Portée sociale des réseaux

 

Ubiquité, immédiateté des relations toujours permises mais choisies dans le temps et dans l’espace, tel paraît être le nouvel idéal des réseaux. Au-delà de leur fonctionnalité, transporter des fluides, des voyageurs, des signaux, les réseaux, désormais omniprésents dans la ville, acquièrent une valeur commune relative à cet idéal. La matérialité de l’accès à un réseau, celui de l’eau potable par exemple, ne fonctionne pas seulement comme un lien physique joignant entre eux tous les raccordés mais aussi comme un lien symbolique d’appartenance à une même communauté, à un même territoire organisé.

 

De même dans le domaine des transports, où le réseau est vécu comme étant un mouvement de lignes matérielles ou immatérielles. Ces lignes ne découpent pas comme le font des parties de territoires, mais en sont un. En l’espace d’un siècle, la conscience que l’on a des réseaux, la fonction de réticulation, a considérablement évoluée de l’organisation d’une aire extérieure à eux, par exemple la déserte d’une ville, au principe de réseau en soi

 

Le sens des lieux ne se retrouve, lentement, que dans les relations avec d’autres lieux, avec d’autres points créant un système d’interrelations à partir d’un nouveau territoire unique. Le déplacement quotidien n’est plus un déplacement dans un espace homogène, mais un double déplacement spatial et temporel, sur un registre imaginaire : il s’agit de la prise de possession d’un nouveau territoire-réseau dont les limites ne sont plus celles de la ville : c’est le « local », comme niveau d’analyse, qui est mis en cause par la nouvelle signification des réseaux

 

Réponse de l’urbanisme classique

 

Alors que le territoire urbain est travaillé par des organisations réticulaires qui donnent de nouvelles cohérences à nos villes éclatées, les urbanistes continuent de privilégier le zonage fonctionnaliste, ou courent après une centralité qui leur échappe et ils regrettent de n’avoir pas de prise sur l’évolution urbaine. Le zonage, qui est une application réglementaire des condition d’usage du sol urbain, délimite l’aire affectée aux types particuliers de construction et d’usage, comme dans le cas du PLU, se fait généralement à l’opposé de la logique des réseaux. On découpe le territoire en fonctions-zones dont on pense que l’on peut les résoudre spécifiquement et que de surcroît, l’addition de ces opérations donnera une politique homogène et cohérente de la ville. Il y a donc une antinomie profonde entre l’attitude urbanistique traditionnelle et cette révolution réticulaire.

 

Vers un nouvel urbanisme

 

Aux discontinuités linéaires de l’espace créées par les frontières des périmètres historiques, ou administratifs, le réseau substitue une discontinuité intrinsèque qui efface en quelque sorte l’espace géographique hors des nœuds et des liaisons en créant un espace particulier.

 

La seconde dimension du réseau, en relation avec sa signification territoriale moderne, est cinétique. Le réseau défini à la fois l’espace et le temps. Il établit entre eux un rapport fondé sur la circulation, le flux, la vitesse, tendant vers l’instantanéité, le temps-réel. Sous la puissante influence des systèmes de communications, relayant les intérêts sociaux, les politiques des gouvernements et les stratégies des entreprises, une nouvelle culture est en train de naître : la culture de la virtualité réelle. Cette notion d’un temps du réseau, différent du temps du reste du monde, s’impose partout où le réseau existe. Je ne fais pas référence uniquement aux NTC mais aussi au développement des réseaux électriques qui permet d’obtenir instantanément de la lumière en tout point du réseau

 

Jean RICHER

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