Cartographie d'échanges commerciaux maritimes
Cartographie de courants marins
Cartographie de filiations générationnelles
Cartographie de filiations générationnelles
Les ruines sont des paysages de transition. Chantier inachevé ou ouvrage en démolition. Elles témoignent que tout n’est que mouvement et que l’impermanence habite le monde.
La renaissance a construit son savoir sur l’étude des ruines antiques. Il y allait plus que de l’exemple. Michel-Ange voulait créer des œuvres qu’on pourrait rouler du haut d’une montagne sans rien en casser ; tout ce qui se briserait alors serait superflu. La mémoire oubliée et l’oubli du détail. Le temps parachève toute création. Il n’en laisse apparaître qu’une masse minérale. Au mieux un massif, au pire un éboulis.
Plus tard Piranèse a erré dans d’improbables ruines qui magnifiaient la beauté sans égale de ce qui
n’est jamais advenu. Toute chose n’est qu’une construction en devenir, puis en devenir de rien. Regarder une ruine comme dans un miroir : voir l’avant et l’après d’un seul coup d’œil.
JR (crédit photographique Stéphanie Barbon)
ETRE SUR D’AVOIR EPUISE LES POSSIBILITES DU TEMPS AVANT D’AMENAGER L’ESPACE.
AIR
Une multitude de formes temporelles existent. Elles intéressent des domaines variables de notre mémoire, de notre perception et de nos réflexions. Celles qui nous intéresseront ici partagent une
implication dans les usages et la perception du présent.
Partout autour de nous, elles se déploient pour former le contexte hétérogène de notre existence. Elles forment la matière même de la vie urbaine. Les échelles temporelles se superposent et les formes s’associent pour créer des formes plus grandes.
Sur la façade d’un ancien commerce des affiches évènementielles sont régulièrement collées. Au bout de quelque
mois elles forment une plaque de papiers collés que les services municipaux évacuent avant que d’autres affiches ne soient à nouveau collées. Au fronton vaguement classique de la devanture répond
la palpitation des concerts. Il s’agit bien là d’un théâtre urbain, d’une scène dans le temps.
AIR
Le regard décompose le monde, obscurcit certains côtés des objets pour les circonscrire hors de la solidarité générale, les rendant, par là, manipulables. Toutes ces opérations s'opèrent par le
véhicule de la durée. La difficulté consiste à aborder cette solidarité. La complexité impose non seulement l'étude des objets mais aussi un travail sur leurs frontières, les seuils, les
jonctions. Remarquons ici succinctement le chemin emprunté par une discipline scientifique, la systèmique. Ouverte sur tous les phénomènes d'associations/combinaisons, elle postule qu'un système
de relation ou plutôt d'inter-relation complexe unit les choses sans que le tout puisse se réduire à la somme de ses parties constitutives. Ces notions générales s'applique assez bien à la
durée.
Un système peut être ouvert, à savoir sans frontière clairement remarquable et peut être circonscrit de manière négative par élimination de tout ce qu'il n'est pas. La constance d'un milieu n'est plus l'équilibre interne mais plutôt le déséquilibre des flux qui l'alimentent. Le déséquilibre nourricier permet de se maintenir en apparent équilibre, en état de stabilité et de continuité. Le déséquilibre peut être compris comme un dynamisme stabilisé. Cet état se fonde sur un paradoxe, les structures restent les mêmes bien que les constituants soient changeants. La stabilité est compatible avec le renouvellement. ïl s'agit d'une continuité dans la discontinuité où le changement amène à durer.
C'est l'ouverture (relation entre l'intérieur et l'extérieur) qui permet la fermeture (stabilité des structures). Un système n'est pas une entité close mais une entité qui organise sa clôture. Paradoxalement l'autonomie ne s'obtient que dans un mouvement initial d'ouverture au monde. La réalité se rencontre autant dans le lien que dans la distinction entre le système ouvert et son environnement. Ces liens ne s'opèrent évidemment pas dans la continuité et l'inter-relation se comble souvent de lacunes.
Texte AIR, crédit photographique Stéphanie BARBON
L'Architecture ne se réduit pas et s'impose dans toute son hétérogénéité. Parler de la durée est évidemment un moyen détourné de caresser ce qui est multiple et indissociable. Les champs qu'elle
embrasse sont si vastes et désordonnés qu'aucune pensée simplifiante ne peut s'y appliquer sans tomber dans le travers d'une exclusivité réductrice. Elle organise des notions divergentes, assure
leur relation, elle rassemble ce qui est multiple et épouse la complexité du monde.
Par complexité ne surtout pas entendre confusion, incertitude, voire même désordre, bien au contraire. Là où une pensée simpliste ne verrait que concession, amalgame, domination, il faut admirer les articulations qui autorisent la présence simultanée de caractères divergents. Tissage complexe, l'architecture permet l'expression paradoxale de l'un et du multiple, de « l'unitas multiplex ». En elle, à chaque instant, diverses tensions s'exercent simultanément, à différentes échelles parfois sans qu'il y ait confusion, mais plutôt association, interaction, aléas. « L'unitas multiplex » garantit cette libre expression sans réduction et l'architecture se montre alors non pas comme substance mais comme principe d'organisation. Ainsi la composition classique de l'architecture, ce jeu de volume, fait place à une composition à la fois plus abstraite et plus charnelle qui organise un tissu d'événements.
Ce voyage est un passage de la substance aux phénomènes.
Texte AIR, crédit photographique Stéphanie BARBON
Voir l'Architecture sous le jour de la durée, c'est refuser de la considérer comme immobile face au temps. Bien-sûr l'avènement au visible d'une architecture se comporte comme un contenant figé
en proie passive au passage du temps. Bien-sûr parfois le béton se lézarde, la peinture craquelle, les matériaux vieillissent. Mais l'Architecture comme mouvement de l'esprit est une forme
nettement moins saisissable ; précieuse, elle se commet avec le temps dans un raffinement complexe.
Un architecte ne fait pas de l'Architecture, il construit des bâtiments et y appelle l'Architecture. La conception s'adresse au futur dans un perpétuel projet tandis que la construction est une discipline lente et matérielle.
Toujours en déséquilibre, notre vocation à formaliser les tensions en genèse est ici interpellée par la difficulté actuelle d'habiter le temps. La solution de facilité consisterait à ne pas en tenir compte, à continuer sur la voie du modernisme inaliénable, après tout, nous ne sommes pas si loin de la période héroïque où l'architecture flirtait avec le devenir façonnable de l'humanité. Mais peu à peu une réflexion sur le « temps variant » s'engage. Des interrogations naissent : comment gérer la confrontation de temporalités différentes ? Comment prévoir dès la conception d'un ouvrage son rapport avec des évolutions futures ? Quelle place pour des pratiques imprévues ? Comment anticiper la variation du contexte ? Les réponses ne peuvent pas être homogènes et simples, produites par une pensée disjonctive.
Texte AIR, crédit photographique Stéphanie BARBON