La ville est une entité géographique et démographique, un lieu de pouvoir, le lieu du politique par excellence. Pour la définir, référons-nous tout d’abord à la pensée wébérienne : « (la ville) constitue, en tout cas, un habitat concentré (au moins relativement), « une localité ». Dans les villes (mais pas seulement là), les maisons sont construites très près les unes des autres ; d’ailleurs aujourd’hui, la règle générale est de les bâtir mur contre mur ». De cette définition nous retenons quatre choses. La ville se caractérise par une localisation et une concentration, par l’expression physique de ses constructions, et par le principe de continuité (absolue si l’on s’en réfère à la règle générale que WEBER cite). Cela correspond en soi à une approche très répandue de la ville, mais qui aujourd’hui, et nous le verrons plus loin, se trouve être remis en cause.

 

Définissant la ville pour le géographe, on peut en dire « qu’elle correspond à un mode particulier d’occupation du sol ; elles rassemblent en un espace plus ou moins vaste, mais cependant relativement resserré, des groupes d’individus qui y vivent et y produisent ; elle peut être dynamique et prospère ou languissante et dégradée ; elle est le nœud des flux tour à tour centrifuges et centripètes de toute nature ». Reprenant cette idée de localisation, BEAUJEU-GARNIER introduit implicitement le concept de système urbain possédant un milieu interne, des groupes d’individus, et un milieu externe avec lequel le système entretient des relations sous la forme de flux. Cette dialogie interne/externe pose question dans la mesure où il faudrait comprendre leur nature complexe dans le contexte actuel. A grande échelle cette approche traite le site, à petite, elle étudie la situation, observant par le passage de la situation au site la valorisation des relations sociales de la société urbaine.

 

Les travaux allemands, ceux de CRYSTALLER et LOSCH en tête, sur les lieux centraux, entrepris dans la première moitié du vingtième siècle, eurent un retentissement considérable sur la manière d’appréhender la ville. Les notions d’organisation de l’espace en fonction des niveaux de centralité, et celle de fonctionnement territorial autour de la hiérarchie urbaine, introduirent une orientation territoriale et une distinction claire entre région urbanisée, région urbaine et aire d’influence dans l’appréhension du phénomène urbain. Le premier terme, région urbanisée, définit simplement l’espace couvert par la ville et ses prolongements extrêmes, c'est-à-dire l’agglomération totale, sans distinction administrative. Le second, région urbaine, définit la zone de rapports prioritaires directs et immédiats d’une ville avec sa périphérie. Unité organique dépassant le cadre bâti (qui définit la région urbanisée), elle sous-entend un lien de dépendance économique ou de tutelle administrative, voire un statut de satiété de la demande de service pour les aires dépendantes. Le troisième terme, aire d’influence, définit la zone sur laquelle s’étendent les différentes formes de relation avec un centre urbain important.

 

« La ville existe concrètement, … elle est l’élément fonctionnel d’un système économique, le cadre d’un pouvoir de décision exercées par une bourgeoisie cohérente, l’unité définie par la « quotidienneté » du marché du travail ». Les fonctions urbaines d’enrichissement, de responsabilité, de création et de transmission s’articulent dans l’espace social par le biais de la localisation du travail. Revenant à la définition de WEBER, où la ville était présentée comme un habitat concentré, donc comme la localisation résidentielle, nous distinguons le rapport entre économie et société dans la ville qui établit la difficile relation entre localisation résidentielle et localisation du travail.

 

Jean RICHER

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