Mercredi 27 février 2008
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19:30
Tyrone Johnson
Dans le domaine des limousines de luxe, les strech limos, ou limousines ralongées ont longtemps été des cadillacs.
Depuis quelques années, le strech hummer à détroner la marque américaine mythique. Surprenant que les voitures blindées de l’armée américaines aient fait irruption dans le domaine du luxe.
Apparues rapidement aux mains des chauffeurs des nouveaux riches moscovites, la mode est maintenant internationale. Tradition oblige, la couleur reste inchangée : un blanc laqué. Le véhicule
de combat ainsi rallongé ressemble plus à un autocar scolaire surbaissé qu’à un véhicule racé.
La limousine blanche est le véhicule par excellence des VIP, des familles princières, mais aussi des fortunes récentes
nées de l’informatique et de la spéculation. A Wall Street, des parkings remplis des mêmes voitures blanches donnent l’impression d’un véhicule générique à l’usage de la globalisation. Seuls les
visages et la nationalité des chauffeurs qui attendent changent et permettent à leur propriétaire de s’y retrouver. La limousine blanche caractérise la mondialisation des classes supérieures qui
se retranchent derrière l’anonymat des mêmes vitres teintées. Dans sa trilogie sur les réseaux, Manuel Castells exprime l’idée que les gens riches uniformisent leur environnement pour se sentir
chez eux lorsqu’ils parcourent le monde. La limousine y participe. Que vous fassiez quelques kilomètres pour rentrer chez vous ou un voyage à l’autre bout de la planète, la voiture est toujours
identique.
Mais la strech limo se singularise par la grande dimension de sa carrosserie rallongée qui permet d’accueillir jusqu'à
douze personnes dans un habitacle raffiné. Dans l’espace entre les deux essieux, le monde devient différent parce qu’il est recréé. Au-delà du luxe des yachts les plus chers, la strech limo peut
rassembler dans un minimum de place un maximum de matières et de gadgets technologiques. De plus, elle se déplace dans l’espace public comme un jaguar obèse, abritant en son sein un univers bien
plus raffiné que sa grosse carcasse ne laisse paraître. Elle est socialement furtive. Comment expliquer aujourd’hui le recours au hummer ? Les riches auraient-il peur des pauvres ?
Depuis longtemps déjà les cadillac étaient blindées. Il faut considérer cet objet urbain au carrefour de la guerre, du luxe total et de l’ordinaire. C’est un espace à par entière, un plis dans le
temps, compris entre l’abondance, le retranchement et la surexposition.
Pour aller plus loin, lire Cosmopolis de Don De Lillo, 2003
Jean RICHER
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