d/ Notes de lecture

Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 18:54

Dans le roman d’Oscar Wilde, le jeune Dorian Gray passe un pacte avec le diable pour rester éternellement jeune, alors qu’il mène une vie de débauche et d’excès dans les bas-fonds de Londres. Conséquence diabolique, c’est son portrait, dissimulé chez lui derrière un paravent, qui subit les pires outrages, vieillissant monstrueusement. Aujourd’hui, on peut utiliser cette métaphore pour qualifier le rapport ambigu des villes (comme Paris, mais pas uniquement) à leur périphérie. Les centres villes se muséifient, la défense des patrimoines divers fait rage, les flux automobiles sont peu à peu maîtrisés, la ville devient verte, piétonne, les quartiers à la traîne se « civilisent ». Conséquence bien connue, l’immobilier augmente, la population se « gentryfie » - voir les bobos – et un pervers effet centrifuge rejette en banlieue, en périphérie plus ou moins lointaine ce qui la fait vivre mais qu’elle ne veut plus voir : les industries et artisans, les pauvres, les immigrés. L’effet inverse, centripète, est un embellissement et une spéculation toujours plus intense sur le centre ville.

 
I.         Centrifuge et centripète, le syndrôme Dorian
a.       L’effet contenant de la ville, et ses effets pervers
b.      Le portait caché de la ville : les entrées de ville
c.       Le rapport ambigu à la Nature
II.       Le sens de l’histoire ? mutations, digestions, révélations
a.       Piste 1 : les grands ensembles
b.      Piste 2 : les infrastructures de transport : de la ville au territoire habité
Conclusion : émergence d’une forme urbaine

Jean-Philippe Doré
Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /Fév /2008 10:01

Les dix dernières minutes du film « Zabriskie Point » de Michelangelo Antonioni (1970) marquent un fait marquant dans l’histoire du cinéma, et au-delà, peut-être le point d’entrée symbolique vers un nouvel ordre, un nouvel état de réalité : le plancton.

 

D’abord une série de champs - contrechamps : le visage de Daria dans le soleil couchant, en larmes, elle fixe la villa, décrite en plans fixes, à l’intérieur une réunion de businessmen atour d’un projet immobilier dans le désert, dehors sur la terrasse leurs femmes prennent le soleil en bikini. Les objets attendent calmement : un transistor, une fontaine, un journal, un paquet de cigarettes, une plante verte. Tout est still, le monde est still. Soudain l’explosion, d’abord vue de loin, sans le son, en séquences répétées, puis de plus en plus près, avec le son, enfin dans un resserrement magnifique, de plus en plus près, au ralenti, on vient explorer ce qui a vu le jour, ce qui semble un nouvel état physique des choses : les débris de la maison, de notre monde, de la société de consommation, flottant avec grâce sur fond de ciel bleu californien, sous la musique des Pink Floyd. On distingue nettement les objets qui flottent, qui gravitent lentement : un poulet, un portant chargé de vêtements mouvants comme des algues dans un milieu aquatique, les feuilles d’un journal follement déployées, des débris divers, les éléments du monde d’avant, explosés, brisés menus, et qui flottent, disponibles, se recombinant entre eux, formant un nouvel ordre.
 
Voilà, nous sommes après l’explosion, nous regardons autour de nous. Rien n’a changé mais on note comme une différence dans la qualité de la réalité. Nous distinguons toujours nettement les objets – ou des fragments d’objets-, les figures : mais il y a eu comme une émulsion, un broyage, qui les a comme suspendus. Les choses flottent, et nous avec, dans un nouvel état de matière : un milieu nutritif que l’on dirait liquide, omniprésent, sans début ni fin, sans haut ni bas, sans bien ni mal. Disons que « les choses du monde d’avant » sont toujours là, mais brassées, broyées, brisées, et flottantes. Les objets dansent dans un étrange mælstrom, provoquent des associations. Nous appellerons ce nouvel état le plancton. Sa particularité c’est qu’il est un corps a priori homogène, quoique constitué d’objets, ou de fragments d’objets, hétéroclites. On peut donner cette image : sur certaines plages, après une tempête, en hiver, ou à marée basse, on voit cette collection étrange d’objets plus ou moins brisés, usés par la mer : fragments de bouteilles, de pneus, d’emballages divers, de cordages et autres. Certes, on reconnaît des éléments que l’on isole, que l’on discrétise, mais finalement on retient sur toutes ces plages l’idée d’une matière unique.

Jean-Philippe DORE
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés