19 tomes de la Nouvelle géographie universelle d'Elisée reclus
La terre vu du ciel à la fin du 19è siècle
Baie de Naples
Vue de Lisbonne
Acquisition des 7 premiers tome. recherche maintenant des 12 autres.
19 tomes de la Nouvelle géographie universelle d'Elisée reclus
La terre vu du ciel à la fin du 19è siècle
Baie de Naples
Vue de Lisbonne
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Choses éparses entendues lors des tables rondes qui ont précédé la remise du Grand Prix de l'Urbanisme et du
Palmarès des Jeunes Urbanistes à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine:
Laurent Théry étant le Grand Prix de cette année, la côte atlantique fut mise à l'honneur avec la métropole Nantes Saint-Nazaire.
Notre grand primé annuel a rappelé l’essence d’un projet urbain: d'abord identifier les objectifs majeurs et les inscrire dans la transformation d'un territoire. Ce n'est donc ni une procédure ni
un cadre opérationnel. La formule peut paraitre simpliste mais elle a le mérite de clarifier les choses dans un monde où prime la complexité administrative.
A Nantes et en l'espace de vingt ans, on est passé d'une action d'urgence pour redonner confiance aux acteurs du territoire à une métropole symbolisée par son « monument dispersé »
qu’est l'Estuaire (biennale d'arts contemporains donnant lieu à des interventions in situ). La culture et l’urbanisme furent pris comme fer de lance d’une reconquête territoriale, pour ne pas
parler de marketing. Aujourd’hui, l'île de Nantes achève sa mue après une grosse décennie de travaux où l'urbanisme, dit Laurent Théry, fut en situation de quasi rupture permanente. Jean-Marc
Ayrault résuma ainsi la situation : « il y a toujours une solution, même dans les pires moments, et il faut forcement la trouver ensemble (élu et urbaniste) ». Le plan guide de l'île de
Nantes évolue d'ailleurs chaque trimestre.
A Saint-Nazaire, Joel Batteux son maire fait un constat similaire en expliquant que face aux difficultés économiques, la municipalité a mis en place une véritable cellule de crise "pour manager
de l'intelligence". Rappelant "qu'il n'y a pas d'autorité politique sans experts associés."
Paul Virilio, se présentant comme un chrono-utopiste, a mis en abime le débat en rappelant que nous étions à la porte de l'outre-ville, de la ville des migrants involontaire de la mobilité.
Tandis qu'à l'opposé, l'urbaniste italienne, Paola Viganò attirait l'attention sur les pratiques qui révèlent la ville en train de bouger. Il s'agit aussi pour elle de lire le grand territoire et
d'affirmer la dignité des territoires de vie. Seule la prospective nous permets dès lors d'approcher les futurs possibles de la ville. Michel Desvigne expliqua alors avec sa simplicité
naturelle qu'il n'y a pas de relation entre le paysage et le découpage administratif. Il faut donc revenir au bon sens dans l'articulation des échelles: "ce qui est petit pour la géographie est
grand pour l'urbain."
"L'urbanisme, c'est d'abord la conversation" a dit l'un d'entre eux au cours de la conversation pour rappeler le dialogue que le professionnel doit tisser avec les autres acteurs de la ville.
Jean-Marie Duthilleul finalement renchérit: "le projet est un rêve que l'on fait ensemble".
suivons les recommandations de Roland BARTHES :
C'est pourquoi je dirai que le plus important n'est pas tant de multiplier les enquêtes et les études fonctionnelles de la ville, mais d'en faire la lecture, ce dont malheureusement, jusqu'à présent, seuls les écrivains nous ont donné quelques exemples. En partant de ces lectures, de cette reconstitution d'une langue ou d'un code de la ville, nous pourrons nous orienter vers des moyens de nature plus scientifique : recherche des unités, syntaxes, etc, mais en nous rappelant toujours qu'on ne doit jamais chercher à fixer et à rendre rigides les signifiés des unités découvertes, car historiquement ces signifiés sont extrèmement imprécis, récusables et indomptables.
in L’aventure sémiologique, 1985
déjà Kevin LYNCH remarquait :
Dans une ville les éléments qui bougent, en particuliers les habitants et leurs activités, ont autant d’importance que les éléments matériels et statiques. Nous ne faisons pas qu’observer ce spectacle, mais nous y participons, nous sommes sur la scène avec les autres acteurs. Le plus souvent notre perception de la ville n’est pas soutenue, mais plutôt partielle, fragmentaire, mêlée d’autres préoccupations. Presque tous les sens interviennent et se conjuguent pour composer l’image.
in L’image de la cité, 1969
La Courrouze sort de terre depuis quelques années déjà. Suivant un schéma directeur de Bernardo SECCHI, 110 hectares urbanisés sur d'anciens terrains militaires et en bordure du périphérique rennais.
Désigné comme un écoquartier, si tenté que cela puisse dire quelque chose, un territoire en mutation plus surement, une promesse de ville à côté de pavillons tranquilles aux toits d'ardoise comme il se doit.
Pour aller plus loin:
http://www.lacourrouze.fr
http://www.lacourrouze.fr/maquettes3d/
What a grand city it is
Precious little girls
Stroll with
Cautious little men
Daring little velvet legs
O
With calm little cautious eyes
Drachen
J’ai vu Gucci hanté de qataris
Et ils m’ont dit
Transforme l’argent en or
J’ai vu Dieu flotter sur des herbes vagues
Et il m’a dit
Construis là où il n’y a rien
J’ai lu Rainer Maria aux sueurs sublimes
Et il m’a dit
Mais aime-les, tes dragons
J’ai cru Love aux pelouses de Neuilly
Et il m’a dit
Qu’était-ce donc que tu cherchais avec moi ?
A Auteuil
A Auteuil, les enfants déjà frémissent d’arrogance, et les balles de tennis voyagent dans l’air sous contrôle, et les Rolls ronronnent de silence sous leurs housses, et les jeunes filles sont des armes, et les chiens sont des rois, et les gardiens d’immeuble règnent sur le marbre et les chromes, et les systèmes d’alarme gardent des balcons vides de fleurs et d’ennui, et Dieu lui-même est convoqué par le silence et l’ordre.
Ligne 9
Ligne 9, c’est la raréfaction vers le plaisir, le chariot mystique cahote vers Babylone. Long glissement vers l’Ouest, et peu à peu le vide se glisse entre les choses, les articule. La diction du vide, la saveur de l’hébétude, des rayons de soleil traversent une poussière de limbes. Toutes choses et êtres se gardent, se regardent, attendent. Les pelouses confidentielles attendent, et sur le périphérique les voitures en pleine course attendent aussi, et le balancement des arbres, et les vitrines impeccables tendues sur le vide attendent aussi patiemment.
Inexplicablement
Boulevard d'Auteuil un rayon très oblique vous frappe, un étroit cône d'or liquide entre les feuilles vertes des arbres dans lequel tourne au ralenti une cohorte de plancton. Bon. Avant il n'y avait rien et là subitement dans l'air quelque chose gonfle, non subitement est là depuis toujours et infini, et il y a même de la musique et des odeurs qui sont déjà un film. Ce n'est qu'un instant peut-être, mais vous sentez bien qu'il relie des choses très anciennes et familières qu'il essaie de dire quelque chose alors que vous êtes presque aveugle et sourd. Au fond de votre perception bat une porte mystérieuse.
Sur le canapé blanc
Elle me regarde, et il y a le bichon aussi sur le canapé blanc, frétillant. Dans vingt minutes les enfants, oui. Le café dans ma tasse, la scansion des heures, des terribles heures d'Auteuil sous ce gris que je ne sais pas nommer. Je vois ce visage ravagé près du mien, je vois cette main de squelette dans ce décor de série télévisée des années quatre-vingt. Le bichon gronde, une horloge invisible me compte, la peau se dégrade lentement, dans une extase de nouveau monde des créatures échappent à toute pesanteur, s'échappent à une vitesse vertigineuse vers la fiction pure, vers le paradis, vers la puissance et le désespoir.
Dans ces grands cônes violets
Porte d'Auteuil, tout ce que vous voulez. Symphonies, grandes vagues, orgues, ors. L'air du matin est un grand cône violet, friselé d'or. Sur ces boulevards s'étire la richesse qui est la paix et le calme. Et le calme est la danse précise des livreurs et les majordomes qui lustrent des limousines ou balaient des trottoirs de marbre. Tout cela en silence, absolument, si ce n'est le cliquetis de désir des jeunes filles qui sont les Gardiennes et les Muses et le Contrôle.
Porte d'Auteuil, tout ce que vous voulez: orgues, symphonies dorées, oui. Dans ces grands cônes violets, nulle autre musique que la rosée du matin, lustrale, inconnue, seule, divine.
Dedans
Chaque cité était une grande famille que la peur unissait.
RENE CHAR
Les âmes, les esprits, dans les corps. Les corps et leurs yeux fatigués, ou amusés, dans les maisons assemblées avec un soin passionné qui délimite le dedans et le dehors Et le dehors, c’est encore une espèce de dedans sans recoin où Dieu voit tout. Quand bien même subsiste un recoin de brume bleue plus sombre, plus inconnu, dans une forêt qui s’effraye elle-même, il reste contenu par quelque chose, avant les montagnes, sous le ciel, dans l’Ordre.
JPD
Méduses
Entre New-York et Boston. On roule dans le noir,dans le brouillard. La route est longue, l'espace immense, tout est noir. Autour de nous lesénormes voitures américaines bondissent mollement comme des éléphants de mer. Aux abords des villes surgissent des publicités violemment éclairées, des bandeaux luminescents suspendus par de hautes potences métallique que l'on devine à peine dans le ciel noir. Nourriture. Voitures. Téléphones. Services divers. Aussi les "convicts" en photo avec le fameux "WANTED". Un violeur et une femme recherchée pour meurtre s'intercalent avec les pizzas, le real estate, les vacances aux caraïbes, la bière Bud Light, les compléments alimentaires qui font maigrir, le site de rencontres en ligne. Tout est mis sur le même plan, exposé bien à plat dans la même lumière, le même graphisme. Ultimement, une publicité pour la publicité occupe les panneaux vacants. Le vide n'existe pas, ne doit pas exister dans un environnement pareil. On traverse tout cela comme dans un rêve, un cauchemar. On traverse dans le noir dans ces étranges voitures à la fois lentes et rapides, on happe silencieusement ces lumineuses méduses d'information, on n'est plus que rétine et vitesse à la manière du capitaine Bowman en route vers Jupiter dans son vaisseau, rétine hallucinée. L'impression d'irréalité ne diminue pas à mesure qu'on entre dans l'alpha et l'oméga d'un monde si furieusement matérialiste qu'il en devient fantastique. Toute cette violente nature est tenue à distance par un imaginaire plus violent encore, un ordre plus impérieux, un mythe plus étrange. Ce n'est pas seulement qu'il ne reste plus que les choses, les produits qui semblent vivre leur vie propre en dehors de nous. C'est qu'il ne reste plus que leur trace, leur image, leur artefact de méduse qui flotte dans le brouillard noir. Tout, chaque chose est réduite à son résidu sec d'information, si finement diffusée et grainée qu'on a désormais affaire à un plancton d'information que l'on happe, que l'on gobe presque inconsciemment en lieu et place du monde. Mais c'est ça le monde. C'est ce que nos branchies humaines peuvent filtrer du monde.
Les phalènes
Chaque chose était posée dans une petite nuée d'espoir réfléchi et vorace, et eux régnaient sur ça, il me regardaient avec leurs yeux de Bambi, avec leurs yeux de phalènes à ceci près que les lumières autour d'eux étaient candides elles aussi, il me regardaient avec déférence, avec effroi, avec amusement, et nous parlions je crois, et nous riions, et nous échangions précautionneusement des éléments de langage, des mots, des idées, des souvenirs peut-être que nous glissions poliment sur le formica, que nous nous passions un peu timidement avec comme des poignées pour les saisir, mais non, ce n'est pas possible me disais-je si bois moi seul sera ivre, et personne ne comprend ce moment comme eux, et les lumières et les cris sur le boulevard veule sont pour eux, cette promesse, et non, nous ne sommes pas dans la même nuit.
Carrefour
C'est le jour où je ne crois plus en rien, où plutôt, où tout se disloque brutalement à la fenêtre; le je et le croire misérablement vaincus, repartent en déroute sous l'œil du Rien rieur. La station de métro, en bas, crache ses êtres étrangement bidimensionnels, noirs, pliés. Les voitures escaladent la rue en glissant sans effort, en tanguant légèrement comme des vaisseaux soyeux. On imagine les conversations, les diodes, le soir, le couple, la radio. Et je fixe toute chose comme à travers une brume stupide. Et j'attends patiemment quand tout le reste de ma vie s'offre vacant. En bas, tout attend inventé, d'invisibles rouages tournent, d'invisibles crans me scandent.
Code inconnu
Une longue file se forme devant la machine qui émet des sons désapprobateurs et l'angoisse de chacun naît du fait que, malgré l'attente relativement longue, on n'ait pas assez de temps pour comprendre, pour se faire une idée de ce qu'y se passe, et surtout de ce qu'il faudra faire devant la machine quand ce sera son tour. Il n'y a rien à faire d'autre, en vérité, que subir la pression de la colonne, de l'attente, de la machine. On pavoise, on raille avec son voisin. Et quand vient son tour quand il est temps d'obéir aux petites diodes impérieuses et aux bips exaspérés, il y a ce mur des regards dans son dos, d'une densité de loups où la peur de l'individu se mêle au plaisir de la meute. On va, on tape sur l'écran alors que l'intelligence mouline comme un écureuil fatigué et piteux, on s'acquitte de sa petite épreuve, penaud quand survient une agente elle aussi au bord de la crise de nerfs, on ramasse ses emplettes soudain curieusement honteuses sous le scan des regards et des lecteurs laser, on ose à peine un sourire de connivence avec le suivant et on s'éclipse, serrant son sac en plastique, bien en peine de trouver une contenance. Ah civilisation, société, souvenirs: salles de classes, salles de bals, salles d'armes, on rentre, on rentre tous la tête basse, qu'est-ce qu'on mange ce soir.
Le rideau
Oui, nous connaissons la règle, mais c'est plus fort que nous. Devant nous le rideau fait le monde et nous nous sommes devant à regarder, à éprouver. On ne touche à rien, on ne s'appesantit sur rien, on ricoche, on accélère dans les reflets, on reflète même avant eux, on anticipe: c'est le sens. Nous avons les mots et les images, cela glisse luminescent, facile et élégant sur l'écran. La maille souple, de rêves tissée, de chimères établie, est notre monde. Aussi malheur, malheur à celui qui perce, qui creuse, qui file la maille. Qu'y a-t-il de l'autre côté?
Fragment
Il ne nous sera pas donné de profiter du monde. Nous ne verrons ni les brumes, ni les vapeurs du matin, nous ne saurons pas les mystères. Faussaires nous sommes. Toujours nous devons fabriquer en nous, ou entre nous, un double du monde ravaudé d'images et de mots, d'affects et de sensations: et nous présentons cela plein d'espoir en face du vrai. Jamais ça ne coïncide. Partout nous voyons des hommes. Nature, animaux, ciels: même le rien nous en faisons de l'homme. Aussi, cette infrastructure que nous traînons partout comme un invisible cadavre. Ces choses que nous fabriquons pourtant pièces à pièces et qui peu à peu finissent par constituer un nouveau monde, que toujours nous ne voyons pas.
JPD