d/ Perception du réel

Dimanche 12 décembre 2010 7 12 /12 /Déc /2010 15:15

suivons les recommandations de Roland BARTHES :

C'est pourquoi je dirai que le plus important n'est pas tant de multiplier les enquêtes et les études fonctionnelles de la ville, mais d'en faire la lecture, ce dont malheureusement, jusqu'à présent, seuls les écrivains nous ont donné quelques exemples. En partant de ces lectures, de cette reconstitution d'une langue ou d'un code de la ville, nous pourrons nous orienter vers des moyens de nature plus scientifique : recherche des unités, syntaxes, etc, mais en nous rappelant toujours qu'on ne doit jamais chercher à fixer et à rendre rigides les signifiés des unités découvertes, car historiquement ces signifiés sont extrèmement imprécis, récusables et indomptables.

 

in L’aventure sémiologique, 1985

 

déjà Kevin LYNCH remarquait :

Dans une ville les éléments qui bougent, en particuliers les habitants et leurs activités, ont autant d’importance que les éléments matériels et statiques. Nous ne faisons pas qu’observer ce spectacle, mais nous y participons, nous sommes sur la scène avec les autres acteurs. Le plus souvent notre perception de la ville n’est pas soutenue, mais plutôt partielle, fragmentaire, mêlée d’autres préoccupations. Presque tous les sens interviennent et se conjuguent pour composer l’image.

 

in L’image de la cité, 1969
Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 17:20

john cornu fonction oblique 02

 

Un bit sourd rebondi sur les immeubles d’habitation. Le centre de la placette est habité par le plein d’un blockhaus qui mesure probablement douze mètres sur douze et quatre mètres de hauteur. Sur un de ses flancs, quinze étais de construction semblent pousser ou retenir, on ne le saura jamais, le bloc de béton. Devant, de jeunes gens, bien sous tout rapport, boivent de la bière et mangent des fraises tagada. L’atmosphère est à l’insouciance d’un vernissage tandis que, dans les étages des immeubles, des nantais middle-class vaquent à leur intimité.

 

Jusque là tout est gentil. Seul le titre de la pièce présentée, « La fonction oblique », pourrait laisser transparaître une contestation : quinze étais à l’oblique en référence à Claude Parent et à sa théorie architecturale. La fonction oblique devait révolutionner l’architecture en confondant sol, murs et plafond dans un vaste champ de mobilité offrant une nouvelle dimension à la vie. Cette topographie totale s’opposait à la pensée moderniste dominante symbolisée à l’époque par la trame constructive des grands ensembles.  L’œuvre manifeste de l’église Sainte-Bernadette de Nevers en 1968, bunker composé de deux plans inclinés, apparaît ici dans une citation explicite.

 

La fonction oblique appartient à un corpus de théories utopiques de la seconde moitié de vingtième siècle où les architectes étaient appelés à changer le monde. Depuis, que s’est-il passé ? Revenons au blockhaus et à son contexte. J’imagine aisément que de nombreux habitants de l’Ile de Nantes doivent rejeter la conservation de ces traces historiques. En tout cas, « pas sous mes fenêtres » doit être un leitmotiv récurrent qu’il convient d’inverser. A bien y regarder, la laideur provient bien plus de ces immeubles d’habitation sans caractère, désertés par une pensée sur l’espace. Ne parlons pas ici de la gesticulation évènementielle de quelques constructions « fashion » situées un peu plus loin, mais de l’expérience architecturale du quotidien,  celle que justement les architectes utopistes du vingtième siècle voulaient transcender.

 

Qu’avons-nous retenu de cet héritage ? Ici, dans un quartier d’habitation comme il s’en monte partout en France, la réponse est lapidaire : rien. Sommes-nous à ce point dans une panne de la transmission pour continuer invariablement cette architecture moderne ramollie par notre manque de culture ? Si nous ne retenons rien de nos pères, qu’espérons-nous transmettre à nos enfants ? Il ne s’agissait pas de reprendre littéralement chacune de ces théories, et la fonction oblique en particulier, mais au moins de profiter de ces avancées salvatrices pour changer de cap. Les quinze étais de John CORNU ne soutiennent pas un blockhaus, elles soutiennent notre mémoire.

 

SB & JR

Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 23:33

Il ne nous sera pas donné de profiter du monde. Nous ne verrons ni les brumes, ni les vapeurs du matin, nous ne saurons pas les mystères de ce monde. Faussaires nous sommes. Toujours nous devons fabriquer en nous, ou entre nous, un double du monde ravaudé d'images et de mots et d'affects et de sensations: et nous présentons cela plein d'espoir en face du vrai. Jamais ça ne coïncide.

 

Partout nous voyons des hommes. Nature, animaux, ciels: même le rien nous en faisons de l'homme.

 

Aussi, cette infrastructureque nous traînons partout comme un invisible cadavre. Ces choses que nous fabriquons pourtant pièces à pièces et qui peu à peu finissent par constituer un nouveu monde, que toujours nous ne voyons pas. Taupes.

JPD

Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 17:21
nouv3 0685nouv3 0689nouv3 0690nouv3 0721
Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 15:46



MGM, Hollywood, by Google earth

Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 19:28

 
































Le mouvement est un moment fondamental de la définition de l'architecture, il rassemble ce qui est épars, cimente un monde hétérogène. Son action consiste à articuler des relations divergentes. Le jeu de l'architecte se passe en manipulations, combinaisons et soudain se produit l'événement de l'architecture. L'enjeu ne concerne plus les conditions de la forme, mais l'élaboration d'une stratégie d'accueil des phénomènes différents.

 

Pour conclure sans pour autant prétendre que la problématique de la durée ait trouvé ici un développement suffisant, loin s'en faut, ne résistons pas au plaisir d'évoquer l'effet musical sharawadji. Il caractérise la sensation de plénitude qui se crée parfois lors de la contemplation d'un paysage ou d'un ensemble de choses dont la beauté est inexplicable. Le terme exotique que les voyageurs ont introduit en Europe au XVIIème siècle à leur retour de Chine, désigne la beauté qui advient sans que soit discernable l'ordre ou l'économie de la chose. Ainsi, visitant un jardin dont la beauté frappe notre imagination par son abscence de dessein apparent, nous pourrions dire que son sharawadji est admirable.

 

Le sharawadji joue avec les règles de composition. Il les détourne et éveille dans la confusion perceptive un sentiment de plaisir. Sa matière provient des éléments les plus banals de l'environnement, mais sa beauté imprévisible n'apparaît qu'en rupture avec celui-ci. Il caractérise l'informe, le désordre, le tumulte né de la complexité. Le résultat se révèle subtilement sublime, sans faste apparent, sans théâtralité. Il est le sublime du quotidien, l'exception invisible mais présente de l'ordinaire.

Augurons simplement que cet effet, totalement incontrôlable, saisisse les durées constituant de nos existences et que naisse de cet assemblage complexe parfois un chant sublime, celui d'une rencontre involontaire, d'une vibration. L'attention à la durée peut se traduire par la traque de cet indéterminable, par la recherche d'une composition minimum, suscitant des relations, dans laquelle l'effet puisse avoir lieu.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

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