d/ Temporalités urbaines

Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 11:15
Pour mieux expliquer les domaines d'intervention de la plastique temporelle, nous avons construit cette carte heuristique très simple. Loin d'être exhaustive, elle représente quelques phases de projet que nous avons déjà expérimentées ou évaluées comme potentiellement impliquées.

Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 14:52

“Se pose un problème analytique crutial : comment lire l’espace différentiel contemporain en échappant aux polarisations de la concurrence. La première solution est de lire l’espace différentiel à partir des différentes relations (Elias) et des différentes formes d’échanges urbains (Simmel). Ainsi s’élabore une définition expressive de l’urbain en terme d’action communicationnelle plus que de sociabilité.” 

in La sociabilisation urbaine de Verpraet, 1994

 

“Il reste que toute production littéraire s'inscrivant dans un espace différentiel, elle ne peut pas ne pas signifier, et traduit donc une « prise de position », au sens strict.” 

in Ateliers de théorie littéraire de Debaene, 2010

 

“Nous avons dit que, pour trouver le centre des masses d’un corps uniformément dense, comme est, dans le cas actuel le fluide que déplace le vaisseau, il faut multiplier l’espace différentiel compris entre deux plans parallèles au plan primitif, par la distance perpendiculaire de ce dernier plan à l’espace différentiel, intégrer ce produit, et diviser ensuite l’intégrale trouvée par l’espace total qu’occupe le corps dans le fluide ; le quotient exprimera alors la distance perpendiculaire du plan primitif au centre des masses, ou du volume.” 

in Théorie du navire par le Marqui de Poterat, 1826

 

“Il y a donc des contenus particuliers qui doivent devenir le signifiant d’une plénitude communautaire, par des chaînes d’équivalences et des relations hégémoniques, mais cette plénitude communautaire reste et doit rester ainsi essentiellement absente. La communauté ne pouvant donc équivaloir au pur espace différentiel d’une identité objective, mais seulement à une plénitude toujours absente, elle emprunte sans cesse sa propre forme de représentation à des entités particulières constituées au sein de l’espace d’équivalence ; ou encore elle vide un signifiant particulier de son signifié particulier et différentiel. “

in Fragmentation des luttes et universalité hégémonique de Nerns, 2000

 

“C'est dans le cadre d'une urbanisation totale à terme, que le socio-philosophe propose un "programme de recherches" sur la ville. Il articule sa pensée autour de quatre concepts de l'espace :

- l'espace absolu, qui est essentiellement naturel jusqu'à ce qu'il soit colonisé, il devient alors relativisé et historique ;

- l'espace abstrait associé à l'espace d'accumulation dans lesquels les processus de production et de reproduction sont scindés ;

- l'espace contradictoire où la transmutation de l'ancien espace et l'apparition du nouvel espace se réalisent en réponse aux contradictions inhérentes à l'espace abstrait ;

 - l'espace différentiel, mosaïque qui en résulte, constitué de lieux différents. (Jean-Marc STEBE et Hervé MARCHAL).” 

 in Urbanisation - Sociologies françaises, Perspectives marxistes de GIL, 2011

 

“Cette cité en réseau imaginaire est un espace différentiel où la politique est possible et le conflit inévitable ; elle est aussi une dimension de l’expérience et une métaphore de la politique. De là l’importance d’étudier les principales répercussions sur les grandes villes multiculturelles de cette capacité qu’a le réseau d’éliminer un facteur de lisibilité sociale. “ 

in La virtualisation et les villes-mondes multiculturelles de Betancourth, 1995

 

“L'homme se situe désormais et, au même moment, à plusieurs échelles et dans des ensembles spatiaux différents : il appartient à un village, à une région agricole bien déterminée, à un gouvernorat donné, il travaille dans une usine dont le siège se trouve à Lyon et dont le fonctionnement se situe à l'échelle internationale...      

Savoir lire cet espace différentiel et différencié est  une nécessité non pas au géographe mais au citoyen ordinaire. On est toujours situé dans un lieu appartenant à plusieurs ensembles spatiaux, la théorie des ensembles et des ensembles flous est indispensable pour suppléer aux limites fixes et nettes...” 

in Idéologie et géographie

 

“Pour commercer à saisir les enjeux les plus importants de cette recherche, on peut dire qu’elle a pour sujet la production de l’espace au sens d’Henri Lefebvre. C’est-à-dire la production d’un milieu existentiel vécu et façonné par ses habitants, un espace vital ouvert aux devenirs les plus inattendus, et, en même temps, intérieurement contradictoire de par sa multiplicité même — surtout quand il est soumis à des régimes de transparence et de totalisation, aussi illusoires qu’oppressifs. Au-delà des abstractions du contrôle, c’est cette dimension qualitative (corporelle, sensuelle, ludique) que Lefebvre appelle l’espace différentiel” 

in Géographie différentielle de Holmes, 2007

Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 08:40

A city is more than a place in space, it is a drama in time, Patrick Geddes

 

En apparence, ce qui relie les formes urbaines procède de l'accumulation, de la contingence en un même lieu. L'histoire peu à peu les aurait déposées et offrirait aujourd'hui à nos yeux l'héritage des formes matérielles se référant à des ordres passés. Cela ne constituerait pas une ville mais un musée.

 

La permanence des éléments anciens n'appelle pas au passé. Elle se dé-clôt dans l'instant. Nous percevons au présent les éléments de la ville, chargés de ce qu'ils furent : ils appellent à la mémoire des sens plus qu'à l'analyse historique. Leur présence n'a aucune signification intrinsèque et invariable, leur valeur est de position et toujours relative. Les architectures du passé, proches ou lointaines, de modalité historique et sociale individuelle, coexistent dans la connivence, même si la plupart d'entre elles tiennent plus du signifiant éthéré que de l'insularité acharnée. Ainsi la ville procède à une réactualisation permanente.

Toutes les formes urbaines, du tracé au construit, s'inscrivent dans la durée, plus exactement dans des durées singulières. Visitées à chaque instant, certaines sont éphémères, d'autres restent au monde dans la continuité d'une forme sûre, parfois varient par une multitude d'adaptations progressives, d'autres encore n'étant capables que de mutations brutales, disparaissent subitement pour mieux réapparaître, libres de toute contingence. Ces « morphologies temporelles » divergentes, entretiennent des relations constantes où interviennent des phénomènes de diffusion, réajustement, contamination, pollution, ...

Le mouvement pourrait être considéré comme une simple translation, un changement quantitatif dans le temps. La mobilisation de la durée serait alors réduite à l'évolution insulaire de chaque chose. Mais chaque changement de n'importe quelle existence implique par le simple jeu des interactions, une modification qualitative de l'ensemble. La vibration s'étend, rayonne, contamine. Les systèmes perdent alors leur contour pour se réunir dans la durée commune.

 

Apparaît une des notions fondamentales de la durée : l'ouverture. S'appliquant aux objets, elle les force à s'ouvrir puisqu'elle ne cesse de préfigurer leur changement. Non seulement la durée consolide la variation incessante en un tout qui subsiste, mais son caractère dynamique ne cesse d'appeler à de nouvelles variations. On pourrait dire qu'elle valide ce qui vient d'être et prépare le changement de ce qui s'apprête à être. Voir l'ouverture consiste à se placer dans une situation constante de veille, de prévoir la possibilité du changement sans en connaître déjà la teneur. L'instant est perçu alors comme une situation de sursis. Le mouvement apparaît à l'appel d'une potentialité et se propose sans cesse de combler une situation en déséquilibre, tendue vers ses possibles. Oublier le rôle de la durée revient à se priver de la richesse née de la coexistence de temporalités divergentes ainsi que de la capacité d'ouverture naturelle qu'elle propose.

 

Par sa capacité d'ouverture la durée amène une architecture flexible, élastique, ayant le potentiel de ses multiples devenirs. Loin de l'inertie, de l'intemporel, elle appelle le changement.

 

La possibilité d'ouverture doit flotter dans une architecture sans jamais l'achever ou la resserrer. L'ouverture n'est pas une fonction d'attente statique d'un futur préfiguré mais bien au contraire une générosité d'accueil. La durée impliquée dans le réel doit se lire comme une dimension nouvelle, active sans être autoritaire, comme l'ouverture imprévisible aux possibles.

Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 21:27

DUMS GRANDPARC 15 

 

Le Grand parc du Puy du fou propose aux visiteurs une expérience temporelle. Mais le voyage dans l’histoire promu par ce parc à thèmes se transforme bien vite en une exploitation univoque du présent.

 

Ce parc à thèmes raconte beaucoup sur la vie contemporaine et son support matériel qu'est la ville. La question n'est pas de savoir si les visiteurs vivent la fiction des lieux qu'ils traversent. Elle est bien plus de comprendre pourquoi on a voulu simuler ici la ville traditionnelle.

 

Les répliques de villages ne sont pas des formes du passé même si la qualité des constructions laisse penser à un simulacre bien fait. Ce dispositif n’est pas sans entrer en résonnance avec le mouvement du New Urbanism.

 

Simulacre et narration

 

L'actualité du parc se vit dans l'instant dont le plan guide est le métronome. Ce dépliant est distribué dès l’entrée du parc. Il associe des horaires, des lieux et des évènements. Si vous scrutez bien celui-ci, ce que tous les visiteurs font, vous comprendrez bien vite que chaque scénette historique est couplée avec un spectacle en plein air. Il faut comprendre par là que l'architecture n'est que le prétexte d'une narration à la charge d'un spectacle.

Dans les années 1950, Walt Disney invente une discipline architecturale promise à un grand succès : l’imagineering. Pour produire une forte expérience chez le visiteur devenu spectateur, l’architecture et la technique sont inféodées à l’imagination de l’effet dont l’unique but est de provoquer du spectaculaire dans la perception des lieux. Cela renvoie aussi la récente exposition Dreamland du centre Georges Pompidou et à une certaine manière de produire la ville aujourd’hui.

 

Quant le spectaculaire remplace l’expérience

 

Dans le Grand parc, on a postulé l'hypothèse du temps univoque. D'une certaine manière on y peaufine un modèle de ville où l'architecture serait un décor urbain support d’un récit marketé. L’exposition du passé n'est ici qu'un prétexte, le plus grand commun dénominateur pour un projet résolument politique où le spectacle remplace l'expérience.

 

Cela montre bien que le temps est un capital. Si la ville est un espace privilégié dans l'accumulation et la reproduction du capital, il faut s'intéresser au capital temporel. Il faut aussi observer qu’on a su spéculer ici sur le capital temporel. Mais tout se passe aussi comme si le lieu du temps partagé nécessitait aujourd’hui la création d’une illusion. La question qui se pose à nous dans le Grand parc est celle de la pluralité. Cet endroit élimine la proximité de l’inconnu dont parlait Emmanuel LEVINAS.

 

Ensuite, alors que le développement durable prône l’économie des ressources, il nous faut d’interroger notre mode de consommation du temps. Pour économiser du temps, pour aller plus vite notamment, nous consommons les autres ressources naturelles jusqu’à leur épuisement. Raisonner nos modes de consommation passe donc par une meilleure gestion du temps.

 

Le Grand parc renvoie aussi à l’attachement affectif qui nous relie au patrimoine, c'est-à-dire aux édifices issus d’un monde révolu. Leur intérêt réside moins dans leur qualité intrinsèque que dans leur déploiement dans la durée. Je crois lire dans cette sacralisation obscure une tentative d’épouser le temps et d’y trouver refuge dans un monde trop fluctuant.

 

Renversement de paradigme

 

Enfin, la considération de l’espace ne suffit plus en matière d’aménagement. Nous avons étalé nos villes jusqu'à ce qu’elles fassent corps avec le territoire. Nous avons ensuite conquis la hauteur en densifiant l'espace. Le débat récent sur les tours à Paris en est un épisode. Désormais c’est bien dans l’organisation de la mise à disposition de l’espace dans le temps que se joue la partie. Nous partons donc du constat que toute tentative de modifier l’espace est vaine si elle ne s’accompagne pas d’une forme d’aménagement du temps.

 

Il ne s’agit pas ici d’opposer naïvement l’espace et le temps car selon Epicure, le temps est la forme de la matière en mouvement. Mais nous sommes passé de l’espace comme support matériel du temps partagé au temps comme support de l’espace partagé. C’est un passage très important même si cela a un caractère univoque dont cet exemple précis.

 

La grande question, celle qui devrait dominer les débats des aménageurs d’aujourd’hui, est bien de savoir si l’espace public, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, peut encore accueillir l’expérience individuelle tout en conservant son caractère collectif et pluriel. C’est pourtant à cette condition que nous pourrons voir se déployer les temps urbains, librement choisis par tous.

 

Pour le temps des villes, débat animé par François Chaslin, 11 octobre 2010 à 19H00, petite salle du centre Georges Pompidou, dans le cadre du cycle culture urbaine à la BPI

Extrait de l’intervention de J. Richer

Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /Avr /2010 22:53

La tente est bleue. Modèle familiale agençant dôme et absides à grand renfort de tendeurs. On doit pouvoir tenir debout en son centre: le confort nomade en quelque sorte, tendance touristique bien sur. La forêt est dénudée. Nous n'en sommes qu'au début du printemps. La tente prend place entre les arbres, en crête d'un coteau boisé.

 

Les nuits sont encore froide et la tente est isolée bien qu'en contrebas de l'autoroute. C'est en fait de là que je l'ai aperçu. Vision brève scandée par les troncs élancés. Qui peut bien vivre là? Hermite des temps modernes, pauvre hère où les deux à la fois.

 

Derrière, en toile de fond, se découvre le château de Versailles et son jardin rigoureux. Jamais je ne l'avais vu depuis la voie rapide. Pourtant il se déploie avec majesté, bien frontalement, et les emmarchements monumentaux encadrent l'édifice pour le plus grand plaisir d'un nouveau roi. Monarque régnant sur sa toile de tente. Balustres et taupières d'un côté, piquets et forêt de l'autre. Bien après, cette vision fugace reste comme un instantané photographique. Duel ou confrontation ; à moins que ce soit une contemplation. En tout cas une méditation.

 

Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 19:04

Feu

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Tout bâtiment a un début et une fin, fut-elle tragique. Dans l'exploration d'un cycle de vie, ne jamais oublier la possibilité d'un drame.

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