u/ Architecture

Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 20:45

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 Mervent, le 23 avril 2010

Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 17:11

J'ai travesti un très beau texte de Roland BARTHES issu du degré zéro de l'écriture en remplaçant le mot littérature par le mot architecture. M'excusant par avance de l'attentat proféré, j'en ressens néanmoins une profonde excitation en me rendant compte que le texte conserve toute son actualité et une vérité que le décentrement de la discipline fait apparaître par miracle.

 

On voit par là qu'un chef-d'oeuvre moderne est impossible, l'architecte étant placé par son écriture dans une contradiction sans issue : ou bien l'objet de l'ouvrage est naïvement accordé aux conventions de la forme, l'architecture reste sourde à notre histoire présente, et le mythe architectural n'est pas dépassé ; ou bien l'architecte reconnaît la vaste fraîcheur du monde présent, mais pour en rendre compte, il ne dispose que d'une écriture splendide est morte, au moment de choisir les formes qui doivent franchement signaler sa place dans l'histoire et témoigner qu'il en assume les données, il observe une disparité tragique entre ce qu'il fait et ce qu'il voit ; de ses yeux le monde civil forme maintenant une véritable nature, et cette nature parle, elle est d'abord des organes vivants dont l'architecte est exclue : au contraire, entre ses doigts, histoire place un instrument décoratif et compromettant, une écriture qu'il a hérité d'une histoire antérieure et différentes, dont il n'est pas responsable, et qui est pourtant la seule qui dont il puisse user. Ainsi naît à tragique de l'écriture, plus que l'architecte conscient doit désormais se débattre contre les signes ancestraux et tout-puissants qui, du fond d'un passé étranger, lui impose l'architecture comme un rituel, et non comme une réconciliation.

Ainsi sauf à renoncer à l'architecture, la solution de cette problématique de l'écriture ne dépend pas des architectes. Chaque architecte qui naît ouvre en lui le procès de l'architecture ; mais s'il condamne, il lui accorde toujours un sursis que l'architecture emploie à le reconquérir ; il a beau créer et un langage libre, on lui renvoie à fabriquer, car le luxe n'est jamais innocent : essai de ce langage ainsi éclos par l'immense poussée de tous les hommes qui ne comprennent pas, qu’il lui faut continuer d'user. Il y a donc une impasse de l'écriture, et c'est l'impasse de la société même : les architectes d'aujourd'hui le sentent : pour eux, la recherche d'un nom style, d'un degré zéro, c'est en somme l'anticipation d'un état absolument homogène de la société ; la plupart comprennent qu'ils ne peut y avoir de langage universel en dehors d'une université concrète, et non plus mystique ou nominale, du monde civil.

Il y a donc dans toute cette écriture présente une double postulation : il y a le mouvement d'une rupture est celui d'un avènement, il y a le dessin même de toute situation révolutionnaire, dont l'ambiguïté fondamentale et qu'il faut bien que la révolution puise dans ce qu'elle veut détruire l'image même de ce qu'elle peut posséder. Comme l'art dans son entier, l'architecture porte à la fois l'aliénation de l'histoire et le rêve de l'histoire : comme nécessité l'atteste le déchirement des langages, inséparable du déchirement des classes : comme liberté, elle est la conscience de ce déchirement et les formes mêmes qui veulent dépasser. Se sentant sans cesse coupable de sa propre solitude, elle n'en est pas moins un imagination avide d'un bonheur des formes, elle se hâte vers un langage élevé dans la fraîcheur, par une sorte d'anticipation idéale, figurerait la perfection d'un nouveau monde adamique où le langage ne serait plus aliéné. La multiplication des écritures constitue une architecture nouvelle dans la mesure où celle-ci n'invente son langage que pour être un projet : l'architecture devient l'utopie de la vie.

Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /Fév /2009 17:58

 

Exeter Library. Yale Center for British Arts. Richards Medical Center. La voilà la raison du voyage. On y va, on fait la démarche et au détour d'un campus précautionneux, tout un dispositif nous saute dessus. Tout un entrelacs de signification, au détour d'une rue, surgit sans crier gare du livre d'histoire, d'une matinée de cours, des livres On est tellement préconditionné, les préliminaires ont été si longs qu'on ne peut que jouir à l'instant, foudroyé de tant de beauté, de tant de force tectonique et fourmillante de sens. Si jamais matière a été polie par l'esprit de l'homme, chargée d'âme, alors ce sont ces bétons aux joints merveilleux, c'est cette brique qui vous parle, ce sont ces panneaux de bois au dessein indicible et évident. Si jamais l'espace a un sens – si jamais une chose telle que l'espace existe – alors ce sont ces vides délicieux qui vous emportent, vous frottent au grain de cette matière–lumière, vous ramènent et vous posent là pantelants. C'est comme un tour de manège intellectuel, physique, sensuel. Ça vaut vraiment le coup. C'est à conseiller si vous êtes correctement préparés.

 

Exeter. 8H30pm. On progresse là-dedans comme dans un temple (c'en est un), à peine si l'on ose prendre des photos, mais ce qui se passe réellement n'a rien à voir. Nous sommes à Exeter, l'Amérique éternelle est là. Des étudiantes blondes, boudeuses font semblant de travailler, accotées dans ces petits boxes merveilleux. Britney Spears et la photo du chien scotchées là? Oui, pourquoi pas. Ça prouve que ça marche, que cette architecture bigger than life trouve son objet, après tout.

 

Yale. Vous êtes assis dans un chesterfield plus qu' honorable, Gainsborough et Turner déploient leurs merveilles vaporeuses autour de vous mais vous vous regardez un escalier, ou plutôt un cylindre de béton plein de huit mètres de haut posé dans une sorte de coffret précieux. L'espace. La matière. La lumière.

 

Une étrange idée. Je me demande quelle vie mènent ces merveilleux bâtiments, la nuit. Quel Œil les regarde? Quel frémissement les parcourent?

texte jean-philippe doré, photos aurélie eckenschwiller

Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 10:27

Le débat sur les tours n’en finit pas. Il est vrai que les objets architecturaux excitent toujours les concepteurs et attisent l’appétit des investisseurs par leur simplicité conceptuelle. Pour tout dire, le débat sur les tours possède un relent de modernisme mal digéré.

 

Le débat semble vouloir se concentrer sur l’économie spatiale comme réponse à l’étalement urbain et à la nécessité de rééquilibrer l’aménagement de notre territoire. On y parle aussi de concentration d’activité et de mixité sociale. L’ensemble de ces termes appartient au vocabulaire de la géographie et plus précisément à celui de la gestion du capital spatial : avec nos préoccupations environnementales, l’espace nous est devenu cher (dans les deux sens du terme).

 

A la place d’un débat restreint sur une forme spécifique d’occupation de l’espace urbain, qui au passage éclipse les autres, il serait plus intéressant de réfléchir collectivement à notre gestion du capital spatial que représente la ville. Il ne faut pas oublier que l’hyperville mondialisée actuelle est le lieu par excellence de la ségrégation socio-spatiale. Les tours n’y changeront rien, où plutôt aggraveront le phénomène comme le montre le remplissage des tours asiatiques.

 

Il me semblerait plus intéressant de réétudier nos modes de consommation de l’espace en ville et d’imaginer des formes qui démultiplient les usages. La ville pliée, où entrent en relation le dessus, le sol et le dessous optimise l’usage du capital spatial. Les projets de topographies stratifiées tel que celui proposé par Rem KHOOLAAS pour les Halles, sont un bon début. Revenons à un travail sur l’ilôt, avec ou sans tour, qui interpénétrerait les usages et les réseaux. Nous aurions là un véritable propos environnemental sur l’habitat au sens élargi, celui de nos milieux de vie.

 

Il faut repenser avant tout nos managements de projet pour intégrer dès la faisabilité le montage des opérations entre partenaires publics et privés en tenant compte des usages multiples et des possibilités immenses que nous donnent la combinaison des programmes et des formes.

 

 

http://www.lemoniteur.fr/actualite/point_vue/reetudier_nos_modes_consommation_espace/D81B278DF.htm

 
JR

Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 08:25

 

 

En Amérique le signe est roi.


En Europe, le signe est roi en périphérie, dans les zones commerciales  
qui gravitent à l'extérieur des centres-villes.
En Amérique le signe a depuis longtemps conquis le coeur des villes.  
Il en a sûrement accompagné la croissance.
Le signe se manifeste ici des formes variées : la signalétique, les  
enseignes lumineuses, les néons qui vibrent sous l'influx du courant  
alternatif, les stickers, les logos, les logo en volume, les taxis  
publicitaires, ...les hommes sandwich...
En Amérique on aime communiquer sur tout. Il faut tout écrire, il faut  
montrer, expliquer, se faire remarquer.
Saturation visuelle, saturation sémiotique.

Il semble que se soient développées ici des formes qui privilégient le  
message publicitaire au volume architectural. Un facadisme  élaboré.  
Une architecture 2D pensée pour être vue de loin, pour être vue depuis  
l'autoroute, pour être vue dans le mouvement, dans le flux. C'est peut  
être bien la seule forme architecturale qui ait été pensée par rapport  
au flux.


Le volume architectural n'est plus qu'un support sur lequel on plaque.  
Ce n'est plus qu'un contenant-support.
Une petite victoire du signe sur l'architecture?



 

Aurélie ECKENSCHWILLER

 

Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /Oct /2008 08:08

Dans son ouvrage « histoire de lynx », Claude Lévi-Strauss produit le schéma d’une cabane d’hiver semi-enterrée de la tribu des Chilcotins en Amérique du Nord. Bien entendu le dessin est plus sensible et l’épure présentée ici de piètre qualité.

 

J’essaye donc de la décrire. A partir d’une fosse circulaire creusée à même le sol une structure en bois est construite pour former une grande hutte dont le sommet carré servira d’exutoire de fumée et d’entrée. L’ensemble sera recouvert d’abord de petits bois puis de terre. Un escalier taillé dans un tronc permet d’atteindre le sol de la cabane tandis que le foyer se situe à la verticale de la cheminée.

Cette cabane a ceci de merveilleux qu’elle représente une forme absolument pure d’habitation. La fosse circulaire symbolise le cosmos qui est racheté au sommet de l’édifice par un carré d’accès symbolisant la terre. Fonctionnellement, un seul orifice gouverne la maison, à la fois porte, fenêtre et cheminée. L’implantation topographique de cet habitat et sa forme le rend par ailleurs intemporel et très HQE. Et que dire de la charpente constituée de carrés égaux formant un plan en croix ? On image aisément que ce type de cabane est reconstruit chaque année et que seul compte la permanence de sa forme.

 

Il y a donc là un objet pur qui renvoie à l’idéal de la cabane et qui interroge nos modes de conception et de construction. En observant ce simple édifice je me sens humble. Il possède une résonnance métaphysique en recélant le cosmos alors que nous nous tortillons pour attirer un tant soit peu de spiritualité dans nos créations... Je me répète dans un murmure que nous faisons fausse route et que l’ambition de notre génération est de sortir de la quête de la forme finie. La beauté est ailleurs. Il nous faut trouver des formes simples en apparence, mais aux dimensions multiples, qui articulent l’espace et le temps.

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