Je ne suis jamais allé à New York. Depuis mon enfance pourtant j’en possède une image très précise, certainement déformée, grâce à la répétition de sa description à la télévision. L’archétype de celle ci est sans conteste la vision de la skyline au soleil couchant. Après cette image, généralement les héros hollywoodiens s’embrasse généreusement en se déclarant leur flamme ou les enquêteurs font une pause prophétique avant la poursuite finale à la travers les rues de la ville. Ces images comme moi tu as du les voir des milliers de fois. Combien de fois avions-nous vu ainsi les deux tours jumelles? Il s’agissait toujours d’une sorte de grande nature morte plus que d’un paysage. La composition des volumes de verre sous un ciel d’un rouge électrique lui répondait par d’étranges reflets dans les murs rideaux, comme autant de réceptacles à l’astre solaire. Je devine ce que cette image représentait pour les américains mais je sais aussi que pour un plus grand nombre encore elle représentait à travers le monde l’archétype de la ville de demain.

 

Tous ensemble nous avons pu voir en simultané la décomposition de la trop belle image. Tous ensemble nous avons pris immédiatement le deuil de la ville qui chaudement nous avait fédéré au fil des années. Nous avions tous l’impression d’avoir un voisin new yorkais et nous avons été mortellement atteint dans notre hyper-corps. C’est un crime terrifiant et un adieu à une certaine forme de l’architecture.

 

Ce matin je me suis rappelé d’une phrase lue dans le pavillon israélien de la dernière biennale de Venise « The future of urbanism lies in the understanding that city is a Human event; not a sculpture ». Fini donc la belle composition de volumes assemblés sous la lumière du soleil couchant , nous venons de redécouvrir dans la douleur la part humaine de la ville. Les tours si élégantes de YAMASAKI se sont révélées par un retour morbide aux origines de l’architecture une nécropole de fortune pour des milliers de personnes. Parlons clairement, l’architecture comme langage des peuples à eux mêmes répète indéfiniment les premiers rites funéraires et s’emploie toujours à assurer son devoir de passeur d’éternité. Aussi hautes fussent-elles, dédiées à la virtualité du commerce international, aussi légères fussent-elles dans leurs robes de verre, les tours jumelles en un instant se sont fait cryptes par l’impact des objets chéris par Le Corbusier dans Vers une architecture. L’élancement du métal, la technologie, la vitesse et pour finir une masse informe. Un peu comme si on réunissait Mies van der Rohe, Le corbusier, Virilio et qu’à fin de Khan vienne mettre tous ce petit monde d’accord. Ce crime est un tel condensé de l’histoire contemporaine !

 

Vers une nouvelle architecture après cela ? ne désespère pas pour ton Amnios Jean-Philippe, nous avons les mains libres et il nous faut inventer une nouvelle ville.

 

Jean RICHER (2001)

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