Articles et opinions

Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /2010 20:50

La nouvelle génération de services articule des services, des lieux et des biens. Ce concept prend le nom d’environnement intégré. Un bon moyen de l’aborder consiste à regarder l’exemple de la révolution automobile en cours.
 
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La voiture servicielle

L’automobile fait débat dans notre société. Avec un taux de motorisation par ménage de 80% et une part de 86% dans nos déplacements, ce modèle économique se voit pourtant ébranlé par la fin de l’énergie bon marché et la montée de la conscience environnementale. En réaction se développe sous l’impulsion des grands constructeurs le concept de voiture « « servicielle »1 avec de nouveaux usages et de nouveaux réseaux.

Imaginez ne plus être propriétaire de votre voiture mais pouvoir en utiliser une quand bon vous semble sans entretien, réparations ou frais d’assurance : c’est l’auto-partage. Neuf ans après son lancement, le service Zipcar est disponible dans une soixantaine de villes des Etats Unis et met en partage quelques 6.500 véhicules pour 325.000 membres. Son succès est tel que l’université d’Harward en a fait un cas d’étude. Ce concept s'implantera dès septembre 2011 en région parisienne avec l’Autolib’. Imaginez maintenant pouvoir repérer une place de stationnement libre grâce à votre GPS ou trouver un covoiturage avec votre téléphone portable. Les nouvelles technologies se rendent utiles pour faciliter les déplacements urbains et de nombreuses applications existent déjà. Ces exemples montrent que la voiture en temps qu’objet perd son autonomie pour s’intégrer dans une chaîne de mobilité dont elle n’est plus qu’un élément.

Ce faisant, le visage des grandes agglomérations se transforme peu à peu : la ville se numérise. Les écrans sont sur les façades, dans les lieux de transports, dans nos poches avec un mobile. Ces systèmes dialoguent entre eux et interagissent avec leur environnement. L’opposition stérile qui a polarisé le débat jusqu’à ce jour entre la voiture et les transport en commun est en train de laisser avantageusement la place à la possibilité d’une offre globale entre un nombre accru de modes de transport mais avec une source unique d’information sur le meilleur moyen d’effectuer un déplacement en fonction de l’état des réseaux et la disponibilité des véhicules.



Combiner des services, des lieux et des biens

On voit bien que les frontières deviennent floues entre les modes de transport. Ce n’est pas un hasard si la SNCF s’est portée candidate à la consultation d’Autolib’ sur le modèle du Vélib’. Nous entrons dans l’aire d’une culture de la mobilité et du Green Design qui stimule l’émergence de nouveaux environnements articulant des services, des lieux et des biens. Sous la formule d’environnements intégrés se cache la possibilité de produire des situations de vie intégrant des concepts d’organisation, des lieux et des biens. Comme nous l’avons vu avec la voiture, la possession d’un bien peut être remplacée par un service de mise à disposition d’un bien identique mais renouvelable et toujours entretenu. Le bien matériel est alors intégré à un service plus vaste qui colle finement aux besoins de l’utilisateur.

La formule même d’environnements intégrés provient de l’informatique. Un environnement de développement intégré (EDI) décrit un programme regroupant un ensemble de différents outils se combinant pour faciliter le développement de logiciels. Si nous revenons à la société contemporaine, on s’aperçoit que nous avons des réponses ponctuelles à des besoins mais que ces réponses se superposent mal. Un environnement intégré structure l’ensemble des réponses à donner à une situation en mêlant simultanément les lieux, les biens et les services avec un mode d’administration invisible pour l’utilisateur. Reprenons la consultation Autolib’ : le mandataire doit s’associer avec un gestionnaire de parking, un gestionnaire de location de véhicules ayant une forte expérience, un fabriquant de voitures électriques, un développeur d’applications informatiques de gestion de compte, un réseau de téléphonie mobile, un fabriquant de cartes magnétiques et une kyrielle d’autres entreprises pour la maintenance et le nettoyage des voitures… pour offrir un service simple et intuitif à l’utilisateur.

 

 

Créer de nouveaux territoires

 

Et les lieux dans tout ça? La révolution est bien là, les services s'enracinent dorénavant dans les lieux pour créer des ambiances qui les transcendent. Jusqu'à présent, les consommateurs devaient se rendre dans des lieux dédiés pour trouver un service et cela évinçait les besoins de courte durée ou irréguliers. Aujourd'hui, nous observons un retour du « locus », où les services associés à des biens vont à la rencontre des consommateurs pour s'intégrer dans leur territoire de vie. L'offre ainsi générée associe des lieux, des biens et des services. « Après avoir diversifié les biens puis les services, la nouvelle technologie générique permettra de les conjuguer afin de satisfaire cette demande » explique Michèle Debonneuil auteur de « L'espoir économique. Vers une révolution du quaternaire ».

 

L'espace public devient soudain le lieu propice à la livraison de ces services et ce n'est pas pour rien que les lieux de transport jouent un rôle majeur dans cette nouvelle économie. Situés sur le passage de beaucoup de citadins, ils offrent un point de livraison rêvé pour des services ajustés au mieux à leur besoin (de la vente à la mise à disposition de bien ou de savoir-faire). Ce faisant, ils enrichissent considérablement l'intérêt de ces lieux pour les consommateurs en leur conférant une plus value et une nouvelle identité.

 

Demain, nos rues et nos gares deviendront sans doute des espaces providentiels, où trouver ce qu'il vous faut sera simple à condition d'en payer le prix. L'hybridation de l'urbain et des technologies permettra d'associer des lieux, des biens et des services dans un montage complexe pour l'opérateur mais simple pour le consommateur.


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1-    Pour reprendre le titre d’un récent séminaire organisé par le groupe Chronos en partenariat avec le journal le Monde.


 
Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 23:33

Il ne nous sera pas donné de profiter du monde. Nous ne verrons ni les brumes, ni les vapeurs du matin, nous ne saurons pas les mystères de ce monde. Faussaires nous sommes. Toujours nous devons fabriquer en nous, ou entre nous, un double du monde ravaudé d'images et de mots et d'affects et de sensations: et nous présentons cela plein d'espoir en face du vrai. Jamais ça ne coïncide.

 

Partout nous voyons des hommes. Nature, animaux, ciels: même le rien nous en faisons de l'homme.

 

Aussi, cette infrastructureque nous traînons partout comme un invisible cadavre. Ces choses que nous fabriquons pourtant pièces à pièces et qui peu à peu finissent par constituer un nouveu monde, que toujours nous ne voyons pas. Taupes.

JPD

Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 17:11

J'ai travesti un très beau texte de Roland BARTHES issu du degré zéro de l'écriture en remplaçant le mot littérature par le mot architecture. M'excusant par avance de l'attentat proféré, j'en ressens néanmoins une profonde excitation en me rendant compte que le texte conserve toute son actualité et une vérité que le décentrement de la discipline fait apparaître par miracle.

 

On voit par là qu'un chef-d'oeuvre moderne est impossible, l'architecte étant placé par son écriture dans une contradiction sans issue : ou bien l'objet de l'ouvrage est naïvement accordé aux conventions de la forme, l'architecture reste sourde à notre histoire présente, et le mythe architectural n'est pas dépassé ; ou bien l'architecte reconnaît la vaste fraîcheur du monde présent, mais pour en rendre compte, il ne dispose que d'une écriture splendide est morte, au moment de choisir les formes qui doivent franchement signaler sa place dans l'histoire et témoigner qu'il en assume les données, il observe une disparité tragique entre ce qu'il fait et ce qu'il voit ; de ses yeux le monde civil forme maintenant une véritable nature, et cette nature parle, elle est d'abord des organes vivants dont l'architecte est exclue : au contraire, entre ses doigts, histoire place un instrument décoratif et compromettant, une écriture qu'il a hérité d'une histoire antérieure et différentes, dont il n'est pas responsable, et qui est pourtant la seule qui dont il puisse user. Ainsi naît à tragique de l'écriture, plus que l'architecte conscient doit désormais se débattre contre les signes ancestraux et tout-puissants qui, du fond d'un passé étranger, lui impose l'architecture comme un rituel, et non comme une réconciliation.

Ainsi sauf à renoncer à l'architecture, la solution de cette problématique de l'écriture ne dépend pas des architectes. Chaque architecte qui naît ouvre en lui le procès de l'architecture ; mais s'il condamne, il lui accorde toujours un sursis que l'architecture emploie à le reconquérir ; il a beau créer et un langage libre, on lui renvoie à fabriquer, car le luxe n'est jamais innocent : essai de ce langage ainsi éclos par l'immense poussée de tous les hommes qui ne comprennent pas, qu’il lui faut continuer d'user. Il y a donc une impasse de l'écriture, et c'est l'impasse de la société même : les architectes d'aujourd'hui le sentent : pour eux, la recherche d'un nom style, d'un degré zéro, c'est en somme l'anticipation d'un état absolument homogène de la société ; la plupart comprennent qu'ils ne peut y avoir de langage universel en dehors d'une université concrète, et non plus mystique ou nominale, du monde civil.

Il y a donc dans toute cette écriture présente une double postulation : il y a le mouvement d'une rupture est celui d'un avènement, il y a le dessin même de toute situation révolutionnaire, dont l'ambiguïté fondamentale et qu'il faut bien que la révolution puise dans ce qu'elle veut détruire l'image même de ce qu'elle peut posséder. Comme l'art dans son entier, l'architecture porte à la fois l'aliénation de l'histoire et le rêve de l'histoire : comme nécessité l'atteste le déchirement des langages, inséparable du déchirement des classes : comme liberté, elle est la conscience de ce déchirement et les formes mêmes qui veulent dépasser. Se sentant sans cesse coupable de sa propre solitude, elle n'en est pas moins un imagination avide d'un bonheur des formes, elle se hâte vers un langage élevé dans la fraîcheur, par une sorte d'anticipation idéale, figurerait la perfection d'un nouveau monde adamique où le langage ne serait plus aliéné. La multiplication des écritures constitue une architecture nouvelle dans la mesure où celle-ci n'invente son langage que pour être un projet : l'architecture devient l'utopie de la vie.

Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 09:59
FUMER TUE: petits papillons agressifs, portés avec un peu de gêne par les (derniers) fumeurs
 
ICONOCLASE: l'agression des affiches publicitaires dans le métro, nouveau mouvement de protestation inter-revendicatif, à la signification assez floue. peut-être lié au "flashmob"
 
PORTABLES/portés: sur la nouvelle dévotion, addiction aux téléphones portables, petits coquillages lumineux, maléfiques, nouveaux outils des Narcisse contemporains.
 
VOILES: islamiques, océaniques, de façade: les instruments mystérieux et impérieux qui régulent notre monde visible tout autant que notre imaginaire: artifices infernaux et fascinants.

Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 13:28

Gérer le présent et préparer l'avenir font partie de nos préoccupations quotidiennes. Poussant cette réflexion, certaines collectivités se sont engagées dans des politiques temporelles plus ambitieuses qui ont pris la forme de bureaux des temps et de prospective territoriale. L'importance grandissante du développement durable donne à ces initiatives une nouvelle pertinence.

Les bureaux des temps

Parallèlement à l'adoption des 35 heures, le rapport d'Edmond Hervé en 2001 intitulé « temps des villes » décrivait la nécessité de constituer un bureau des temps dans les villes de plus de 50.000 habitants afin d’harmoniser les horaires des services publics avec les nouveaux modes de vie. Ce rapport s'appuyait sur l'exemple des politiques temporelles italiennes très en avance dans les domaines de la concertation et de l'articulation entre travail et vie citadine. Ces politiques y avaient vu le jour dès 1985 sous l'impulsion du mouvement féministe pour se concrétiser par deux lois en 2000. L'adaptation de la société au travail des femmes s'est peu à peu étendue dans les grandes villes à l'adaptation des horaires des espaces publics puis à des expériences novatrices à Rome ou à Milan avec la création de « banques de temps » permettant d'échanger des services de solidarité.

En France, une quinzaine de bureaux des temps a été créée et sont regroupée au sein de l'association Tempo Territorial. L'agence des temps de Poitiers fut la première en 2001, constituée comme un observatoire, un lieu de conseil et de sensibilisation des « producteurs de temps » avec des résultats concrets comme un système de transport en commun « à fréquence », des accès modulés aux services publics, ou encore une organisation des modes de garde des enfants. Rennes, Paris et le Grand Lyon ont rapidement suivi. Toutes ces démarches s'appuient sur une vaste concertation entre élus, professionnels, associations, syndicats et usagers.

Les résultats de ces politiques ont surtout investi le champ social comme par exemple l'élargissement d'horaires pour des crèches, la création d'une nocturne dans les piscines ou des maisons des services publics accessibles lors d'une large plage horaire. Dans le domaine technique, le Grand Lyon montre l'exemple avec des réponses sensées tels que des plans de déplacement inter-entreprises ou la voirie à temps partagé. Cette dernière idée consiste à organiser l'usage d'un espace au fil de la journée ou de l'année : une rue peut être aménagée en site propre pour permettre aux bus d'échapper à la circulation dans le sens le plus opportun selon la période horaire. L'intérêt d'une réflexion sur le temps réside dans cette pragmatique du quotidien. La démarche a maintenant fait ses preuves et l'Espace de temps du Grand Lyon est amené à faire partager son expertise sur de l'offre de services innovants au sein de projets urbains tel celui de Lyon Confluence.

La prospective territoriale

L'autre grande politique temporelle est la prospective territoriale. Avec les lois Voynet, Chevènement et SRU, les acteurs locaux ont acquis une autonomie et une responsabilité face à leur avenir. La prospective territoriale, théorisée en partie par le laboratoire LIPSOR du CNAM, permet de construire des représentations collectives du futur par une méthode participative et de transformer cette vision en un programme d'actions publiques susceptible d'engager le territoire concerné vers un avenir souhaitable, déviant des tendances initiales. Toutes les régions ont réalisé au moins un exercice de ce type à partir de la méthode des scénarii. Cette démarche sert à l'élaboration de nouveaux instruments territoriaux tels que les SCOT et les Agenda 21. Avec le recul de presque vingt ans d'expérience, les outils et méthodes ont fait la preuve de leur efficacité (voir Techni.cités - N° 151 du 8 juin 2008) et on peut dorénavant envisager d'aller plus loin.

Il est intéressant de noter que, dans les pays anglo-saxons, des démarches de prospective plus opérationnelles sont apparues ces dernières années sous le vocable de visioning pour envisager avec les habitants concernés l'avenir d'un quartier, d'une ville ou d'une région. Le visioning se pratique en cinq phases : pédagogie, participation, scénarisation, modélisation et évaluation. Des ateliers publics élaborent des scénarii d'urbanisme qui sont ensuite intégrés dans un SIG afin de produire des modèles de simulation fournissant des indicateurs dont on pourra ensuite jauger en partie les performances. Los Angeles a achevé en 2005 le programme Compass de prospective territoriale qui marque une rupture avec le modèle suburbain classique tout en prévoyant l'intégration de 6 millions d'habitants supplémentaires pour 2030. Cette méthode de travail pragmatique articule participation des citoyens, projet et évaluation.

Mouvement de fond

Les politiques temporelles sont apparues avec l'évolution des modes de vie : la diminution de l'uniformité professionnelle, le passage graduel dans le troisième âge, l'individualisation des comportements et le développement des mobilités. D'autre part, les schémas d'orientation, plans directeurs et documents de planification s'imbriquent et doivent tenir compte de l'importance du capital temps. Décaler des horaires de services publics, mettre en place un système de transport à la demande permettent d'améliorer le service au public et d'optimiser les moyens. De même, la réflexion à long terme sur nos territoires nous engage à réfléchir aux investissements stratégiques et à éliminer les faux semblants.

Les démarches des bureaux des temps et de prospective territoriale sont finalement très proches. Elles conduisent à un travail transversal des services et bien souvent au rapprochement entre les acteurs. Il va sans dire que ce travail transversal est compliqué car les administrations ont encore beaucoup de mal à s'y adapter. A l'avenir, bureau de temps et prospective territoriale se mélangeront certainement dans l'emboîtement des échelles temporelles abordées. La pensée du temps se conjugue de plus en plus avec les impératifs environnementaux. L'enjeu climatique et l'engagement de réduction des gaz à effet de serre peuvent trouver des solutions simples dans l'organisation des temps des territoires. La ville de Strasbourg désire harmoniser les horaires des entreprises et des établissements scolaires afin de désengorger les axes de circulation et lisser la pollution automobile. En aménageant les différents horaires, elle espère écrêter les heures pleines du trafic des véhicules de transports en commun et limiter leur nombre et leur rejet.

Le développement de politiques temporelles transversales permettra à terme la mise en réseau et la mutualisation des moyens, le renforcement de la démocratie participative et surtout le fait que le concept de développement durable primera sur l'aménagement physique. Une autre voie de développement est possible : celle qui résume toutes nos actions au service d'une dynamique territoriale.

Paru dans Techni.cités n°168 du 23 avril 2009 (p19-20)

Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /2009 14:04

  


Le débat sur le travail le dimanche fait rage. Le projet de loi visant à « définir les dérogations au repos dominical » a mis en avant la question de l’ouverture dominicale des commerces. Cette question intègre celle plus générale de « l’aménagement du temps ». Alors que la planification spatiale intéresse les lentes mutations qui façonnent le territoire, nous devons également être sensibles aux changements de rythme des modes de vie qui ont aussi des répercussions sur les formes urbaines.

 

La question de l’ouverture des commerces le dimanche rejoint deux points d’actualité. Premièrement, la loi de modernisation de l’économie a relevé sous certaine condition le seuil d’autorisation administrative de 300 à 1000m² pour l’implantation de nouvelles enseignes. Ensuite, la question du délicat équilibre entre les centres-villes et leur périphérie s’est actualisée avec l’apparition de formes de commerces de périphérie, les retail parks, de plus en plus élaborées. Il s’agit de centres commerciaux de nouvelle génération qui cherchent à faire preuve d’innovation architecturale et environnementale tournées vers le confort du consommateur : proposition d’un cadre de vie vert, sécurisé et attractif associé à la recherche de nouveaux services.

 

Equilibre territorial et urbanité commerciale

 

La typologie du commerce a énormément évolué. En centre-ville, le petit commerce de bouche perd du terrain et les marchés en plein air se maintiennent tant bien que mal. Alors que depuis les années soixante-dix, les centres-villes tentent de trouver des issues avec des démarches plus ou moins réussies telles que les rues piétonnes, l’emploi délicat du droit de préemption commercial n’enraye pas le lent déclin du commerce traditionnel. De nouvelles formes apparaissent sous la houlette de promoteurs anglo-saxons qui constituent dans les villes des ensembles patrimoniaux cohérents qu’ils transforment en véritables centres commerciaux à ciel ouvert.

 

Parallèlement, on l’a dit, les grands centres commerciaux s’urbanisent. Un modèle semble apparaître en Europe sous l’influence des Etats Unis où des « paquebots urbains » rassemblent en périphérie de ville tous les éléments de la vie urbaine : on trouve là-bas dans certaines galeries commerciales des chapelles pour se marier où des crèches pour garder les enfants durant le shopping. Si en Europe le développement des périphéries s’est par le passé fait sous la pression des hard-discounters, les galeries commerciales tendent de plus en plus à se réorganiser pour offrir plus de services et d’accueil.

 

La notion de « périphérie » est européenne, tout autant que celle de « centre ». Voir fleurir les fameuses entrées de ville a été source d’angoisse dans la mesure où elles dégradaient la notion même de ville centralisée. Aujourd’hui, alors que le tout-automobile est largement remis en question pour des raisons environnementales et économiques, un autre ajustement est possible. Certains promoteurs commerciaux commencent à organiser avec les municipalités des services de navette entre centre ville et parc commercial en périphérie, ou encore en utilisant leur parking comme parking relais pour accéder au centre-ville par la navette.

 

On sait aujourd’hui que les hypermarchés et les galeries commerciales qui les accompagnent sont vecteurs de sociabilité. On se rend en famille faire des courses dans un moment de partage entre les parents et les enfants. La société de consommation développe un univers de représentation où les aspirations personnelles s’identifient à des marques. Une forme urbaine émerge à la périphérie des villes qui n’est pas dénuée d’urbanité. Entre les centres-villes européens et leur constitution essentiellement piétonne, et la ville de l’automobile glorifiée par les années 60 et 70, une forme de synthèse semble émerger, empruntant à ces deux modèles pour en créer un nouveau. Les faux centres-villes de Las Vegas, des villes nouvelles chinoises ou de Disneyland sont après tout des preuves que le l’image du centre ville européen « marche » encore.

 

L’ouverture dominicale en question

 

Si l’on revient à notre question centrale, à savoir l’ouverture des commerces le dimanche, on s’aperçoit que l’Europe est partagée sur la question. En Allemagne comme en Italie, la fermeture dominicale des commerces est obligatoire. En Belgique, les commerces de détail ont une autorisation jusqu’à midi. En Grande-Bretagne seuls les magasins d’une surface inférieure à 280m² peuvent ouvrir librement alors qu’en Suède il n’existe aucune restriction. La plupart des économistes sont d’accord pour dire que la consommation n’augmentera pas mais se déplacera d’une partie de la semaine vers le dimanche. On comprend aisément qu’une ouverture sept jours sur sept et pénalise de fait les très petites entreprises et favorise les complexes commerciaux. Les expériences déjà menées montrent que l’ouverture dominicale provoque une réelle affluence, ce qui pourrait trop rapidement laisser croire à un succès.

 

La crise économique actuelle fait ressurgir les vertus de la régulation. Dans un souci d’équilibrer nos territoires, nous devons impérativement penser l’aménagement du temps autant que celui de l’espace. Dans les territoires denses et foisonnants, nul doute que l’ouverture des centres commerciaux périphériques augmentera les possibilités d’activité commerciale et renforcera le caractère providentiel des métropoles. Mais qu’en est-il des territoires plus fragiles ? Dans les villes de 20 000 habitants et moins, qui composent la majeure partie du territoire, la concurrence s’annonce déloyale entre les acticités dominicales traditionnelles et ce nouvel appel.

 

Aménager le temps

 

En bouleversant l’équilibre historique d’un jour commun chômé dans la semaine, on repousse une limite. Que dire ensuite des ouvertures de nuit ? L’exemple américain tend vers une ouverture sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L’ouverture des magasins le dimanche n’est qu’une partie d’un problème plus global. Suivant l’exemple de l’Italie, certaines villes françaises ont créé des « bureaux des temps ». Il s’agit d’une réflexion capitale dans l’organisation de la vie sociale et par répercussion de l’urbanisme. La concertation commencée en France avec le Grenelle de l’environnement doit prendre en compte un sujet aussi important. Car l’ouverture des centres commerciaux le dimanche va aussi induire par exemple un accroissement de consommation d’énergies. L’aménagement du temps devrait donc être mis à l’ordre du jour du prochain Grenelle.

 

Au lieu de légiférer sur l’ouverture des commerces le dimanche, il serait préférable d’encourager chaque territoire a entamer une réflexion de type « bureau des temps » sur les rythmes qui le composent et le structurent. Cela nécessite un cadrage commun que l’Etat fournirait et de cette concertation pourrait naître à chaque fois une réponse adaptée. Il y a là un double enjeu environnemental et de politique de proximité.

 

Jean Richer, urbaniste

Jean-Philippe Doré, architecte

Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /2008 16:53

Le chantier de la refonte des collectivités territoriales s’était ouvert à la fin de l’été sur un duel fratricide entre les départements et les régions. Exit, puisque la crise financière est arrivée et occupe désormais le terrain médiatique. Le plan de relance voulu par le gouvernement, en s’appuyant sur les préfets, ne doit pourtant pas faire oublier le rôle prépondérant des collectivités en matière d’innovation. La guerre contre la crise économique doit aussi être gagnée sur le terrain de la décentralisation.

Partout en France, la conurbation voit le rassemblement d’aires urbaines administrativement indépendantes, mais aux destinées de plus en plus imbriqués, chaque lieu n’ayant d’existence que dans un ensemble. Cette situation impose une autre manière de penser l’action locale : il faut construire des territoires économiques cohérents définis comme des systèmes d’intensions politiques en activité révélant ses potentialités au fur et à mesure de la mise en place d’actions de toutes sortes. Comme l’activité industrielle s’est réorganisée dans un passage graduel à « l’économie de la connaissance »  où la compétitivité dépend aujourd’hui d’une capacité à créer la connaissance, l’accumuler et l’utiliser plus rapidement que la concurrence, les collectivités territoriales ont l’obligation de prendre part à cette économie d’opportunité.

Les territoires ont besoin de spécialisation et seules les institutions publiques sont capables d’établir des interactions solidaires entre les entreprises industrielles pour former des stratégies communes. Notre salut passe par la consolidation de clusters régionaux : une concentration spatiale de réseaux de production, en lien avec le marché global, et fondée sur la stimulation du potentiel endogène des PME. Les collectivités territoriales ont ici un rôle à jouer pour stimuler leur tissu économique selon des axes clairement établis, accélérer les rencontres et promouvoir les compétences. 

Dans planification traditionnelle, l’économie est peu prise en compte. Pourtant les entreprises recherchent des aménités liées la plupart du temps à l’aménagement des territoires. La nouvelle organisation productive - l’externalisation des activités et un fonctionnement des entreprises en réseau - redéfinie leurs exigences à l’égard de leur espace d’accueil. L’aménagement des territoires doit donc intégrer la nécessité d’éléments logistiques externes aux entreprises, les possibilités de formation, des espaces de commercialisation et des opportunités liées à l’innovation.

En complément de la planification, émerge la notion de projet de territoire qu’incarne par exemple les SCOT. Ceux-ci suggèrent de nouvelles logiques capables d’accélérer la mutation des territoires. Les projets métropolitains se caractérisent par une approche particulière qui sélectionne les axes de développement d’importance stratégique et les soumettent à la « tentation » de l’expérimentation. Mais il faut aller plus loin encore.

Quelque soit l’acteur territorial se saisissant de la question, ce n’est qu’au prix d’une concertation sur la destinée de chaque territoire que pourront s’affirmer des ensembles économiques cohérents. L’expérience en cours de l’agence pour l’économie de l’Essonne donne par exemple un bon aperçu des méthodes à employer. A l’issu d’un benchmark de plusieurs mois, trois secteurs stratégiques ont été validés pour le département : l’ingénierie du bâtiment durable, les énergies innovantes et la lutte contre la pollution de l’air et le climat. En capitalisant les richesses de son territoire, l’agence est entrée dans une communication pertinente de ses éco-activités en participant à des salons internationaux.

En identifiant des axes de développement, en fédérant les acteurs économiques et en développant un marketing territorial, les collectivités territoriales deviendront des acteurs de la relance. Mais pour cela il faut déjà une concertation entre les échelons administratifs pour définir lequel est le plus pertinent. Cette réponse dépend surtout de notre intelligence à faire front commun.


JR


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