Relevé dans la Mesure du Monde de Zumthor :

"Je ne puis concevoir ma relation avec mon frère, mon ami, mon concitoyen, que comme présence simultanée, c'est à dire spatialement : à la fois dans l'espace où, sur la terre réelle, se déploie l'action collective ; dans celui (pas toujours identique) où se projette l'organisation du groupe ; dans celui des activités symboliques et de ses jeux : dans toutes les parties de ce que depuis quelques années on nomme l'"espace social", où se trace les parcours discursifs le long desquels le groupe se parle lui-même et à lui-même."

 

"Le corps est manifestation. Il extériorise l'invisible, l'offre à la perception sensorielle et par là l'intègre à l'expérience collective... Mon corps ainsi s'objective, s'écarte fictivement de moi, se donne en modèle, à moi et aux autres. D'où peut être l'irrésistible besoin de parure, le fard, l'ornement, le masque, tout ce qui me décorporise au profit de ma fonction sociale..."

 

"Sans doute ces fluctuations tiennent-elles à la nature problématique de ce que désigne le mot d'espace et ce à quoi réfère l'idée correspondante : réalité ambiguë, idée complexe, terme qui ne cesse de dériver en métaphores. Peut-être faudrait-il compter autant d'espaces que de découpages possibles de la "réalité". L'historien des cultures ne peut donc le saisir que comme une catégorie irrationnelle, relative à la condition de l'homme sur son fragment d'univers : grâce à elle, l'homme déchiffre celui-ci tandis que, dans cet acte même, il se crée un environnement symbolique, en rapport instable de complémentarité ou de contradiction avec la nature ainsi pensée. C'est pourquoi sans doute le seul discours efficace sur l'espace est un récit, comme il pourrait l'être sur les lèvres d'un enfant : un mythe, au sens originel du mot."

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