Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /Mai /2008 17:15
 
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Jean-Phillipe DORE

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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 13:39

Les découpages disciplinaires entre « le dedans » et « le dehors » et entre la grande et la petite échelle - qui ont conduit à la séparation des métiers d’architecte, d’urbaniste et de géographe - doivent tomber. Nous faisons tous le constat de vastes bâtiments fonctionnant comme des villages (il suffit de voir les centres commerciaux) et de l’espace public se peuplant de plus en plus de savantes constructions. Nous entrons dans le domaine ouvert de l’aménagement où nous devons apporter une ingénierie pragmatique à la structuration de l’espace et du temps.

 

Au temps de l’évolution de la ville répondent des temporalités bien plus pratiques : le temps de la décision, celui de l’étude et celui de la mise en pratique. Lorsqu’il s’agit de la conception d’un espace urbain, cela passe par le projet, le chantier et l’élaboration du mode de gestion de l’espace. Lorsqu’il s’agit d’une intervention sur un document d’urbanisme, cela passe par la discussion et la programmation des équipements nécessaires. Dans tous les cas, c’est bien des hommes et des femmes alors réunis que sortira le projet. Le terme de sculpture sociale, référence directe à Joseph BEUYS, exprime bien cette idée que tout aménagement physique de l’espace tient évidemment à la rencontre de personnalités différentes et que le processus compte autant que le résultat. Travailler sur la matière de la ville exige aujourd’hui de passer les projets au crible de la concertation. Cela exige de la pédagogie, une foi en un changement possible et une gestion du temps du projet.

Jean RICHER


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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 13:39

Partant du constat que l’essence de notre existence est le changement alors que l’on présente trop souvent la ville comme un objet statique, nous préférons nous fier aux flux qui la composent. En cherchant à objectiver ce qui « fluctue » dans la ville – les intentions et les activités qui y opèrent et qui composent ce que Henry LEFEVRE appelait une forme pure née de la simultanéité d’évènements hétérogènes – nous nous sommes intéressés autant aux flux physiques, qu’aux flux de communication et d’intentions. Nous aimons à penser que la ville est immobile à grands pas. Son apparente stabilité n’est faite que d’une sorte de frénésie d’idées et de choses consolidées dans l’instant.

 

Il y a d’une part la durée des phénomènes et d’autre part la perception du temps qui entrent en jeu. L’accélération des modes de vie, le développement des réseaux de communication et la flexibilité des interventions (économiques et sociales) font que l’appréciation de la durée devient bien souvent la clé de la compréhension des phénomènes spatiaux. Ce changement dans l’approche des situations construites ouvre la voie à des expériences importantes sur l’échelle et la perception : nous entrons dans le domaine exigeant de l’aménagement physique du temps.

Jean RICHER


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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 13:36
 
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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 13:33

En l’espace de trente ans, les rapports d’échelle se sont transformés sous l'effet combiné de la restructuration de l'économie mondiale et du développement des réseaux techniques de transport et de communication. Les modes de production de l’espace ont-ils évolués dans le même sens ? En réponse, les architectes et les urbanistes ont-ils adapté leur méthode de travail et d’investigation ? Beaucoup de travail reste à faire dans la compréhension de ce qui nous arrive et sur les moyens à mettre en œuvre pour parfaire notre adaptation à ces nouvelles conditions de vie.

L’enjeu est pourtant de taille. L’espace, en tant que support matériel de la simultanéité sociale, adopte aujourd’hui d’autres formes que la contiguïté physique. Sa continuité ne s’appréhende plus dans la linéarité mais bien dans l’enchaînement de significations divergentes. L’exemple de la rue est simple. Y marcher consiste aujourd’hui à enchaîner des sollicitations variées : appels téléphoniques, informations, publicités, offres commerciales et propositions de services. A la déambulation physique se superposent toutes ces sollicitations qui renvoient à des domaines très différents et nous passons notre temps à sauter de l’un à l’autre. De même aujourd’hui, deux lieux éloignés peuvent être plus proches que deux lieux contigus en fonction de la force des relations qui les lient. Le TGV qui rapprochent les grandes villes françaises les éloignent paradoxalement de leur arrière-pays.

Il faut interroger ces mutations et les stratégies spatiales qu’elles induisent. Mais la pensée actuelle peine à établir des liens entre généralité et particulier, puis entre théories et affirmation. Il y a aujourd'hui la nécessité d'une recherche d'une autre nature que celle menée sur le modèle des sciences humaines : celle d'une pragmatique ou évaluation, de propositions concrètes, de créations, où analyse et théorisation fonctionneraient simultanément. Sous la formule de « recherche-action », nous proposons d’élaborer, à partir d’une réflexion théorique, des outils de médiation servant l’activité opérationnelle et favorisant des rencontres productives entre différents acteurs. Il faut chercher à évaluer les modes d’interventions sur la ville, à expertiser transversalement les métiers et les espaces et, enfin, à en dégager des stratégies pour l’action.

I.1. Construire une pensée théorique

La démarche de recherche-action est avant tout une attitude intellectuelle, un positionnement pragmatique face au monde. S’appuyant sur la praxis marxiste, elle s'attaque à la division entre la pensée et l’action au profit d’une pensée agissante. S’épuiser dans des recherches théoriques qui finiront sur les étagères des bibliothèques universitaires est nécessaire mais n’entre pas dans le champ opérationnel. Il nous semble donc important de développer une médiation entre le savoir et l’action. Cela implique une aptitude à tisser des liens avec des disciplines scientifiques variées. Cela veut aussi dire que l’on reconnaît aux architectes et aux urbanistes cette capacité à se saisir, d’une manière responsable, des enjeux théoriques de leur époque. Il y a donc un double impératif à respecter, qui est d’une part de développer et de structurer des outils pour construire cette pensée, et d’autre part d’établir des passerelles scientifiques et méthodologiques avec les disciplines proches que sont la géographie, l’économie, la sociologie, le droit ou encore les technologies des réseaux.

A toute approche dogmatique, nous préférons mettre en avant un principe de réalité et aborder pragmatiquement les situations de vie. La profondeur de la réalité nous semble loin de la fétichisation actuelle de l’esthétique architecturale ou urbaine. La pragmatique nous pousse à partir du local pour l’expérimentation et à proposer, ensuite, des stratégies qui pourraient être généralisées.

Ces trois dernières années nous avons commencé à explorer deux pistes d’action. Tout d’abord, par la définition d’une problématique centrale, nommée « l’inclusion du lieu dans l’espace des flux » en référence aux travaux de Manuel Castells, qui tente de définir l’influence des réseaux sur la spatialité et la notion même de lieu. A travers la constitution d’une équipe de chercheurs pluridisciplinaires pour le programme PREDIT, nous nous sommes associés à plusieurs laboratoires dans les domaines de la géographie, de l’ergonomie et le droit. De ces rencontres ressort un travail sémantique pour définir des termes communs, mais aussi une confrontation des méthodes de travail et des échelles considérées. En dernier lieu, cette pluridisciplinarité a le mérite de sortir nos métiers d’aménagement de l’espace de leur « insularité » et de les voir, littéralement, à travers les disciplines qui leur sont proches.

I.2. Comprendre les modes de production de la ville

L’usage massif des moyens de transport et de communication (avec l’extension ininterrompue des réseaux de communication matérielle et immatérielle), l’explosion du « sans fil » ou la notion d’urbanisme de flux nécessitent d’être soigneusement analysée si l’on souhaite accompagner par des projets pertinents l’évolution de la société. Les territoires de vie se composent aujourd’hui selon des principes différents de la continuité ou de la linéarité. De même, les phénomènes de masse deviennent déroutants du fait de la fusion observable des échelles et de la domination du concept d’opportunité. Cela illustre le principe du «scope», développé par le géographe américain David Harvey, où l’espace est à la fois un champ de possibilités, une étendue, un cadre et un domaine ouvert.

La part du terrain trouve ici toute son importance. Le contexte est alors pris comme une conjonction de faits sociaux dont l’écheveau doit être patiemment démêlé pour reconsidérer le mécanisme de leur organisation. L’activité de recherche-action se caractérise donc par la proximité du postulat théorique avec les réalités du terrain, mais aussi avec celles des commanditaires. Tout projet se caractérise par la pluralité des acteurs qu’il réunit : urbanistes, architectes, transporteurs, aménageurs, collectivités territoriales, Etat...

Ce positionnement conduit à établir un lien dynamique entre l’état de la pensée contemporaine (en l’occurrence sur l’influence des réseaux sur les formes urbaines) et les modalités de son application concrète sur le terrain. Elle est ainsi particulièrement éclairante sur les modalités de prise de décision, sur l’amont de la ville entre considérations politiques, techniques, ou urbaines qui apparaît relativement opaque à la majorité des architectes. Saisir les modalités pratiques de la fabrication de la ville permet aussi de comprendre le rôle crucial d’une recherche urbaine et architecturale : il existe une action possible, de notre part, sur cet amont de la ville.

I.3. Fournir une alternative

Les situations de vie contemporaines ne connaissent pas les découpages disciplinaires. Difficile de dire à quelqu’un attendant le bus, que nous interrogeons, que notre enquête s’arrête à l’architecture du lieu. Il faudrait être à la fois médecin, architecte, géographe, économiste et juriste. Nous ne croyons pourtant pas à la transdisciplinarité car aujourd’hui le savoir est fragmenté par la complexité croissante des organisations sociales. Reste donc à structurer l’interdisciplinarité dans la recherche. Ici intervient l’action, où l’espace n’est plus une finalité mais un support de discussion et un mode de réunion. Durant nos recherches, le projet commence très vite et fédère autour d’images évolutives l’attention de partenaires qui auraient autrement du mal à communiquer ensemble. Politiques, fonctionnaires territoriaux et d’Etat, scientifiques, techniciens, membres d’association et architectes trouvent là une plate-forme pragmatique de discussion que chaque intervention contribue à faire évoluer.

Un projet de recherche-action réunit les acteurs réels de la ville, de la prise de décision, que nous avons évoqués plus haut. D’autre part, les commandes de recherches recoupent souvent des projets urbains réels, engagés dans un calendrier opérationnel. Il s’agit donc, dans une activité de recherche, de développer des projets complémentaires, sinon alternatifs à ceux destinés à être réalisés et ce, avec les mêmes acteurs. Il y a de multiples intérêts à cette démarche. Tout d’abord, elle permet d’ouvrir une fenêtre entre le monde de la recherche et le monde opérationnel. Il est ainsi possible de faire remonter à nos commanditaires des initiatives, des idées, des angles différents, que seuls des chercheurs et des étudiants disposant d’une grande autonomie peuvent produire. L’idée du projet expérimental n’est pas celle d’un contre projet. Il ne s’agit pas davantage de prendre la place des urbanistes ou architectes missionnés par ailleurs. Il s’agit de fournir une alternative, une couche théorique glissée sous l’appareil administratif, technique, politique des villes, montrable à tout moment aux acteurs et leur offrant des perspectives réelles de saisir leur propre projet différemment. L’élaboration de cette couche vivante donne aux acteurs la distance par rapport à leur objet que les contextes opérationnels habituels ne permettent pas.

La phase expérimentale doit être contemporaine de celle de l’invention, en être même le matériau, l’ensemble se rapprochant plutôt d’une recherche création, comme elle est couramment pratiquée en musique, par exemple. Il s’agit de chercher de nouvelles mesures au réel et il est impossible de le faire sans les matériaux concernés c’est à dire, ici, les médiums et les groupes impliqués dans le champs d’investigation. En outre, la confrontation sensible au réel par les simulations qui ponctuent le travail et l’arrière plan de la nécessité de création, d’invention, imposée au processus du projet, aux jeu des acteurs, est une bonne façon d’aborder ce type de problèmes si l’on cherche à trouver des mesures et à découvrir des stratégies. Aussi la nature des programmes, leurs temporalités, où se créent les lieux de l’interaction urbaine, où s’élabore la nature architecturale, ne peuvent pas être étudiées dans l’abstraction d’un travail isolé de la stimulation du réel. Dans le domaine de l’architecture, comme pour la musique, le champs de la fiction y introduit une dimension sensible constituante de toute intervention environnementale et seule capable de lui donner une dimension. De plus, la commande et le produit attendu entraînent un processus d’évaluation sur une complexité de composants que seul la dynamique d’un tel dispositif permet d’aborder et d’évaluer.

I.4. Inventer de nouveaux outils

L’objet de notre travail est de fabriquer une couche théorique glissée sous le réel, mais tout autant, de fabriquer les fenêtres qui la font dialoguer avec les acteurs, qui la font trouver des interactions avec le monde de l’action. Cela passe par l’élaboration d’outils spécifiques de conception et de communication. Le projet expérimental, interactif, doit avoir un mode d’accès simple de façon à absorber et à donner à voir rapidement les hypothèses qui naissent de la recherche, de la confrontation aux acteurs, des données collectées sur le terrain.

Se développe, tout au long de l’étude et en contact permanent avec les acteurs de la ville, un objet interactif qui figure les postulats de l’étude, ses hypothèses. Un objet qui est nourri par la recherche d’exemples bibliographiques, par la recherche d’exemples réels dans le monde (en l’occurrence les programmations innovantes dans les petits pôles d’échange), par des enquêtes sur sites, par des concours d’idées. Cette expérience a débuté pour la recherche en cours par un site Internet http://cucos.free.fr: a question de la transmission de l’information est très importante, tant entre les chercheurs, pour des protocoles de travail, que vis-à-vis de nos commanditaires. Ce site Internet a plusieurs fonctions : tout d’abord centraliser et organiser les stockage des données ensuite permettre à nos commanditaires d’accéder à tout moment à l’état de développement du projet expérimental et de l’étude. De même, nous voulons apporter dans nos recherches des solutions concrètes aux problèmes posés. Ainsi pour la recherche-action actuelle du PREDIT nous souhaitons arriver à la conception d’un process spatial et administratif pouvant donner lieu à une licence.

I.5. Explorer de nouveaux domaines d’action

Si le projet spatial est habituellement refoulé après la programmation des fonctions, nous préférons l’introduire dès la réflexion initiale, en facilitant l’expression de problématiques complexes dont les issues ne sont d’ailleurs pas toujours d’ordre spatial. L’architecture s’étend ici à la manière dont les intervenants se rencontrent, dont les groupes de pilotage sont constitués, ainsi qu’aux résultats obtenus : un règlement de copropriété peut être considéré comme une architecture, de la même manière qu’un nouveau découpage cadastral ou que le phasage des décisions dans un programme politique. Nous mettons en avant l’idée que l’espace n’est plus une fin en soi mais un dispositif, le support concret de faits sociaux auxquels nous participons.

 


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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 12:23

Cornélius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, 1974

Quelques extraits et commentaires

 

« Tout se qui se présente à nous (…) est indissociablement tissé au symbolique. »

 

« Cette société produit nécessairement cet imaginaire (…) dont elle a besoin pour son fonctionnement. Pourquoi est-ce dans l’imaginaire qu’une société doit chercher le complément nécessaire à son ordre ? »

 

« Les significations imaginaires sociales n’existent pas à proprement parler sur le mode d’une représentation (…). Elles sont infiniment plus vastes qu’un phantasme individuel, elles n’ont pas un lieu d’existence précis. (…) Elles ne peuvent être saisies que de manière dérivée ou oblique, (…) comme la courbure spécifique à chaque espace social, comme le ciment invisible tenant ensemble cet immense bric-à-brac de réel, de rationnel et de symbolique qui constitue toute société et comme le principe qui choisit et informe les bouts et les morceaux qui y seront admis. »

 

« Toute société a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales : qui sommes-nous, comme collectivité ? Que sommes-nous, les uns pour les autres ? Où et dans quoi sommes-nous ? Que voulons-nous, que désirons-nous, qu’est-ce qui nous manque ? La société doit définir son « identité » ; son articulation ; le monde, ses rapports à lui et aux objets qu’il contient ; ses besoins et ses désirs. Sans la « réponse » à ces « questions », sans ces « définitions », il n’y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture –car tout serait chaos indifférencié. Le rôle des significations imaginaires est de fournir une réponse à ces questions, réponse que de toute évidence, ni la « réalité » ni la « rationalité » ne peuvent fournir. »

 

« La vie du monde moderne relève autant de l’imaginaire que n’importe quelle culture archaïque ou historique. »

 

« Il est impossible de comprendre ce qu’a été, ce qu’est l’histoire humaine en dehors de la catégorie de l’imaginaire. »

 

L’homme, animal créatif, animal poétique qui trouve des solutions dans l’imaginaire. Qui établit dans l’imaginaire des systèmes qui trouvent leur prolongement naturel et rationnel dans la réalité, la vie quotidienne.

 

« (…) la question de l’histoire est question de l’émergence de l’altérité radicale ou du nouveau absolu (…) et la causalité est toujours négation de l’altérité (…) »

 

« Ce qui se donne dans et par l’histoire n’est pas séquence déterminée, mais émergence de l’altérité radicale, création immanente, nouveauté non triviale. »

 

« Le topos ou la chora est la possibilité première du pluriel. En ce sens, il est ce qui permet l’identité du différent. »

 

Et la succession, et le surgissement, et l’Autre, et la création, et la vie, et le sens.

 

« Le temps comme « dimension » de l’imaginaire radical est émergence de figures autres. Il est altérité – altération de figures (…) »

 

« Le temps véritable, le temps de l’altérité – altération est temps de l’éclatement, de l’émergence, de la création. Le présent, le nun, est ici explosion, scission, rupture. »

 

« Tout se passe comme si la société ne pouvait pas se reconnaître comme se faisant elle-même ; comme institution d’elle-même, comme auto-institution. »

 

« Tout ce qui est, d’une façon ou d’une autre, saisi ou perçu par la société doit signifier quelque chose, doit être investi d’une signification, et même beaucoup plus : est toujours d’avance saisi dans et par la possibilité de la signification, et ce n’est que dans et par cette possibilité qu’il peut être finalement qualifié de privé de signification, insignifiant, absurde. »

 

« L’institution social-historique est ce dans et par quoi se manifeste et est l’imaginaire social. Cette institution est institution d’un magma de significations, les significations imaginaires sociales. Le support représentatif participable de ces significations (…) consiste en images ou en figures, au sens le plus large du terme : phonèmes, mots, billets de banque, djinns, statues, églises, outils, uniformes, peintures corporelles, chiffres, postes frontières, centaures, soutanes, licteurs, partitions musicales – mais aussi : la totalité du perçu naturel, nommé ou nommable par la société considérée. »

 

Emprunt, crédit, détour inspiré par l’imaginaire pour comprendre le monde en l’inventant. Homme.

 

« Certes, ce faisceau de renvois dont chacun aboutit à ce qui est l’origine de nouveaux renvois est loin d’être chaos indifférencié ; dans ce magma, il y a des coulées plus épaisses, des points nodaux, des zones plus claires ou plus sombres, des bouts de rocaille pris dans le tout. Mais le magma n’arrête pas de bouger, de gonfler et de s’affaisser, de liquéfier ce qui était solide et de solidifier ce qui n’était presque rien. Et c’est parce que le magma est tel que l’homme peut se mouvoir et créer dans et par le discours, qu’il n’est pas épinglé à jamais par des signifiés univoques et fixes des mots qu’il emploie – autrement dit, que le langage est langage. »

 

« Une signification n’est rien « en soi », elle n’est qu’un gigantesque emprunt – et pourtant elle soit être cet emprunt-ci ; elle est, pourrait-on dire, tout entière hors d’elle-même, mais c’est elle qui est hors soi. »

 

Une signification, une société, un mot, un individu, un instant : tout n’est-il qu’un « gigantesque emprunt ». Ne sommes-nous pas beaucoup plus marqués au coin du multiple que nous l’imaginons ?

 

 

« Il faut que la société se fabrique et se dise pour pouvoir fabriquer et dire. »

 

« Etre » c’est « être socialement ». Le social, c’est le mode de l’être. La signification, l’institution, l’imaginaire social, l’identité sont comme une couche de glace plus ou moins mince jetée sur le lac de l’inconnu par les hommes. Rassurés et institués par le sens, nous n’en sommes pas moins fascinés par l’inconnu en dessous, et les limites humaines de perception de cet inconnu. D’où la fascination pour la chose, qui nous échappe au-delà de la prise partielle et furtive du langage, qui dérape vers l’inconnu ou nous ne pouvons la suivre.

 

Cette émergence continue de figures, de représentations, de sens sous les yeux fermés, c’est la pulsation de la vie comme le sang, c’est l’homme.

 

« Le flux représentatif est, se fait, comme auto-altération, émergence incessante de l’autre (Vor-stellung). »

 

« La représentation n’est pas décalque du spectacle du monde, elle est ce dans et par quoi se lève, à partir d’un moment, un monde. Elle n’est pas ce qui fournit des « images » appauvries des « choses », mais ce dont certains segments s’alourdissent d’un « indice de réalité » et se « stabilisent » tant bien que mal et sans que cette stabilisation ne soit jamais assurée, en « perception des choses ». »

 

« Il n’y a de « choses », à savoir profondeur et épaisseur « dehors », que parce qu’il y a aussi profondeur et épaisseur « dedans » ; il n’y a fixité et résistance « dehors » que parce qu’il y a aussi labilité et fluence « dedans » ; comme il n’y a mobilité « dehors » que parce qu’il y a aussi persistance « dedans ». Il n’y a perception que parce qu’il y a aussi flux représentatif. De ce point de vue aussi, l’imaginaire – comme imaginaire social et comme imagination de la psyché – est condition logique et ontologique du « réel ». »

 

« L’imaginaire radical est comme social-historique et comme psyché/soma. Comme social-historique, il est fleuve ouvert du collectif anonyme ; comme psyché/soma, et est flux représentatif/affectif/intentionnel. »

 

Qu’est-ce donc que la ville à cette aune ? Fluence, imaginaire, emprunt, reflet, magma, oui.


Jean-Philippe DORE 


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