" Nouveau portrait de la France, la société des modes de vie" de Jean Viard, 2011, aux éditions de l'Aube

 

La société mise en mouvement


La destruction évidente du vieux monde socio-spatial dominé par la production laisse place à une organisation de la société, une culture, un territoire mobile, discontinus et imprévisibles.  Nous sommes devenus des êtres profondément mobiles dans les territoires réels, et plus encore dans l'espace virtuel, où le logement, le travail l'éducation et la famille sont disséminés dans l'espace. nous sommes devenus multi-appartenants dans un monde qui s'est arraché au système collectif d'appartenance. 


Si nos fondements de culture collective furent ruraux et religieux, puis industriels et sociaux, de plus en plus on pourrait dire qu'ils sont individuels et sociétaux, au sens où chaque individu évolue dans une société à laquelle il se lie de multiples manières par ses mobilités culturelles, sociales ou spatiales. les liens sociaux se sont très largement déplacés vers les temps libres et leur culture. La place nouvelle des temps hors travail a contribué à généraliser des codes et des normes tels que la maison avec jardin, le culte de l'eau, la culture des paysages, les voyage, le sentiment pour le patrimoine, la découverte d'expositions…


Il y a différentes mobilités, qui forment système, s'agrègent ou s’excluent. Pensons la société en terme de superposition, d’imbrications, avec les interactions permanentes et différenciées, entre différents niveaux de réalité et les différents systèmes d'action.

 

 

Du temps


La multiplication par quatre du temps disponible hors sommeil et hors travail est sur un siècle  l'information essentielle. Dans cette dilatation du temps à faible contrainte se tient la révolution temporelle que nous vivons sans en être totalement conscients. Les limites du temps et nos déplacements sont devenus nos nouvelles frontières. À un espace limité réponds dorénavant un temps en expansion. 


Dès lors, la question qui se pose est d'accéder à une culture du choix dans cette société de proposition surabondante, et à une culture de la prise de pouvoir sur son temps dans une société où l'allongement de la vie a été comme occulté par l'immensité des possibilités de vivre et de découvrir. Nous sommes tentés d'en faire le maximum, au travail comme dans les temps libres, nous avons engagé une course de vitesse et d'accumulation dans le réel comme dans le virtuel, quasiment sans fin.


Notre société est littéralement mise en mobilité par les nouvelles temporalités. au-delà des pratiques sociales concrètes et de leur forte diversité, l'imaginaire de la société mobile et la culture du trajet social et spatial sont devenus largement dominants.

 

 

Du territoire et de la ville


La France se partage presque par moitié entre ceux qui vivent dans des communes de plus de 10 000 habitants et ceux qui vivent dans des communes de moins de 10 000 habitants. En réalité, 75 % d'entre nous habitons dans des aires urbaines de plus en plus vaste qui couvrent près de 20 % du territoire. Si la production de richesses était tirée vers l’est et le nord, elle bascule dorénavant vers le sud et les grands territoires périurbains.


Cette mise en mobilité de notre société et de sa culture la plus profonde induit que l’urbanité, cette culture inventée par la ville comme type de lien entre les hommes, a cessé d'être le monopole de la ville. 

 

 

De l’aménagement et du projet


Le logement et plus généralement la ville doivent être pensés dans la complexité de production et d'usage de territoires en archipel avec des habitants acculturés aux mobilités.


Pour faire société ensemble, nous avons besoin de commun : événements, lieux, valeurs, souvenirs, de totems spatiaux-temporels, de projets et d'horizon. Les grands sites et les grands événements sont en l'occurrence des marqueurs nécessaires. Ils sont les marqueurs du territoire dans nos sociétés en cours de réorganisation. 


Il faudra s'atteler à doter la citoyenneté d'un territoire et d'un horizon. La société de la mobilité nécessite de réinventer des temps et des lieux communs : grands événements, nouvelle forme de politique participative, de mise en débat des enjeux.


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