What a grand city it is

 

Precious little girls

Stroll with

Cautious little men

 

Daring little velvet legs

O

With calm little cautious eyes



Drachen

 

J’ai vu Gucci hanté de qataris

Et ils m’ont dit

Transforme l’argent en or

 

J’ai vu Dieu flotter sur des herbes vagues

Et il m’a dit

Construis là où il n’y a rien

 

J’ai lu Rainer Maria aux sueurs sublimes

Et il m’a dit

Mais aime-les, tes dragons

 

J’ai cru Love aux pelouses de Neuilly

Et il m’a dit

Qu’était-ce donc que tu cherchais avec moi ?

 


 

A Auteuil

 

A Auteuil, les enfants déjà frémissent d’arrogance, et les balles de tennis voyagent dans l’air sous contrôle, et les Rolls ronronnent de silence sous leurs housses, et les jeunes filles sont des armes, et les chiens sont des rois, et les gardiens d’immeuble règnent sur le marbre et les chromes, et les systèmes d’alarme gardent des balcons vides de fleurs et d’ennui, et Dieu lui-même est convoqué par le silence et l’ordre.

 

 

Ligne 9 


Ligne 9, c’est la raréfaction vers le plaisir, le chariot mystique cahote vers Babylone. Long glissement vers l’Ouest, et peu à peu le vide se glisse entre les choses, les articule. La diction du vide, la saveur de l’hébétude, des rayons de soleil traversent une poussière de limbes. Toutes choses et êtres se gardent, se regardent, attendent. Les pelouses confidentielles attendent, et sur le périphérique les voitures en pleine course attendent aussi, et le balancement des arbres, et les vitrines impeccables tendues sur le vide attendent aussi patiemment.

 

 

Inexplicablement

 

Boulevard d'Auteuil un rayon très oblique vous frappe, un étroit cône d'or liquide entre les feuilles vertes des arbres dans lequel tourne au ralenti une cohorte de plancton. Bon. Avant il n'y avait rien et là subitement dans l'air quelque chose gonfle, non subitement est là depuis toujours et infini, et il y a même de la musique et des odeurs qui sont déjà un film. Ce n'est qu'un instant peut-être, mais vous sentez bien qu'il relie des choses très anciennes et familières qu'il essaie de dire quelque chose alors que vous êtes presque aveugle et sourd. Au fond de votre perception bat une porte mystérieuse.

 

 

Sur le canapé blanc

 

Elle me regarde, et il y a le bichon aussi sur le canapé blanc, frétillant. Dans vingt minutes les enfants, oui. Le café dans ma tasse, la scansion des heures, des terribles heures d'Auteuil sous ce gris que je ne sais pas nommer. Je vois ce visage ravagé près du mien, je vois cette main de squelette dans ce décor de série télévisée des années quatre-vingt. Le bichon gronde, une horloge invisible me compte, la peau se dégrade lentement, dans une extase de nouveau monde des créatures échappent à toute pesanteur, s'échappent à une vitesse vertigineuse vers la fiction pure, vers le paradis, vers la puissance et le désespoir.

 

 

Dans ces grands cônes violets

 

Porte d'Auteuil, tout ce que vous voulez. Symphonies, grandes vagues,  orgues, ors. L'air du matin est un grand cône violet, friselé d'or. Sur ces boulevards s'étire la richesse qui est la paix et le calme. Et le calme est la danse précise des livreurs et les majordomes qui lustrent des limousines ou balaient des trottoirs de marbre. Tout cela en silence, absolument, si ce n'est le cliquetis de désir des jeunes filles qui sont les Gardiennes et les Muses et le Contrôle.

 

Porte d'Auteuil, tout ce que vous voulez: orgues, symphonies dorées, oui. Dans ces grands cônes violets, nulle autre musique que la rosée du matin, lustrale, inconnue, seule, divine.

 


Dedans

 

Chaque cité était une grande famille que la peur unissait.

RENE CHAR

 

Les âmes, les esprits, dans les corps. Les corps et leurs yeux fatigués, ou amusés, dans les maisons assemblées avec un soin passionné qui délimite le dedans et le dehors Et le dehors, c’est encore une espèce de dedans sans recoin où Dieu voit tout. Quand bien même subsiste un recoin de brume bleue plus sombre, plus inconnu, dans une forêt qui s’effraye elle-même, il reste contenu par quelque chose, avant les montagnes, sous le ciel, dans l’Ordre.

 

JPD

Tag(s) : #Récits et fictions

Partager cet article