merci à Mme Claudie Biston pour ces images du Kénya.
« Devenez des acteurs, et non plus seulement des auditeurs de la parole »,
La réhabilitation, pour nous, consiste à offrir au croyant une perception neuve de l’église, afin que la liturgie redevienne une expérience consciente.
Nous créons dans l’église un chemin qui est le support de cette prise de conscience. Il porte les fidèles au dessus du vide, et les conduit matériellement et symboliquement à travers les différents temps forts de la liturgie.
Le baptistère marque l’entrée dans l’église en rappelant le baptême et initie le cheminement vers l’Autel, par le lieu naturel qui existe entre le baptême et l’eucharistie.
L’Autel est ramené près du centre de la nef. C’est lui qui constitue l’assemblée, de part et d’autre du chemin, et qui organise la communion. C’est une grande horizontale ménageant une transparence dans l’axe de l’église, qui ne bouche pas la vue vers le cœur.
La Parole accompagne le cheminement à travers l’église ; un premier lieu de parole est lié au baptistère, d’où on peut accueillir les fidèles lors de la messe par un chant, ou lire un texte lors d’un baptême. Un deuxième lieu de parole est situé près de l’Autel, d’où l’on peut diriger les chants de la messe ou faire lire des textes et des intentions de prière par les fidèles. Le dernier lieu de parole est destiné à la parole de Dieu : il est sur le chemin, dans le cœur et devant le grand Autel.
La parole et les chants jaillissent à travers l’église au fur et à mesure du déroulement de la liturgie.
Construction
Il faut ici rappeler notre intention de ne pas modifier en profondeur l’église. Nous nous intéressons davantage au rite et à la population des croyants qu’à la seule organisation architecturale.
Le chemin doit correspondre à l’église Saint Christophe dans son essence, c’est à dire son matériau (le ciment moulé) et dans sa mise en œuvre (la préfabrication). Le chemin sera constitué de fines dalles de ciment moulé de la longueur des travées de l’église. Les dalles seront posées sur plusieurs appuis ponctuels ménageant un vide de quelques centimètres qui n’endommagera pas la dalle existante. De même, une fente très fine sera laissée entre le sol de l’église et les dalles de ciment du chemin.
Ce dispositif procurera à celui qui le foule le sentiment d’entrer dans un lieu différent, et donnera la dimension du sacré.
Exeter Library. Yale Center for British Arts. Richards Medical Center. La voilà la raison du voyage. On y va, on fait la démarche et au détour d'un campus précautionneux, tout un dispositif nous saute dessus. Tout un entrelacs de signification, au détour d'une rue, surgit sans crier gare du livre d'histoire, d'une matinée de cours, des livres On est tellement préconditionné, les préliminaires ont été si longs qu'on ne peut que jouir à l'instant, foudroyé de tant de beauté, de tant de force tectonique et fourmillante de sens. Si jamais matière a été polie par l'esprit de l'homme, chargée d'âme, alors ce sont ces bétons aux joints merveilleux, c'est cette brique qui vous parle, ce sont ces panneaux de bois au dessein indicible et évident. Si jamais l'espace a un sens – si jamais une chose telle que l'espace existe – alors ce sont ces vides délicieux qui vous emportent, vous frottent au grain de cette matière–lumière, vous ramènent et vous posent là pantelants. C'est comme un tour de manège intellectuel, physique, sensuel. Ça vaut vraiment le coup. C'est à conseiller si vous êtes correctement préparés.
Exeter. 8H30pm. On progresse là-dedans comme dans un temple (c'en est un), à peine si l'on ose prendre des photos, mais ce qui se passe réellement n'a rien à voir. Nous sommes à Exeter, l'Amérique éternelle est là. Des étudiantes blondes, boudeuses font semblant de travailler, accotées dans ces petits boxes merveilleux. Britney Spears et la photo du chien scotchées là? Oui, pourquoi pas. Ça prouve que ça marche, que cette architecture bigger than life trouve son objet, après tout.
Yale. Vous êtes assis dans un chesterfield plus qu' honorable, Gainsborough et Turner déploient leurs merveilles vaporeuses autour de vous mais vous vous regardez un escalier, ou plutôt un cylindre de béton plein de huit mètres de haut posé dans une sorte de coffret précieux. L'espace. La matière. La lumière.
Une étrange idée. Je me demande quelle vie mènent ces merveilleux bâtiments, la nuit. Quel Œil les regarde? Quel
frémissement les parcourent?
texte jean-philippe doré, photos aurélie eckenschwiller
En Amérique le signe est roi.
En Europe, le signe est roi en périphérie, dans les zones commerciales
qui gravitent à l'extérieur des centres-villes.
En Amérique le signe a depuis longtemps conquis le coeur des villes.
Il en a sûrement accompagné la croissance.
Le signe se manifeste ici des formes variées : la signalétique, les
enseignes lumineuses, les néons qui vibrent sous l'influx du courant
alternatif, les stickers, les logos, les logo en volume, les taxis
publicitaires, ...les hommes sandwich...
En Amérique on aime communiquer sur tout. Il faut tout écrire, il faut
montrer, expliquer, se faire remarquer.
Saturation visuelle, saturation sémiotique.
Il semble que se soient développées ici des formes qui privilégient le
message publicitaire au volume architectural. Un facadisme élaboré.
Une architecture 2D pensée pour être vue de loin, pour être vue depuis
l'autoroute, pour être vue dans le mouvement, dans le flux. C'est peut
être bien la seule forme architecturale qui ait été pensée par rapport
au flux.
Le volume architectural n'est plus qu'un support sur lequel on plaque.
Ce n'est plus qu'un contenant-support.
Une petite victoire du signe sur l'architecture?
Aurélie ECKENSCHWILLER
Dans son ouvrage « histoire de lynx », Claude Lévi-Strauss produit le schéma d’une cabane d’hiver semi-enterrée de la tribu des Chilcotins en Amérique du Nord.
Bien entendu le dessin est plus sensible et l’épure présentée ici de piètre qualité.
J’essaye donc de la décrire. A partir d’une fosse circulaire creusée à même le sol une structure en bois est construite pour former une grande hutte dont le sommet carré servira d’exutoire de fumée et d’entrée. L’ensemble sera recouvert d’abord de petits bois puis de terre. Un escalier taillé dans un tronc permet d’atteindre le sol de la cabane tandis que le foyer se situe à la verticale de la cheminée.
Cette cabane a ceci de merveilleux qu’elle représente une forme absolument pure d’habitation. La fosse circulaire symbolise le cosmos qui est racheté au sommet de l’édifice par un carré d’accès symbolisant la terre. Fonctionnellement, un seul orifice gouverne la maison, à la fois porte, fenêtre et cheminée. L’implantation topographique de cet habitat et sa forme le rend par ailleurs intemporel et très HQE. Et que dire de la charpente constituée de carrés égaux formant un plan en croix ? On image aisément que ce type de cabane est reconstruit chaque année et que seul compte la permanence de sa forme.
Il y a donc là un objet pur qui renvoie à l’idéal de la cabane et qui interroge nos modes de conception et de construction.
En observant ce simple édifice je me sens humble. Il possède une résonnance métaphysique en recélant le cosmos alors que nous nous tortillons pour attirer un tant soit peu de spiritualité dans
nos créations... Je me répète dans un murmure que nous faisons fausse route et que l’ambition de notre génération est de sortir de la quête de la forme finie. La beauté est ailleurs. Il nous faut
trouver des formes simples en apparence, mais aux dimensions multiples, qui articulent l’espace et le temps.
AIR
Je vivais depuis plusieurs années dans le quartier. La tour correspondait à un repère identitaire pour tous les habitants. Moi-même, lorsque j’arrivais de l’autoroute vers la ville, je guettais
avec impatience le signal annonciateur d’une fin de voyage proche. Son apparition était aussi comme le symbole de l’habité, du chez soi, déformé et gigantesque par la distance qui m’en
séparait.
Un jour, sans intention particulière, je suis entré dans le socle de la tour. L’ensemble des accès était contrôlé par des codes dont la connaissance m’échappait et j’avais eu pour seule issue verticale la cage de l’escalier de secours. Etroite et obscure, elle gravissait les 29 étages accessibles sans autre marque de progression qu’un numéro sur chaque porte palière. J’avais accompli l’effort d’atteindre la dernière porte sans réel objet que d’aller jusqu’au bout d’un cheminement, même vertical et j’avais fait demi-tour sans plus de réflexion une fois arrivé en haut.
C’est lors de la descente que c’est déclenché le phénomène inquiétant. Quelques années après le 11 septembre, se trouver dans la situation de descendre un escalier de secours d’une tour renvoie
forcément aux descriptions terrifiées des rescapés des tours du world trade center. L’inconscience joue des tours que le contexte amplifie. Dans la longue spirale descendante de l’escalier,
emporté par la vitesse de ma propre course, je fut saisi d’un trouble, presque d’un étourdissement, et il fallut m’arrêter un instant sur une marche pour reprendre mon souffle, les yeux clos et
le cœur battant.
Quelques mois plus tard, j’obtins l’autorisation de prendre des photographies de la tour et surtout de monter au dernier étage pour y observer la ville. Le pompier de garde me fit monter par
l’ascenseur cette fois jusqu’au dernier étage duquel il ouvrit une petite porte métallique donnant sur la terrasse. Il était convenu que j’y resterais seul une demi-heure et il m’enferma sur
l’étroite terrasse, abandonné au vide. Ce jour là il faisait du vent et je du prendre beaucoup de précaution pour installer la chambre photographique. Ce procédé nécessite de s’abriter sous un
drap noir pour pouvoir effectuer la mise au point. Dans ma cage noir, au bord du parapet, balancer par le vent, j’ai eu le vertige comme jamais auparavant et une panique m’a envahi.
Il a fallut m’asseoir, et replier fébrilement dans cette position le matériel photographique. J’ai ensuite rampé jusqu’à la porte pour attendre le pompier qui rouvrirait la porte. Aujourd’hui
encore, je ne sais pas si ce vertige est lié ou non au trouble de l’escalier. Maintenant, je doute des tours.
Texte AIR photographies Jean Richer
La ville d’Isé au Japon est célèbre notamment grâce au Temple consacré à Amaterasu, déesse suprême du Shintoïsme. Le temple est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2004.
Chaque année environ six millions de touristes le visitent.
La forêt apparaît comme une masse compacte à la lisière de la ville. Les activités qui la bordent semblent insensibles à l’esprit sylvestre si ce n’est dans la mentalité des habitants. Au cœur de ce massif existe deux terrains parallèles, orientés nord-sud et séparés de quelques mètres. Un peu moins grand que des terrains de football, ils sont plantés de gazon et son régulièrement entretenu.
L’un est bâti, l’autre non. Tous les vingt ans, les édifices de l’un sont détruits tandis que des charpentiers rompus à un savoir faire ancestral rebâtissent sur l’autre les mêmes édifices à l’exact identiques. Cela depuis quinze siècles.
Le monument tient sont existence de la régularité du rite sans cesse réitéré et de la consistance des gestes dans le temps.
AIR