L'architecture se déploie dans sa duplicité, duplicité même contenue dans l'étymologie du mot. « Architecture » = « arche »+« tecture ». « Tecture » nomme l'action de bâtir, provenant de « tecknonicos », le charpentier et plus généralement le fabricateur.

 


« Arche » se traduit de trois façons : le commencement (d'une série temporelle ou historique), le commandement (au sens politique), le principe (on parle par exemple d'archétype). L'arche s'ajoute à la tecture et cet ajout amène une conséquence irrémédiable sur le bâti, celui-ci perd son autonomie dans la matière au profit d'un sens plus grand, de nature différente. « L'arche », produit de la pensée, se dévoile au visible dans la « tecture ». Il n'y a d'architecture que dans la pensée, son essence est absolument d'un autre domaine que le construit. Il s'agit avant tout d'un jeu, d'un effet de mots.

 

Revenons au déploiement. L'architecture, s'efforçant vers elle-même, doit pour s'apercevoir forcer le sensible. C'est ainsi que le fugace rencontre le lourd. Ses matériaux lui sont fournis par la matière extérieure sous forme de masses mécaniques et pesantes. La pensée subit alors la contingence du visible qui courbe le jet de son élancement. L'expression de l'esprit reste à l'état de tentative, la distance qui sépare l'idée de sa représentation se comprend comme un écart, fruit du conflit entre la pensée et l'extériorité.

 

La construction/pensée est toujours en proie à l'aventure de l'architecture. Au besoin de matérialité, né de la tentative de « l'Arche » de se soustraire au néant, le « tecture » répond par l'asile qui l'amène à un changement qualitatif. La stature de la pensée se révèle à nous par le biais de la construction et celle-ci en conserve l'éveil, elle sait qu'elle est en train d'être de l'architecture, et cette conscience dure.

 

Le transport qui lie l'arche à la techné est un lien organique, qui loin de repousser ces deux instants comme antinomiques, les associe dans une curieuse danse pleine d'hétérogénéité. Cette relation exclut toute tentative hiérarchique. Point ici de passage sublime mais un mouvement à petit quantat, un allé-retour incessant. Momentanément, le mouvement les amalgame. Liés, ils n'en demeurent pas moins libres, leur expression est à la fois simultanée, commune sans que l'individualité de chaque principe soit oubliée.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

Tag(s) : #Temps

Partager cet article