qu’il y a aussi persistance « dedans ». Il n’y a perception que parce qu’il y a aussi flux représentatif. De ce point de vue aussi, l’imaginaire – comme imaginaire social et comme imagination de la psyché – est condition logique et ontologique du « réel ». »

 

« L’imaginaire radical est comme social-historique et comme psyché/soma. Comme social-historique, il est fleuve ouvert du collectif anonyme ; comme psyché/soma, et est flux représentatif/affectif/intentionnel. »

 

Qu’est-ce donc que la ville à cette aune ? Fluence, imaginaire, emprunt, reflet, magma, oui.


Jean-Philippe DORE 

Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /2008 18:54
Dans le roman d’Oscar Wilde, le jeune Dorian Gray passe un pacte avec le diable pour rester éternellement jeune, alors qu’il mène une vie de débauche et d’excès dans les bas-fonds de Londres. Conséquence diabolique, c’est son portrait, dissimulé chez lui derrière un paravent, qui subit les pires outrages, vieillissant monstrueusement. Aujourd’hui, on peut utiliser cette métaphore pour qualifier le rapport ambigu des villes (comme Paris, mais pas uniquement) à leur périphérie. Les centres villes se muséifient, la défense des patrimoines divers fait rage, les flux automobiles sont peu à peu maîtrisés, la ville devient verte, piétonne, les quartiers à la traîne se « civilisent ». Conséquence bien connue, l’immobilier augmente, la population se « gentryfie » - voir les bobos – et un pervers effet centrifuge rejette en banlieue, en périphérie plus ou moins lointaine ce qui la fait vivre mais qu’elle ne veut plus voir : les industries et artisans, les pauvres, les immigrés. L’effet inverse, centripète, est un embellissement et une spéculation toujours plus intense sur le centre ville.
 
I.         Centrifuge et centripète, le syndrôme Dorian
a.       L’effet contenant de la ville, et ses effets pervers
b.      Le portait caché de la ville : les entrées de ville
c.       Le rapport ambigu à la Nature
II.       Le sens de l’histoire ? mutations, digestions, révélations
a.       Piste 1 : les grands ensembles
b.      Piste 2 : les infrastructures de transport : de la ville au territoire habité
Conclusion : émergence d’une forme urbaine

Jean-Philippe Doré


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