Par le transport de l'être s'opère une solidarité entre passé et avenir, le temps se substantialise, la durée apparaît. Loin de l'abstraction, la durée se pose comme un attribut de l'existence, un mouvement agissant sur toutes choses. Elle caractérise la mobilité et le changement qui affecte tous les êtres.

 

La durée s'éprouve sous formes d'impulsions, de saccades. L'opposition est nette entre les instants et les intervalles. Le temps théorisé, poussières d'instant hétéroclites, amène une représentation générale  du mouvement,  un  schéma  symbolique,  la quatrième dimension de l'ensemble espace-temps. Lorsque le temps désincarné subit la séduction de notre relation affectée au monde, il se consolide en durée. Advient alors la suprématie du temps vécu.

 

Le transport des êtres, leurs engagements au sein de multiples possibles amènent au foisonnement.  Alors  le  temps   se  remplit  d'hésitation,   se  délite  en   fragments autonomes qui, oubliant de suivre le cours matriciel, imposent peu à peu leur rythme, à leurs pauses et accélérations. Le temps unique sous un tel jour n'existe plus, éclaté en mille et un phénomènes temporels qui s'opposent, se superposent ou divergent. Le foisonnement de ces durées hétéroclites, dans un même instant, s'inscrit dans le réel suivant une logique de coïncidence. Ce que nous percevons comme durée n'est autre qu'un aspect stroboscopique, phénomène d'apparition simultanée au visible, du changement général. Tout est fluant, la vacuité règne, le désordre ambiant compose un ordre imprévu.

 

Chaque instant comporte en lui une multitude de possibles qui coexistent dans la simultanéité. Chacun de nos gestes, chacune de nos pensées nous enseigne l'alternative. D'abord par notre mouvement propre, ensuite par la confrontation à la matière. Tous, nous composons le monde, un monde collectif, où ces tentatives s'y surimpressionnent jusqu'à former la noise ambiante. Chaque chose appartenant au visible, un objet, un lieu, une qualité, se définit tacitement comme une création de l'être, voir une rencontre de tous (nous percevons la matière en nous, alors qu'en droit nous la percevons en elle).  Les êtres en s'impliquant, chacun à leur manière, définissent le lieu et celui-ci engendre l'espace. Le phénomène n'est qu'une rencontre éphémère toujours à reconsidérer, que seul l'écoulement permet de maintenir dans un semblant de continuité.

 

La possibilité d'exister ne s'exerce que dans l'élan et il faut la considérer comme la consécration d'une volonté de continuation. Derrière la permanence, c'est la vie qui bat et s'élance sans cesse ; elle anime le visible.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON


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