M/ 0,4°

Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 08:39

Ça a commencé comme une plaisanterie autour d'une carte, et d'un verre. On parlait du Grand Paris comme d'un territoire finalement inconnu, un Nouveau Monde assez excitant à découvrir, à l'image, par exemple de la « Baie de Personne » décrite par Peter Handke lors de son immersion dans la banlieue Ouest. Décrire, donc, ce territoire à la manière d'une mission exploratoire. Implanter des points d'observations de façon systématique et arbitraire, et sonder ces points comme ces robots qui fouillent la planète Mars. Sur notre carte au 1/250000ème, figurait un carroyage formé par les degrés de méridiens et de latitude. Soit 25 points espacés de 10 à 15km environ, qui constituaient en tout un rectangle de 75km de « long » et de 49km de « large ». Ces points furent vite implantés sur Google Earth et nous avons commencés à les visiter.

 

Le côté arbitraire des points ainsi trouvés s'est vite avéré assez excitant: au milieu d'un champ, d'un échangeur d'autoroute ou encore en plein dans la place Denfert Rochereau à Paris. Par sa précision un peu absurde on était de se rendre « là » et pas ailleurs, tout en étant presque systématiquement « à côté »: à côté des grands axes de circulations, des endroits ou des bâtiments notables, à côté finalement des choses nommées ou symbolique, et finalement « dans » les choses inconnues, poétiques ou mystérieuses. Aller « là » et pas ailleurs, c'était nier l'accès commun de nos sens et de notre condition humaine à la réalité, c'est à dire par l'imaginaire, le nommé, le symbolique.

 

Raconter « Dead Man »...

 

Dès l'instant où nous avons commencé à mettre en oeuvre le projet, nous avons rencontré toute une série de problèmes théoriques ou « protocolaires ». Le succès du concept tient dans son côté arbitraire, sa captation aveugle qui nie complètement le caractère subjectif ou symbolique du paysage humain. On invente donc une captation photographique « objective » qui consiste à prendre de grandes photos frontales à partir de chaque point tracé au sol, en direction des quatre points cardinaux. Mais chacun sait que prendre une photo est un acte hautement objectif: même dans un protocole aussi serré, on espère toujours un passant, un animal, un changement de lumière, quelque chose de « romantique ». Presque aussitôt, on reconstruit autour des points – qui sont parfois assommants de banalité, un imaginaire, on retisse presque immédiatement un décor de choses nommées qui nous parlent. Humains, nous projetons irrémédiablement autour de nous notre faisceau de représentations pour voir, c'est notre manière de voir. Les astronomes arabes arabes, pour voir les galaxies, projetaient sur elles des figures mythologiques.

 

Le protocole, son échec ou son succès, devenaient ainsi l'enjeu du projet. Si une captation objective est possible, alors il y a la possibilité de voir les choses seules, en notre absence, non intentionnelles, nues. C'est une sorte d'aventure poétique du vide. Mais si le romantisme décidément nous rattrape, si l'on succombe à l'écureuil, au plongeoir en ruine, au rayon de soleil dans la poussière, à la beauté absurde des lotissements ou des aires d'autoroute; alors là aussi il y a poésie: c'est la compréhension que partout où nous sommes, même et surtout nulle part, commence un monde. Nous emmenons avec nous, nous projetons littéralement autour de nous un imaginaire qui par ailleurs se nourrit du monde. Peut-être que la seule captation qui compte dans ces étranges no man's land, c'est la captation de notre propre être.

 

Castoriadis:

 


« La représentation n’est pas décalque du spectacle du monde, elle est ce dans et par quoi se lève, à partir d’un moment, un monde. Elle n’est pas ce qui fournit des « images » appauvries des « choses », mais ce dont certains segments s’alourdissent d’un « indice de réalité » et se « stabilisent » tant bien que mal et sans que cette stabilisation ne soit jamais assurée, en « perception des choses ». »


 

Un monde se lève. A peu près nulle part dans notre décor contemporain, un endroit pris au hasard révèle des choses étonnantes. Peut-être les 25 points sont-ils des sortes de chambres où se lève se monde, des chambres mystérieusement liées entre elles?

Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 08:22
Phare n°10
49°Nord lat. / 2°40 long.
COMPANS 77290 (route Thieux)
Rue du moulin (D9)
population 790
n°Insee 123
 
Le texte dit:
 
Aller, chercher les points'est aller à la rencontre du monde là où il ne vous attend pas. Surprendre les choses et les êtres au revers de l'apparence des choses. Là, le monde se lève pour vous, se déploie; naît.





PROJET

Ce projet repose sur une trame en minutes de degré composée de 25 points relevés sur la carte de l'Ile de France. Ces points sont non choisis car géodéterminés par le carroyage des latitudes et longitudes. Le point central de cette grille carrée n'est autre que l'observatoire de Paris. De là, nous allons systématiquement explorer les qualités de chaque point pour représenter les paysages qui composent l'Ile de France.

 

Au-delà de l'espace parcouru, nous nous attacherons à faire surgir de ces territoires un propos sur le temps et c'est pourquoi nous ne voyagerons pas en kilomètres mais en minutes.

 

PROTOCOLE

Localisation précise des points sur geoportail (plus précis qur google earth sur l'Ile de France) et extraction de cartographie thématique géologique, hydrographique...)

Recherche historiques et géographiques préalables (que c'est-il passé ici, que ce passera-t-il demain?)

Exploration "en ligne" des points avec notations des impressions de l'esprit des lieux.

Interview d'acteurs locaux

Implantation de bornes d'arpentage

Prise de vue 180° à l'applomb des cloux.

 

PRODUCTIONS

Exposition dans un centre d'art, à l'observatoire de Paris, à l'esa...

Cartographies

Tirages photographiques grand format des 24 points explorés.

Reportage la progression de l'action donnant le matériau de base à l'analyse.

Cloux d'arpentage.

Livre sur le temps.

 

COMMUNICATION

L'idée serait de ne pas proposer d'article mais de susciter l'intérêt de la presse.

Livre bilingue.

 

 

Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 15:29

 

Un nouveau territoire à décrire, et un nouvel usage de la temporalité.

Pour cela on fabrique une machine égalitaire, une trame de 2km x 2km (à voir) qui sert de mission ethnographique.

La trame met arbitrairement en relation des lieux très différents et provoque des échanges nouveaux.

 

Le point de la trame est un dispositif construit ou non qui favorise ces échanges et est constamment en raltion avec les autres points.

C'est une manière de voyager dans cet espace-temps et de le reconnaître.

 

Le point de trame est aussi un lieu qui recense les potentialités du lieu (humaine, capital temps) et qui élabore des projets.

 

Objets en réseaux.

Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 10:37

 

 

Claude Levy-Strauss dans la forêt brésilienne lors de sa première expédition


Les expérimentations urbaine de Ugo la Pietra, ici le commutateur (1970)

 

La nouvelle de H.G. Wells

Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 19:53

L'éphémère: action sur les cités et sur la ville

Les grands ensembles sont l'illustration même de la planification brutale et la séparation des fonctions dans l'espace. Le diagnostic social et spatial de ces ensembles urbains a été fait depuis longtemps, et le moyen d'y remédier récemment mis en place, avec le programme de rénovation urbaine piloté par l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU). Ce vaste programme va permettre de désenclaver les quartiers, de le relier à la ville, de révéler leur potentiel patrimonial et humain. Mais le problème, c'est le temps. L'ANRU est un programme gigantesque à la mesure du parc immobilier à traiter, et au cas par cas, les programmes de travaux sont souvent titanesques. Déloger et reloger les habitants avec toute la concertation que cela suppose, détruire barres et tours comme c'est souvent le cas, puis reconstruire nécessite de nombreuses années.

 

Nous pensons que le temps intermédiaire, c'est à dire celui qui nous sépare de la réalisation définitive du programme, doit être investi de manière immédiate.  Les problèmes sociaux, le mal-être des habitants sont patents et leur résolution ne peut être différée sous prétexte qu'un  programme long est déjà mis en place. Des programmes innovants, immédiats, servis par une architecture et un urbanisme temporaires doivent être mis en œuvre pour que le temps de la rénovation urbaine physique, celle des tours et des barres, s'accompagne d'un renouveau social et humain. Pépinières d'entreprises, expérimentations culturelles, initiatives écologiques, mécénat inspiré sont à encourager pour faire des cités le lieu où la ville se réinvente . Les cités sont un réservoir de densité en lisière des villes, un gisement de talents, d'énergie, de volonté d'entreprendre. Au lieu de les voir comme une menace et de vouloir les détruire en éloignant le problème, il faut les remettre au cœur du redéploiement urbain. Une forme temporelle innovante doit être inventée et mise en œuvre au même titre que les formes urbaines qui sont proposées par les maîtres d'œuvre de la rénovation urbaine. L'une nourrira l'autre: ce n'est que si on a préparé socialement le terrain que les programmes ANRU partiront sur de bonnes bases et vivront. Les liens économiques et sociaux sont à tisser dès maintenant au sein, autour et à l'extérieur des cités, pour donner toutes ses chances à la ville de demain en train de se construire.

 

Si les cités sont un excellent laboratoire pour le temps court, celui de l'action immédiate, de l'expérimentation, de l'innovation, il existe d'autres champs d'application. Il faut accepter de sortir du schéma urbanistique classique, qui consiste à élaborer une forme future pour la ville, puis de la mettre en œuvre au mépris des conséquences ou des déséquilibres que cela peut générer. Il faut prendre les différents temps de la ville pour ce qu'ils sont, et apprendre à les coordonner entre eux. Le temps intermédiaire ne doit pas être considéré comme contingent, subordonné à l'objectif à atteindre. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, que le temps des chantiers urbains, grands ou petits, soit mis en scène de façon à introduire un imaginaire différent, une transformation théâtrale de la ville pour un moment? Pourquoi ne pas réintroduire, comme cela a été fait à Lille lors des célébration de la capitale de la culture, fêtes, festivals et carnavals? Pourquoi ne pas sortir la création contemporaine des musées et des institutions pour lui permettre d'investir ces plages de temps, et de ville, un temps dérèglementées?

 

Nous avons en France et en Europe un poids de la tradition historique qui tend à donner de la ville une vision figée, surprotégée. La défense et la protection du patrimoine historique sont acquises et plus qu'acquises, mais pour tous ces centre villes gelés dans leur figure historique, combien d'entrées de ville laissées à l'état de friche? Il y a une véritable schizophrénie de nombre de villes entre centres et périphéries qui génère une incompréhension mutuelle, une tension qui freine le développement. Peut-être nous faut-il apprendre de territoires moins réglementés, de villes comme Los Angeles, Mexico ou Tokyo. La génération de formes urbaines, et avec elles de formes sociales, ne peut pas venir de la préservation ou de la reconduction éternelle de formes historiques. Le temps, a dit le philosophe Cornélius Castoriadis, est création pure, surgissement de figures neuves par altération radicale des figures existantes. La ville ne peut s'inventer qu'au contact de l'autre, que par la conquête symbolique de ses franges et de ses bords. Le temps de cette conquête est lent, il dépasse celui d'une génération, d'une vie. Mais le temps de l'expérimentation, de l'action immédiate et innovante, de l'initiative est à la portée de tous.

 

 

Capital temps

Le temps mis à disposition des hommes et des villes est peut-être illimité, mais pas l'espace. Sur les plans et le schémas proposés pour le Grand Paris, la figure qui tente d'endiguer le développement des villes est de plus en plus grande; elle englobe désormais le territoire tout entier. On parle d'urbaniser jusqu'à la mer, alors que certains pays urbanisent déjà la mer... Dans l'île d'Utopie imaginée par Thomas More, le nombre d'habitants ne doit pas dépasser un certain nombre pour garantir le fonctionnement de cette société idéale de cinquante-quatre cités. Une autre île est donc mise à disposition pour stocker les habitants surnuméraires. La ville a été pensée comme cela: une figure idéale qui rejette régulièrement à sa périphérie un développement plus ou moins maîtrisé et assumé, et ce faisant crée une figure hybride, polymorphe, qu'elle essaie périodiquement de juguler. Mais aujourd'hui alors que le souci environnemental se fait prégnant, et la question de préservation des ressources angoissante, l'idée de l'expansion infinie n'est plus acceptable, ni même possible. A l'occasion de la consultation du Grand Paris on a parle de « construire la ville sur la ville », ce qui constitue une rupture avec la tradition urbanistique, héritée des Lumières, de projection d'une figure éclairée sur la Nature, qui s'est par exemple illustrée dans la fabrication de villes nouvelles des années soixante. Il s'agit maintenant de « faire avec » la ville dont on a hérité, et de « vivre avec » les ressources limitées qui nous sont accordées.

 

Il y a donc une sorte d'inventaire à faire des moyens à dispositions: territoire, ressources, infrastructures de transports et d'énergie, formes bâties, formes naturelles ou ce qui en tient lieu. La projection arrogante de l'esprit humain sur la nature n'est plus possible. Faire la ville sur la ville, cela veut dire essayer de ne pas occuper plus de place, ou de consommer plus d'énergie. A ce stade il peut être utile d'interroger les termes maintenant consacrés de développement durable. Qu'avons-nous produit, et que sommes nous aujourd'hui capables de produire de durable, alors que l'essence de notre économie et de nos modes de vie repose sur l'obsolescence? Il y a un immense paradoxe à voir une société toute entière gouvernée par l'éphémère se passionner pour le durable. Mais celui-ci existe-t-il? Produits de consommation courante, véhicules, bâtiments ne sont pas durables par définition puisque émanant des canons de la société de consommation: ils ne peuvent qu'être neufs, ou obsolètes. Une révolution est certainement en cours, qui va prendre en compte le « capital temps » de chaque objet au même titre que son « empreinte écologique »: les objets pourront être obsolescents à condition d'être recyclables; et durables s'ils ne consomment pas ou peu de ressources naturelles. Pour ce faire un changement dans la façon de se comporter, de consommer, de concevoir est nécessaire: il est après tout parfaitement possible dans la mesure ou l'imaginaire qui porte les termes un peu flous de développement durable est désormais partout dans la société.

 

Qu'est-ce que le capital temps? Nous pensons qu'il ne s'agit pas de la seule capacité des objets, constructions, infrastructures, ou encore des politiques à durer. Il s'agit davantage du potentiel de devenir dans le temps, ou de ce qu'on pourrait appeler le « transformisme », ou la réversibilité. Construire la ville sur la ville, cela veut dire ne pas projeter des formes urbaines arbitraires qui tournent le dos à l'histoire et qui sont ensuite difficiles à absorber par le tissu urbain. Il faut faire avec les formes existantes, et apprendre de celles qui marchent. Le formidable devenir, dans toutes les villes d'Europe, des sites industriels du dix-neuvième siècle en est un bon exemple. Ces bâtiments génériques, pragmatiques pour leur époque quoique entretenant un rapport discret avec l'histoire, ont eu un destin hors du commun qui dépasse complètement les intentions de leurs concepteurs. Ces usines, ces halles sont devenues des ensembles urbains dynamiques intégrant sans difficulté des logements, des bureaux, des équipements culturels ou sportifs. Ce sont leurs qualités constructives (robustesse et durabilité), alliée à leurs qualités architecturales intrinsèques de sites de production (vastes portées, structures libres permettant les changements de destination) et à leur charge symbolique de navires urbains, qui ont permis de tels développements.

 

Quel enseignement retenir de cet exemple? Tout d'abord apprendre à voir le capital temps là où il se trouve: les structures, les gisements de capital-temps sont parmi nous, dans les parties de la ville que nous avions renoncé à sauver et qui subitement s'avèrent les plus intéressantes. Un déclic générationnel se produit et des potentiels cachés apparaissent. Au delà des sites industriels proprement dits, de nombreuses infrastructures de transport sont porteuses de potentiel: routes, canaux, réseaux ferrés, etc. Au delà de réussites ponctuelles ici ou là, l'inventaire doit être fait de ces infrastructures, porteuses de durabilité mais surtout riches en capital-temps, afin de leur donner un rôle entier dans le développement de la ville.

 

Ensuite, il faut apprendre à investir les ouvrages que l'on conçoit aujourd'hui de ce même capital: il faut apprendre à penser transformable. La spécialisation, le zonage prônés en son temps par la Charte d'Athènes ont eu les conséquences que l'on sait. Mais encore aujourd'hui, les vertus de la « programmation » restent à prouver. Pourquoi penser dans des cases? Pourquoi des logements ne pourraient devenir des bureaux? Pourquoi un équipement sportif se pense-t-il différemment d'un équipement culturel? Pourquoi l'industriel est-il si différent de l'urbain? Il faut en finir avec ces sectorisations qui ne portent que des préjugés ou des ségrégations. Urbanistes, architectes et maîtres d'ouvrages doivent contester les programmes types, oser déprogrammer, penser en terme de générosité d'espace, de chances de reconversions, de chances de rencontres. La notion de réversibilité doit trouver sa place: imaginer des ouvrages qui changent de destination soit à terme, soit constamment, ou encore qui sont capables d'agrandissements, de changements de forme... Il faut également remettre en question la tradition qui consiste à livrer un ouvrage et à ne plus s'en occuper: architectes et urbanistes pourraient devenir des acteurs écoutés pour diriger la transformation de leur œuvre...

Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 08:33

La concertation sur le Grand Paris, dont les résultats sont maintenant exposés et publiés, marque une étape dans l'histoire de la fabrication de la ville. Pour une fois, la primeur est donnée aux images plutôt qu'à la planification; à l'imaginaire plutôt qu'à la technique. C'est là une habileté politique, les architectes se retrouvant sur le devant de la scène avec des visions urbaines, ce qui n'était pas ou peu arrivé depuis les années soixante et soixante dix. A l'époque, l'imaginaire, ou la doxa, étaient volontaristes et technicistes, la foi en la technique totale, les ressources et la confiance illimitées. Aujourd'hui l'air du temps procède plus du développement durable, d'une fusion entre l'homme et la nature, et d'un certain profil bas dans l'inscription de l'homme dans son environnement.

 

Ce que montre aussi l'exposition, c'est un relatif échec des planifications urbaines à travers le temps, hormis les quelques gestes politiques forts qui ont donné de grandes directions. Contenir la ville, que ce soit dans des limites, dans des zonages, ou dans quelque forme que ce soit, s'avère impossible tant sa matière même est vivante et imprévisible. Enfin, un dernier constat est que la ville, par tradition des métiers qui la pensent (politiques, urbanistes, architectes et ingénieurs), se conçoit presque exclusivement dans l'espace et rarement dans le temps. L'ensemble des plans historiques qui sont rappelés s'expriment par des figures géométriques, des schémas, des formes ou des taches: toutes choses permettant de représenter une organisation dans l'espace. Qu'en est-il de l'organisation dans le temps? On pourrait arguer que c'est l'affaire du politique: chaque génération conçoit un objectif, ou un idéal pour la ville à atteindre, et il s'agit ensuite de planifier l'action pour y parvenir. Mais dans cette acception, le temps est comme subordonné à l'espace: il n'est qu'un moyen, abstraitement découpé, pour parvenir à la réalisation de la figure urbaine.

 

Nous pensons que cette dimension du temps est importante et doit maintenant être développée, à l'heure où la planification abstraite dans l'espace, à commencer par celle de l'après-guerre et des années 60-70, de la Charte d'Athènes, a montré ses limites. S'il existe des échelles dans le temps tout comme dans l'espace, il existe aussi des formes temporelles qui peuvent constituer des formes urbaines innovantes.

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