Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:11

Il avait fallu abandonner le village à cause d'un projet de barrage électrique qui ne s'est jamais fait. Un jour nous sommes retourner voir le village éboulé par le temps. Par la fenêtre d'un mur restant debout de notre maison, mon père m'expliqua que depuis ce poste, adolescent, il mettait en joue le clocher de la chapelle romane de l'autre côté de la vallée. La balle de 22LR franchissait l'espace de la vallée, et lorsque le coup était bon, provoquait le tintement de la cloche qui se réverbérait sur les rochers alentours. Alors, le son remplissait la vallée.

Jean RICHER


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:10

Il était assis dans la brasserie face au port. Sa mère l'avait envoyer à neuf ans et demi faire la queue rue du calvaire pour envoyer des biscuits aux prisonniers. Enfin relayé dans la queue, il avait été admirer les jouets dans les vitrines voisines. L'après-midi même, les sirènes avaient retenti et sortant de l'abri après le bombardement, il était retourné dans la rue pour découvrir les décombres des bâtiments anéantis. Une incompréhension était née du souvenir présent des jouets dans la vitrine et disparu si vite. L'homme âgé maintenant, assis dans cette brasserie, expliquait que cela avait définitivement orienté sa vie : qu'est-ce qui est fixe, qu'est-ce qui bouge ? et les choses que l'on croit permanente le sont-elles vraiment ?

Issu d'une discussion avec Paul VIRILIO


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:09

Quand nous montions par la route qui serpente, laissant derrière nous les fermes sans barrières, vers le col de l'homme mort. Lorsque le moteur du break s'arrètait, le silence s'imposait à nous. Devant s'étendait la lande de bruyères. Derrière aussi. Au bout de quelques pas, pour celui qui n'avait pas peur des serpents, tu pouvais t'allonger sur les tapis odorant des plantes naines. A l'abri du vent, l'étendue silencieuse devenait une présence, édifiée par le crissements précis des insectes. Là haut, au col de l'homme mort, tout semblait possible. Au boût de quelques minutes sans rien nous dire nous repartions vers le village.

Jean RICHER


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:08

Architectes, urbanistes, maîtres d’ouvrages, constructeurs, chercheurs, politiques : ces champs disciplinaires saisissent tous la ville par un angle différent. Si la ville fait débat, se prête à la conceptualisation où au constat, il est difficile aujourd’hui d’en obtenir une image globale, ou en tous cas, une image qui fasse l’unanimité. Champ conceptuel mouvant, forme urbaine en mutation constante et rapide, ce qu’on appelle « la ville » est devenu par bien des aspects indéfinissable. Le plus déstabilisant est le hiatus entre l’image traditionnelle de la ville, comme un objet fini, protecteur et rassurant, et ce qu’elle est devenue. Le premier devoir des urbaniste est-il de lutter contre leur propres préjugés ? Quels discours les utilisateurs de la ville dense comme Paris peuvent-ils proposer quand la ville diffuse, diluée, saupoudrée, rompue, éparse, crée sans cesse des sphères d’hébétude ?

 

Nous sommes toujours à un moment donné de la ville. Vivre son temps, c’est constater la fin d’un modèle, que l’on peut de fait caractériser, et essayer de le faire muter ou d’en dégager un autre. Le paradoxe est que l’image que l’on garde de la ville est directement issue de ces modèles précédents. Il ne s’agit pas de dire : la ville contemporaine est tel nouveau modèle, mais plutôt : la ville contemporaine est la contestation et la mutation de tels modèles, au profit de tel ou tel autre. La ville a ses époques et ses générations, tout comme nous.

 
Jean-Philippe DORE


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:06

Dans le Film King Kong de 1933, on voit l’animal géant grimper sur des buildings de carton-pâte. En quelques minutes, le monstre sauvage varie en taille et la vraisemblance de sa hauteur ne semble pas préoccuper le réalisateur. King Kong ouvre en 1993 une brèche dans l’imaginaire cinématographique et urbain, l’apparition de la sauvagerie au cœur d’une métropole. Il s’agit là moins de la violence que de l’idée d’une nature indomptable dont on ne pas triompher que par la mort. De son île perdue à la plus grande ville du monde de l’époque, Kong apparaît comme l’antithèse de l’urbain et de la modernité que seule la technologie de l’aviation arrivera à supprimer. Après sa chute dans le vide à la fin du film, on retrouve le corps inerte de Kong allongé dans la rue et entouré d’une population à la fois craintive et curieuse. La mise en scène est imparable car il aura fallu patienter plus de la moitié du film en observant le gorille géant triomphé de plusieurs dinosaures pour ensuite le retrouver à l’assaut de l’Empire States building après avoir ravi la jolie blonde dans sa chambre d’hôtel.

 

Ce film ouvre aussi l’idée dans une ville géante où nous habitons les rues et les étages, que la sauvagerie du grand singe accapare le vide abstrait entre les tours dont il fait l’ascension extérieure. Cette occupation du vide médian lui revient tel un roi… C’est au sommet de la plus grande tour, donc désormais dans le ciel, que Kong va être anéanti. Sa mort viendra elle-même du ciel. Il fut un moment le maître de la ville lorsqu’il était dans le vide médian, accroché aux parois des immeubles.

 

D’autres héros à la suite ont conquit ce vide médian situé entre la rue et le sommet des plus hautes tours. Issus des pages des Marvell, spider man, Batman, superman et autres seront les maîtres de cet espace lors de bagarres titanesques. Spider Man tient une place particulière dans ce panthéon pop-art puisqu’il utilise la surface vitrée des tours pour y ancrer sa toile, et comme un tarzan dans la jungle, sauter de liane en liane. Il y a quelque chose de trop abstrait chez superman. Il vole libre de tout support matériel tandis que spider man s’accroche, adhère puis saute, traverse le vide pour atterrir sur la façade plane d’une tour. Cela fait de lui l’héritier de King Kong.

 

Le gorille géant puis spider man sont peut-être l’angoisse incarnée et primitive de notre incompréhension à construire des objets auxquels nous n’avons que partiellement accès. Ou alors ils sont le témoignage réel de notre interrogation sur l’extériorité dans une réflexion duelle avec l’intériorité de nos constructions. Si la vie sociale s’abrite à l’intérieur, alors quel est ce terrain inhospitalier et antagonique qui se développe à l’extérieur. Par ces fantastiques exégèses, « l’autre côté », là juste derrière la fenêtre, l’espace du vide médian, se retrouve habité par nos fantasmes, concrétisé par un gorille démesuré ou une araignée géante.

Jean RICHER


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:04

 


Enfant, j’ai passé chaque été sur la côte atlantique, à 4.800 kilomètres exactement de New York. Je me souviens que mes parents abusant de ma crédulité, disaient que les jours de beaux temps, en fixant l’horizon au crépuscule, on pouvait voir s’allumer les lumières de Manhattan. J’ai longtemps vécu dans le mythe d’une ville immense à la portée du regard, observée depuis la côte sauvage d’une île française.

 

Mitoyen au terrain où nous campions chaque été, un couple âgé avait aménagé une sorte d’abri souterrain pour répondre par un pied de nez à l’inconstructibilité du site. Enfant, je les voyais entrer et sortir du sol, accompagnés de tous les ustensiles de la vie quotidienne, comme s’ils vivaient dans un terrier, lapins géants au pays d’Alice. Ainsi, du même point de vue, j’observais la maison cachée et la ville cachée. Assis sur la dune, faisant lentement collé le sable entre mes doigts, je rêvais d’un palais souterrain et luxuriant et d’une ville gigantesque et quelque peu inquiétante.

 

Bien des années plus tard, je me pose encore ces questions. La maison et la ville ne sont-elles pas toujours rêvées ? Ne rêve-t-on pas autant que l’on habite les lieux ? Quelle est la part de l’imaginaire dans le regard que l’on pose sur les choses ?

Jean RICHER


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