Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 22:47

Méduses

 

Entre New-York et Boston. On roule dans le noir,dans le brouillard. La route est longue, l'espace immense, tout est noir. Autour de nous lesénormes voitures américaines bondissent mollement comme des éléphants de mer. Aux abords des villes surgissent des publicités violemment éclairées, des bandeaux luminescents suspendus par de hautes potences métallique que l'on devine à peine dans le ciel noir. Nourriture. Voitures. Téléphones. Services divers. Aussi les "convicts" en photo avec le fameux "WANTED". Un violeur et une femme recherchée pour meurtre s'intercalent avec les pizzas, le real estate, les vacances aux caraïbes, la bière Bud Light, les compléments alimentaires qui font maigrir, le site de rencontres en ligne. Tout est mis sur le même plan, exposé bien à plat dans la même lumière, le même graphisme. Ultimement, une publicité pour la publicité occupe les panneaux vacants. Le vide n'existe pas, ne doit pas exister dans un environnement pareil. On traverse tout cela comme dans un rêve, un cauchemar. On traverse dans le noir dans ces étranges voitures à la fois lentes et rapides, on happe silencieusement ces lumineuses méduses d'information, on n'est plus que rétine et vitesse à la manière du capitaine Bowman en route vers Jupiter dans son vaisseau, rétine hallucinée. L'impression d'irréalité ne diminue pas à mesure qu'on entre dans l'alpha et l'oméga d'un monde si furieusement matérialiste qu'il en devient fantastique. Toute cette violente nature est tenue à distance par un imaginaire plus violent encore, un ordre plus impérieux, un mythe plus étrange. Ce n'est pas seulement qu'il ne reste plus que les choses, les produits qui semblent vivre leur vie propre en dehors de nous. C'est qu'il ne reste plus que leur trace, leur image, leur artefact de méduse qui flotte dans le brouillard noir. Tout, chaque chose est réduite à son résidu sec d'information, si finement diffusée et grainée qu'on a désormais affaire à un plancton d'information que l'on happe, que l'on gobe presque inconsciemment en lieu et place du monde. Mais c'est ça le monde. C'est ce que nos branchies humaines peuvent filtrer du monde.

 

Les phalènes

 

Chaque chose était posée dans une petite nuée d'espoir réfléchi et vorace, et eux régnaient sur ça, il me regardaient avec leurs yeux de Bambi, avec leurs yeux de phalènes à ceci près que les lumières autour d'eux étaient candides elles aussi, il me regardaient avec déférence, avec effroi, avec amusement, et nous parlions je crois, et nous riions, et nous échangions précautionneusement des éléments de langage, des mots, des idées, des souvenirs peut-être que nous glissions poliment sur le formica, que nous nous passions un peu timidement avec comme des poignées pour les saisir, mais non, ce n'est pas possible me disais-je si bois moi seul sera ivre, et personne ne comprend ce moment comme eux, et les lumières et les cris sur le boulevard veule sont pour eux, cette promesse, et non, nous ne sommes pas dans la même nuit.


Carrefour

C'est le jour où je ne crois plus en rien, où plutôt, où tout se disloque brutalement à la fenêtre; le je et le croire misérablement vaincus, repartent en déroute sous l'œil du Rien rieur. La station de métro, en bas, crache ses êtres étrangement bidimensionnels, noirs, pliés. Les voitures escaladent la rue en glissant sans effort, en tanguant légèrement comme des vaisseaux soyeux. On imagine les conversations, les diodes, le soir, le couple, la radio. Et je fixe toute chose comme à travers une brume stupide. Et j'attends patiemment quand tout le reste de ma vie s'offre vacant. En bas, tout attend inventé, d'invisibles rouages tournent, d'invisibles crans me scandent.

 

 

Code inconnu

Une longue file se forme devant la machine qui émet des sons désapprobateurs et l'angoisse de chacun naît du fait que, malgré l'attente relativement longue, on n'ait pas assez de temps pour comprendre, pour se faire une idée de ce qu'y se passe, et surtout de ce qu'il faudra faire devant la machine quand ce sera son tour. Il n'y a rien à faire d'autre, en vérité, que subir la pression de la colonne, de l'attente, de la machine. On pavoise, on raille avec son voisin. Et quand vient son tour quand il est temps d'obéir aux petites diodes impérieuses et aux bips exaspérés, il y a ce mur des regards dans son dos, d'une densité de loups où la peur de l'individu se mêle au plaisir de la meute. On va, on tape sur l'écran alors que l'intelligence mouline comme un écureuil fatigué et piteux, on s'acquitte de sa petite épreuve, penaud quand survient une agente elle aussi au bord de la crise de nerfs, on ramasse ses emplettes soudain curieusement honteuses sous le scan des regards et des lecteurs laser, on ose à peine un sourire de connivence avec le suivant et on s'éclipse, serrant son sac en plastique, bien en peine de trouver une contenance. Ah civilisation, société, souvenirs: salles de classes, salles de bals, salles d'armes, on rentre, on rentre tous la tête basse, qu'est-ce qu'on mange ce soir.

 

Le rideau

Oui, nous connaissons la règle, mais c'est plus fort que nous. Devant nous le rideau fait le monde et nous nous sommes devant à regarder, à éprouver. On ne touche à rien, on ne s'appesantit sur rien, on ricoche, on accélère dans les reflets, on reflète même avant eux, on anticipe: c'est le sens. Nous avons les mots et les images, cela glisse luminescent, facile et élégant sur l'écran. La maille souple, de rêves tissée, de chimères établie, est notre monde. Aussi malheur, malheur à celui qui perce, qui creuse, qui file la maille. Qu'y a-t-il de l'autre côté?

 

Fragment

Il ne nous sera pas donné de profiter du monde. Nous ne verrons ni les brumes, ni les vapeurs du matin, nous ne saurons pas les mystères. Faussaires nous sommes. Toujours nous devons fabriquer en nous, ou entre nous, un double du monde ravaudé d'images et de mots, d'affects et de sensations: et nous présentons cela plein d'espoir en face du vrai. Jamais ça ne coïncide. Partout nous voyons des hommes. Nature, animaux, ciels: même le rien nous en faisons de l'homme. Aussi, cette infrastructure que nous traînons partout comme un invisible cadavre. Ces choses que nous fabriquons pourtant pièces à pièces et qui peu à peu finissent par constituer un nouveau monde, que toujours nous ne voyons pas.

 

JPD


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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 22:33

ordos 11,79

 

ordos 1,82

 

ordos carrefour

 

Il existe des villes poussant dans la plaine, à peine tracées, juste là en prévision du grand soir urbain. Il est des villes désertes comme ici en Chine: Ordos telle que montrée par Google Earth.


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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 21:17

Quelle est la place des centres anciens dans la métropolisation? La réponse majoritairement donnée aujourd’hui est celle de l’exploitation du patrimoine comme moteur culturel et touristique. Jetés dans cette spécialisation, les centres anciens permettent aux métropoles d’affirmer une identité territoriale dans un contexte de rivalité interurbaine. Mais ce faisant, Ils perdent les qualités attachées à leurs territoires de vie. La définition même de centre ancien nécessiterait d’être précisée. Centre-ville, centre historique, quartier ancien, autant de réalités multiformes dont la simplification à un terme générique tend à les condamner a être considéré comme des réserves indiennes, un ennui à éviter, ce je ne sais quoi qu’on préfère oublier, lui préférant les grands espaces de la métropolisation, ce nouveau Farwest.

 

De la métropolisation

 

En premier lieu vient l’explosion du modèle diffus. A côté des centres historiques compacts s’est développée en moins d’un siècle une architecture territoriale diffuse, selon un modèle polycentrique, d’archipel, formant un réseau à partir de noyaux denses et de surfaces plus étales.

 

Emergement de nouvelles polarités donc, chaque centre tendant vers la polyfonctionnalité pour intégrer le maximum d’activités et de services. Zonage et ségrégation aussi. Car la dissociation entre l’emploi et l’habitat ne fut jamais plus grande. Et le mythe de la mobilité s’en trouve accru avec la croissance des flux et la congestion pour finalité. De l’étalement des villes dérivent la diffusion des centralités et leur hiérarchisation. La concurrence territoriale intra-métropolitaine impose hiérarchisation et spécialisation d’autant que l’économie est devenue hétérogène et discontinue, de moins en moins liée à l’économie régionale car rattachée à la mondialisation des activités, à la financiarisation et la tertiairisation. 

 

Des centres anciens

 

Le caractère de centralité se fonde sur un certain nombre de propriétés : la géométrie de l’espace en premier lieu, l’antériorité historique et les représentations symboliques. Elles sont liées généralement au marché du travail et à la régulation des échanges économiques, ainsi bien sur qu’aux pouvoirs.  Les centres anciens constituent pour la plupart le lieu traditionnel de l’exercice du pouvoir bien que les fonctions directrices y soient en voie d’affaiblissement. L’économie mondialisée possède ses propres référentiels spatiaux et les centres anciens ne sont plus en mesure de porter les fonctions métropolitaines en termes d’usage et d’équipement. Ils sont passés en moins d’un siècle d’une centralité de mobilité à celle de figure figée. Partout ou presque c’est un constat de fragilisation et de gentrification qui domine dans les centres anciens lorsque ce n’est pas une spécialisation dans le tourisme et la culture.

 

Ce qui constitue à coup sur la centralité historique est peut-être à rechercher dans la signification grandement collective des évènements qui s’y déroulent, faisant la part belle à l’espace public comme lieu d’apparition. Or nous vivons depuis une décennie l’émergence de la ville ludique et festive (la festivalisation), de l’évènementiel et du “fun shopping”. Autant de nouvelles pratiques de centralité réécrivant la ville sur elle-même en survalorisant le patrimoine existant ou requalifiant des friches et des quartiers dégradés. L’effet vitrine est recherché par une économie métropolitaine dont l’ingénieurie culturelle transforme le patrimoine en objet de consommation. Le patrimoine, comme récit fondateur d’un lieu, en vient aujourd’hui à rechercher la validité que lui donnera l’affluence touristique. Or la fréquentation touristique provoque des conflit d’usage de l'espace ainsi qu’une pression foncière et immobilière tandis que la protection du patrimoine est vécue comme un obstacle à l’amélioration des conditions de vie.

 

D’une fusion?

 

Tournant le dos à l’opposition centre-périphérie, les centres anciens doivent être pensés comme partie prenante d’un territoire plus vaste. Surinvestis aujourd’hui pour leur valeur d’image, ils font l’objet d’une traitement singulier par des politiques spécifiques. Or dans le phénomène de métropolisation, la distinction centre / périphérie est de moins en moins opératoire à l’heure de la mobilité généralisée. Penser la métropole vertueuse post Kyoto veut dire penser un système avec des solutions de continuité entre centres anciens et territoire métropolisé ou les mesures de protection des premiers seraient partie prenante dans les projets du second.

 

Il faut dès lors nous posez trois questions:

  • L’identité patrimoniale donne du sens à un territoire plus vaste soit, mais comment organiser et faire percoler les flux nécessaires à l’inscription des centres anciens dans la vie des territoires métropolisés?
  • Un centre ancien peut-il encore remplir des fonctions métropolitaines? et lesquelles?
  • Les dispositifs de protection des centres anciens sont-ils favorables à une mise à niveau métropolitaine de ceux-ci?

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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 20:38

SIMULATION URBAINE 2 SIMULATION URBAINE 3 SIMULATION URBAINE 5 simulation urbaine 7 SIMULATION URBAINE 4 SIMULATION URBAINE 5

 

Avec ma fille de 8 ans, nous avons joué à un jeu très sommaire sur Iphone, "City story". Nous nous sommes très vite mis d'accord sur un chaos de fonctions. Puis vint la question des voies. Je lui prétendais que la ville post-Kyoto était désormais une ville piétonne et donc qu'il n'y avait plus besoin de routes. Elle m'a regardé interloquée, m'a affirmé qu'une ville sans route ni voiture n'était pas une ville... pour finalement mettre en doute ma compétence d'urbaniste avant de claquer sur un bord du terrain un château alors que je m'évertuais à construire des tours.


Je suis rétrograde avec mes vieux réflexes de développement durable. La mode est passée. N'en parlons plus.


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Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 22:01

MYTHOLOGIE CONTEMPORAINE DUMS 02


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Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 21:58

MYTHOLOGIE CONTEMPORAINE DUMS 01


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