Le MIPIM 2010 s’est tenu à Cannes le mois dernier. L’Asie et l’Orient tirent toujours l’urbanisme mondial malgré un marché immobilier prudent. Les pays asiatiques et orientaux présentaient d'imposants projets : 570 000 m pour le projet « Dream hub » de Séoul (signé Daniel Libeskind), 550 000 m pour le centre d'affaires « Stone Towers » du Caire (de Zaha Hadid) ou encore une île artificielle de 43 ha au Bahreïn (agence SOM). Le gigantisme des programmes mixtes — associant bureaux, commerces, logements et loisirs – et le recours à des stars de l’architecture démontrent que la crise immobilière de 2008-09 n’a pas refréné les grands investisseurs dans leur velléité de créer de toutes pièces des morceaux de ville. Nous sommes définitivement passés de l’immobilier spéculatif au projet urbain, fût-il porté par des investisseurs privés. Le quartier de la Défense y présentait aussi son plan de renouveau pour 2016. L’euphorie immobilière va y permettre l’édification de tours aux noms évocateurs tels que Ava (GCI-Benson Elliot), Carpe Diem (Aviva), Air 2 (Carlyle Group), Majunga et Phare (Unibail). La double tour Hermitage dépassera même les 300 m de hauteur alors que Jean Nouvel déclarait récemment forfait pour sa fameuse tour Signal. Dans un contexte spéculatif tendu, ces tours seront souvent issus de démolition – reconstruction et les signatures architecturales seront moins prestigieuses (hormis Normam Foster pour les tours Hermitage).

 

Dans un même temps se tenaient à Bordeaux, et sous l’égide du club Ville et Aménagement, les 6ème entretiens sur l’aménagement. Autre sont de cloche ici puisque les préoccupations sociales et environnementales étaient au cœur des débats. En période de crise, la question de la mixité sociale prend une tout autre tournure avec la précarisation d’un grand nombre de foyers. Le programme national de renouvellement urbain fut abordé pour pointer la nécessité de mettre en place des stratégies urbaines englobant le logement, l’éducation, l’emploi et la culture. Les urbanistes sont donc sommés de s’éloigner des procédures classiques pour mettre aux points des stratégies de territoire où les opérateurs immobiliers sont des partenaires importants.

 

D'un côté, les investisseurs se font urbanistes, de l’autre les aménageurs publics ouvrent la ville à une gouvernance plus large qui établit des projets de territoire associant l’ensemble de la société. Espérons que la ville durable naîtra un jour à la confluence de ces deux démarches.

 

JR

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