d/ Exploration de la durée

Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 14:37

d.u.M.s Etienne-Jules Marey 1894

Etienne-Jules Marey 1894

d.u.M.s Spiegazione della carta istirica dell'Italia de Gir

Spiegazione della carta istirica dell'Italia de Girolamo Andrea Martignoni 1721

Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 23:56

Carnac vision nocturne dums 1Carnac vision nocturne dums 2Carnac vision nocturne dums 3

 

Carnac, décembre 2010

Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 22:42

Nouvelle époque

La ville européenne s’était développée sur le principe de la contigüité spatiale et temporelle. Si notre société s’articule dorénavant en flux de capitaux, d’informations, de technologie, d’interaction organisationnelle, d’images et de symboles, il faut supposer que l’espace comme support matériel de la simultanéité sociale adopte de nouvelles formes de mise en relation.

 

Le sociologue Manuel CASTELLS et le géographe David HARVEY ont démontré les changements majeurs survenus depuis les années 1970 quant à notre expérience quotidienne de l’urbain. Dans cette nouvelle société informationnelle, l’espace et le temps se rapportent à une nouvelle configuration appelée l’espace des flux modifiant considérablement la forme de l’espace géographique, et de l’espace urbain en particulier. La métropolisation en découle par la constitution d’un espace urbain flexible et multipolaire. Dans la spatialité du scope qui en découle, l’espace urbain devient un champ de possibilités, une étendue, un domaine ouvert où fusionnent les échelles. Le temps y prend une dimension capitale.

 

De la préhension du temps...

Partant du constat que l’essence de notre existence est le changement alors que l’on présente trop souvent la ville comme un objet statique, nous préférons nous fier aux flux qui la composent. En cherchant à objectiver ce qui fluctue dans la ville, Nous aimons à penser que la ville est immobile à grands pas. La consommation de l’espace intègre depuis longtemps notre réflexion globale dans le champ de l’urbanisme. Quand est-il du temps ? Alors que le développement durable prône l’économie des ressources, il nous revient d’interroger notre mode de consommation du temps car, avec l’avènement de l’espace des flux, toute tentative de modifier l’espace est vaine si elle ne s’accompagne pas d’une forme d’aménagement du temps. Nous devons commencer à manipuler des formes temporelles et c’est bien sur à ce travail qu'il faut nous attacher.

 

Les déformations géographiques contemporaines s’inscrivent fondamentalement dans la question du temps. Ces dernières années, l’attention s’est portée sur la prise en compte de la ville en éveil permanent du fait de l’individualisation croissante des besoins sociaux. D’autres expériences ont été tentées au sein des bureaux des temps pour la gestion urbaine mais il y a peu d’avancées concrètes pour l’urbanisme. Il est de la responsabilité de notre génération d’aller plus loin en développant un urbanisme temporel.

 

Aux formes temporelles

Qu’est-ce qu’une forme temporelle ? Il s’agit d’un évènement ou d’un ensemble d’événements qui se déploient dans le temps selon un ordre propre. Une forme temporelle n’appartient pas au temps linéaire puisqu’elle se déploie souvent de manière hétérogène tout en constituant pour elle-même, et surtout pour le sujet qui la perçoit, une forme pure née de la fusion d’un ensemble disparate de lieux, d’évènements et de perceptions. En ce sens, une forme temporelle se défini comme un enchainement de significations. Appliqué à l’urbanisme, cela devient une succession d’évènements, d’usages, d’histoires, contenus dans la structure urbaine.

 

Le tissu urbain est habité de formes du temps longs dont l’histoire, le parcellaire et le réseau viaire forment l’antique socle, tandis que les constructions physiques et sociales, les rythmes et les usages appartiennent à des temps plus ou moins brefs. Dans la spatialité du scope, l’emboîtement des échelles est aboli en certains points au profit de leur fusion. Dans Roma, daté de 1972, Frederico FELLINI met en réseau des histoires personnelles, des évènements politiques, des formes du passé et des fantasmes ; les ruines antiques laissent passer la horde bruyante des motards… Roma donne un exemple visionnaire de ce que peut être une composition de formes temporelles.

 

Héritage italien

Les politiques européennes sur le temps des villes sont nées en Italie. La conciliation des temps de vie, de travail et de la ville pour une meilleure qualité de vie a donné lieu à partir de 1985 à des actions publiques sous l’impulsion des mouvements féministes et des organisations syndicales. Toutes les grandes villes italiennes ont créé leur bureau des temps de la ville. Cela passe depuis peu par des pactes de mobilité sensés stimuler l’usage des transports en commun dans une société où les individus vont et viennent dans des espaces de grande échelle. Travailler sur les formes temporelles reprend cet héritage temporel italien, qui reste un modèle, et prolonge la recherche.

Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 11:53

Choses éparses entendues lors des tables rondes qui ont précédé la remise du Grand Prix de l'Urbanisme et du Palmarès des Jeunes Urbanistes à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine:

Laurent Théry étant le Grand Prix de cette année, la côte atlantique fut mise à l'honneur avec la métropole Nantes Saint-Nazaire.


Notre grand primé annuel a rappelé l’essence d’un projet urbain: d'abord identifier les objectifs majeurs et les inscrire dans la transformation d'un territoire. Ce n'est donc ni une procédure ni un cadre opérationnel. La formule peut paraitre simpliste mais elle a le mérite de clarifier les choses dans un monde où prime la complexité administrative.

A Nantes et en l'espace de vingt ans, on est passé d'une action d'urgence pour redonner confiance aux acteurs du territoire à une métropole symbolisée par son « monument dispersé » qu’est l'Estuaire (biennale d'arts contemporains donnant lieu à des interventions in situ). La culture et l’urbanisme furent pris comme fer de lance d’une reconquête territoriale, pour ne pas parler de marketing. Aujourd’hui, l'île de Nantes achève sa mue après une grosse décennie de travaux où l'urbanisme, dit Laurent Théry, fut en situation de quasi rupture permanente. Jean-Marc Ayrault résuma ainsi la situation : « il y a toujours une solution, même dans les pires moments, et il faut forcement la trouver ensemble (élu et urbaniste) ». Le plan guide de l'île de Nantes évolue d'ailleurs chaque trimestre.

A Saint-Nazaire, Joel Batteux son maire fait un constat similaire en expliquant que face aux difficultés économiques, la municipalité a mis en place une véritable cellule de crise "pour manager de l'intelligence". Rappelant "qu'il n'y a pas d'autorité politique sans experts associés."

Paul Virilio, se présentant comme un chrono-utopiste, a mis en abime le débat en rappelant que nous étions à la porte de l'outre-ville, de la ville des migrants involontaire de la mobilité. Tandis qu'à l'opposé, l'urbaniste italienne, Paola Viganò attirait l'attention sur les pratiques qui révèlent la ville en train de bouger. Il s'agit aussi pour elle de lire le grand territoire et d'affirmer la dignité des territoires de vie. Seule la prospective nous permets dès lors d'approcher les futurs possibles de la ville. Michel Desvigne expliqua alors avec sa simplicité naturelle qu'il n'y a pas de relation entre le paysage et le découpage administratif. Il faut donc revenir au bon sens dans l'articulation des échelles: "ce qui est petit pour la géographie est grand pour l'urbain."

"L'urbanisme, c'est d'abord la conversation" a dit l'un d'entre eux au cours de la conversation pour rappeler le dialogue que le professionnel doit tisser avec les autres acteurs de la ville. Jean-Marie Duthilleul finalement renchérit: "le projet est un rêve que l'on fait ensemble".



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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 22:25

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Fontenay-le-Comte, ville de 15.000 habitants comme il en existe beaucoup en France. En présentant deux prises de vue à presque un siècle d'intervalle, on observe aisément les transformations urbaines. On voit sur ces images une dent creuse qui s’est bâtie, un canal devenu une rue. Certaines formes temporelles demeurent tel le marché tandis que d’autres, les femmes venant laver leur linge à la rivière par exemple, ont disparu. Ce constat permet de nous intéresser au temps partagé et à l’espace public existentiel comme ensemble de formes et d’images réflexives qui se répondent. Les temps urbains, ceux de l’appropriation d’une ville 24h/24, trouvent comme support cet espace existentiel pour chacun d’entre nous.

 

La société en réseau

La fin du XXe siècle a vu l'avènement de l'ère de l'information qui a mis la société en réseaux comme l’a très bien expliqué le sociologue Manuel CASTELLS. Cette modification notoire de la société s'est surtout caractérisée par une économie mondialisée extrêmement fluide et d'autre part par la constitution d'aires métropolitaines polycentriques en réponse à ces nouveaux processus d'accumulation flexible. Pour ce qui nous occupe aujourd'hui, cela veut dire un passage : l'espace était jusqu'alors le support matériel des pratiques sociales du temps partagé, or, la dé-standardisation de l'économie a projeté les relations sociales dans les flux des échanges et interactions entre des positions géographiques discontinues. De fait, le temps devient pluriel et la rencontre dans l’espace commun problématique.

 

Domination de l’espace des flux

Notre début de XXIe siècle voit la domination de l'espace des flux sur l'espace des lieux. Cela veut dire que dorénavant les lieux sont à considérer dans l'inclusion et l'exclusion à cette nouvelle spatialité. Notre idée est donc que dans tous les domaines de la vie sociale, et en urbanisme aussi, la question du temps domine dorénavant celle de l'espace.

Prenons l’exemple de la rivière. Canalisée pour luter contre la brutalité de ses crues, elle a perdu sa fonction de lavoir. Louons l’invention de la machine à laver comme évolution technique mais remarquons aussi la disparition d’un lieu de rencontre, celui du lavoir, que rien n’a remplacé. Ce mouvement vers l’individualisation des comportements a commencé durant le XXe siècle et s’est accentué avec l’espace des flux. Ce qu’on se racontait au lavoir se dit peut-être maintenant sur Facebook. Cela pose en tout cas la question de la nature du lieu.

 

Perte de centralité 

On peut lire dans ces images la perte de la centralité. Pris dans les phénomènes d’inclusion et d’exclusion, la centralité traditionnelle, celle du centre-ville et de la ville-centre, s’est évanouie lors du passage à une économie postindustrielle. A côté des métropoles qui sont incluses de fait dans l’espace des flux, il faudrait aussi dresser l’histoire des recalés de la modernité tardive.

Si on observe l’évolution d’une rue en un siècle, on entrevoit le délaissement des inscriptions dans l’espace public qui marque l’abandon de la réflexibilité des images et donc de la valorisation de l’espace public.

 

Faillite de l’espace public comme support du temps partagé

Néanmoins, on peut dire que l’espace des flux s’exprime ici lisiblement. L’espace public n’y supporte plus autant les représentations sociales qui lui préfèrent dorénavant les médias et les réseaux immatériels pour exprimer les figures de la domination. A bien regarder ces images, fragments d’une plus grande série, on lit un certain délaissement de l’espace commun au profit d’un temps pluriel.

Pour qu’il y ait des temps urbains, il faut bien un réceptacle. Ce réceptacle, c’est la ville et son espace d’apparition qu’est l’espace public. Le sociologue Richard SENNETT a très bien parlé de ces transformations et de cette perte de sens.

 

Pour le temps des villes, débat animé par François Chaslin, 11 octobre 2010 à 19H00, petite salle du centre Georges Pompidou, dans le cadre du cycle culture urbaine à la BPI

Extrait de l’intervention de J. Richer

 

Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 19:30

Forme temporelle se dit d’un évènement qui se déploie dans le temps selon un ordre interne propre. La consistance de cet événement est celle de la signification qu'on lui attribue, en le singularisant comme tel. Une forme temporelle se présente extérieurement comme d’une séquence de temps identifiable par ses contours (début et fin), son éventuelle répétition, sans que cette détermination suffise entièrement à la qualifier. La forme temporelle est paradoxalement atemporelle au sens où elle tire son unité du fait que sa fin est déjà contenue dans son début et que toutes ses parties y tendent.

 

L'évènement ainsi qualifié ressort de différentes formes dont la durée d’existence est variable : il peut s’agir d’un mouvement brusque de quelques minutes, ou au contraire se déployer dans une temporalité bien plus longue, voire multiséculaire.

 

Une forme temporelle est donc un objet perçu et conçu. En ce sens, il ne faut pas différencier le temps de sa réalisation du mouvement de sa perception : la conscience de l'événement « fait » l'événement au-delà des faits bruts.

 

Domaines

Les formes temporelles se trouvent généralement en linguistique et en littérature où elles caractérisent des formes du discours et du récit (voir la diégèse). Pour ne citer qu’un exemple, Marcel Proust emploie dans sa Recherche du temps perdu une multitude de formes temporelles narratives dont la contigüité forme des rapports de proportion. Ainsi « les rapports entre la durée variable de ces événements, ou segments diégétiques, et la pseudo-durée de leur relation dans le récit sont des rapports de vitesse. Les relations entre les capacités de répétition de l’histoire et celles du récit sont des rapports de fréquence. ».

 

Les formes temporelles sont musicales par excellence. Contrairement à ce qu'on aime à dire en général, la musique n'est pas un « art du temps ». La durée d'un morceau de musique n'est pas définie de manière absolue et extérieure, mais par la richesse et la disposition de ses rapports harmoniques intrinsèques, qui « chronomètrent » la pièce de l'intérieur, sans que ce chronométrage soit absolu.

Les formes temporelles sont utilisées en sciences sociales pour caractériser un évènement dont le développement dans le temps acquiert une plus grande importance que toute autre considération. Ainsi, les manifestations, fêtes populaires, et rassemblements collectifs, sont classés comme formes temporelles dans la mesure où elles forment une stance reconnaissable.

 

Les questions qui se posent :

Peut-on appliquer tous les caractères des formes spatiales aux formes temporelles ?

Qu’est-ce qu’une forme temporelle à l’heure de la compression du temps ?

En quoi une forme temporelle peut décrire la vie sociale et son organisation physique qu’est la ville ?

 

En urbanisme

L’urbanisme présente, de par sa consistance, de multiples temporalités. À la croisée des sciences physiques et sociales, il articule des temps matériels et sociaux.

 

Suivant l’ordre antique romain du « tracer, lotir, bâtir » toujours d’actualité dans une grande partie du monde, l’urbain se décline en trois ordres aux temporalités différentes :

1) Le réseau viaire, donc le maillage des rues, se présente comme le plus persistant. Ainsi bon nombre de voies romaines perdurent de nos jours. En France, l’inaliénabilité du domaine public que constituent les voies publiques en renforcent la permanence.

2) Le parcellaire est fondé sur la notion de propriété foncière. Il fluctue en fonction des transactions telles que les scissions et regroupements. Le droit de propriété lui confère néanmoins une certaine constance et l’observation des cadastres urbains successifs démontrent une certaine constance des limites parcellaires.

3) L’ordre du bâtir est beaucoup plus fluctuant, et rares sont les parcelles qui ne voient pas en un siècle des modifications substantielles des constructions qu’elles hébergent. L'architecture appartient à cette temporalité comme expression culturelle à un moment donné de la société. Ces trois ordres produisent des formes temporelles' qui s’imbriquent, s’interconnectent et entrent en résonance.

 

Pour définir la ville, Max Weber dit : « (la ville) constitue, en tout cas, un habitat concentré (au moins relativement), « une localité ». Dans les villes (mais pas seulement là), les maisons sont construites très près les unes des autres ; d’ailleurs aujourd’hui, la règle générale est de les bâtir mur contre mur »[2]. Les formes temporelles en urbanisme caractérisent des objets dynamiques, mobilisés par des forces sociales, qui deviennent par leur importance des évènements. Leurs conséquences dans la vie urbaine leur confèrent une forme identifiable se développant selon une temporalité propre.

 

Pour revenir sur l’histoire récente de l’urbanisme, la création des grands ensembles après la Seconde Guerre mondiale doit être considérée comme une forme temporelle. Cette nouvelle forme urbaine est identifiée par les urbanistes et les sociologues qui l'inscrivent dans l’histoire plus générale de la ville et dont la signification particulière décrit un phénomène nouveau : la naissance des banlieues. De même la relégation de ces « banlieues », après que les pouvoirs publics aient laissé la situation sociale se dégrader, peut être considérée comme une autre forme temporelle, incluse dans la première.

 

L’importance accordée à la forme temporelle en urbanisme réside dans le fait qu’elle décrit un évènement homogène dans son développement, mais faisant appel aux forces divergentes à l'oeuvre dans l’urbain. "L’urbain, c’est une forme pure : le lieu de rencontre, le lieu de rassemblement, la simultanéité. Cette forme n’a aucun contenu spécifique, mais tout y vient et y vit. C’est une abstraction, mais le contraire d’une entité métaphysique, une abstraction concrète, liée à la pratique".

 

Définition postée sur WIKIPEDIA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Forme_temporelle

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