Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 17:49
Place : (pla-s') s. f., espace, lieu public découvert et environné de bâtiments ;  espace qu'occupe ou que peut occuper une personne.

Les révolutions semblent dorénavant s'écrire sur les places publiques. Place Tahrir récemment au Caire, Tian'amen voici quelques années à Pékin. Le vide central de la ville serait-il l'arme du peuple ? Pour répondre à cela il faut revenir sur la dualité de sa définition.

La place appartient au vocabulaire de l’urbanisme en se présentant comme l’espace public par excellence et l’élément central de composition urbaine classique à l’image du moyeu d’une roue. Elle appartient à la triplicité de l’espace chère à Henry Lefebvre : espace vécu, représentation de l’espace et espace de représentation. La place est le lieu archétypal de la rencontre collective, vécue et perçue comme telle à travers le monde. Espace de représentation, on y édifie statues, mausolées ou fontaines tandis qu'on la borde le plus souvent de bâtiments martiaux pour impressionner le peuple. L'espace devient symbole. On pense à l’empattement de la Place rouge de Moscou,  mais aussi à Time Square à New York où se déploient les signes d'un capitalisme libéral sous la forme de murs publicitaires revêtant les tours.

La place comme espace vécu permet à chacun de prendre place dans une revendication collective et dans la société. La place devient alors le lieu de la contestation lors de l’accaparement de l'espace public par le peuple. Renversement du signifiant, La place ne vaut plus par la grandeur du cadre architectural qui la borde mais par sa qualité spatiale à rassembler la foule. A l'opposé des rues et des avenues poussant aux processions, au mouvement, la place impose l'immobilité comme l'affirmation d'une volonté: l'occupation jour et nuit devient alors un enjeu pour les insurgés et les forces de l’ordre voulant les déloger. D'autant que la place se trouve au nœud des artères vives de la ville au point d'avoir été érigée en point focal de beaucoup de cités. Dès lors son occupation suffit à produire une visibilité à des revendications en bloquant la circulation et en paralysant la ville.

Un phénomène interfère depuis peu dans la représentation des revendications dont l'incarnation passe par l'occupation des places centrales: la couverture médiatique de l'évènement par les médias internationaux. La place se transforme alors en arène à l'image d'un stade de football dont les télévisions maitrisent la prise de vue. A l'occupation de l'espace urbain répond le campement des cameramen et la retransmission des images sur les écrans de télévisions du monde entier avec l'impression d'un transfert de l'espace public au rectangle de l'écran. Loin de l'immobilité, l'occupation d'une place provoque un mouvement propre à mettre en marche un peuple et à susciter l'intérêt du monde. A la définition du départ, il faut donc ajouter localisation d'évènement à portée médiatique.


 al tahrir squareTian'anmen


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Samedi 5 mars 2011 6 05 /03 /Mars /2011 17:46

Champ de mouvement duMs


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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 23:05

Mots clefs : rénovation urbaine, centres anciens, PNRU, PNRQUAD, temporalité, programmation, architecture, urbanisme

 Deux jeunes professionnels, l’un, architecte, ayant l’expérience de projets dans des quartiers périphériques et l’autre, urbaniste, s’engageant dans la rénovation de centres villes anciens, se posent la question de la pertinence des programmes de rénovation urbaine actuels. Ils proposent d’adopter, pour une transformation durable – notamment socialement - de ces quartiers, une perspective temporelle. 

En 2005, un Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU) visant à rénover les quartiers périphériques a été initié par l’État. Depuis 2009, un programme analogue, le Programme National de Rénovation des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD) a débuté pour les centres anciens. Ces programmes de rénovation ont tendance à focaliser sur le traitement de la forme bâtie, au détriment des enjeux sociaux des projets. Face à la difficulté de ces programmes à permettre une requalification durable de la ville, nous proposons d’introduire dans les programmes et les projets une pensée sur les formes temporelles.

 

Des méthodes éculées de rénovation urbaine

 

Les cités de banlieue ont été érigées à partir de programmes d’investissement massifs dans la seconde partie du XXe siècle, pour connaître très vite un phénomène de relégation dû notamment à leurs conditions de peuplements. La ville classique a vu certains de ses quartiers se dégrader dans des phénomènes lents de disqualification générés par des mécanismes complexes d’exclusion socio-spatiale des populations. Dans ce contexte, la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU, 2000) incite à la mixité urbaine, vue comme un rempart à la ségrégation. Ce principe s’inscrit dans la continuité de la tradition hygiéniste française issue du dix-neuvième siècle, avec l’éradication des logements insalubres. 

 

Dans les quartiers anciens, il s’avère pourtant difficile de réinventer la ville sur la ville, c’est à dire de s’appuyer sur son héritage historique, pour envisager une ville durable du point de vue social. Si les techniques de restauration immobilière sont la plupart du temps bien maîtrisées, les outils pour innover dans la dimension sociale restent en effet à inventer. La création de logements à loyer modéré suit souvent une méthode éculée : restructuration de friches, assainissement et restauration des îlots d’habitat indigne, avec appel à des sociétés d’économie mixte donnant la gérance des immeubles à des bailleurs sociaux. Comment ces méthodes seraient-elles capables de tenir des objectifs de mixité sociale si des politiques publiques en matière d’éducation, d’emploi, de vie civique, de culture ne sont pas engagées ?

 

Passer de l’espace au temps

 

Toute tentative de modifier l’espace nous paraît  vaine si elle ne s’accompagne pas d’une forme d’aménagement du temps à vocation sociale. La ville est souvent considérée comme un espace privilégié dans l’accumulation et la production de capital. Élargir cette notion au capital temporel permettrait, au lieu de focaliser uniquement sur la requalification des formes spatiales, de commencer à manipuler des formes temporelles.

 

Qu’est-ce qu’une forme temporelle ? Il s’agit pour nous d’un événement ou d’un ensemble d’événements qui se déploient dans le temps selon un ordre interne propre. Une forme temporelle se présente comme une séquence de temps identifiable par ses contours, son éventuelle répétition, sans que cette détermination suffise entièrement à la qualifier. Une forme temporelle est un objet à la fois perçu et conçu. En ce sens, il ne faut pas différencier le temps de sa réalisation du mouvement de sa perception, car c’est la conscience de l’événement qui fait l’événement. 

 

Appliqué à l’urbanisme, une forme temporelle devient une succession d’événements, d’usages, d’histoires, contenus dans une structure spécifique. En voici deux exemples : la manufacture du dix-neuvième siècle, jadis usine, aujourd'hui icône urbaine aux multiples devenirs et usages, objet de fantasme ; les grands ensembles des années soixante, successivement vus comme des lieux d'espoir puis comme des sites propices à la ghettoïsation.

 

Les programmes de rénovation dans les quartiers dégradés devraient être les lieux d’une expérimentation relative à l’aménagement du temps. Dans les quartiers anciens, la répartition diffuse de l’habitat insalubre et sa complexité sur les plans urbains, constructifs, sociaux, laissent peu de marges de manœuvre. Dans les périphéries, il fallait agir et les programmes PNRU ont eu l’immense mérite de commencer à requalifier le bâti dégradé, qu’il s’agisse de barres HLM ou d’immeubles faubouriens. Mais cela reste insuffisant. Nous proposons d’aller plus loin en travaillant sur les formes temporelles de ces quartiers dans le cadre d’une stratégie de court et de long terme. Cette stratégie doit donner les moyens du changement, répartir dans le temps les investissements et stimuler les initiatives privées ou associatives.

 

Quels outils ? Le temps court et le temps long

 

Nous proposons d’élaborer une série d’outils permettant de concevoir les projets de rénovation dans le temps. En voici deux exemples :

 

Le temps court doit être saisi pour mettre en place des outils très réactifs et immédiatement perceptibles tels que l’architecture ou l’urbanisme provisoires, au service d’actions très localisées. Ainsi, nous avons réalisé en 2007 dans la cité Balzac à Vitry-sur-Seine (94) un centre social et un espace projets provisoires, dans le cadre d’une opération ANRU. Le succès de ce petit équipement, outre le bon accueil de son aspect proprement architectural, vient de son insertion dans l’enchainement temporel complexe d’une opération de renouvellement. On peut dire qu’il est devenu une forme temporelle à lui seul dans la mesure où il incarnait l’opération urbaine dans une acception positive, voire ludique. Quoique amené à être démonté prochainement, il est appelé à se perpétuer dans le centre social définitif ; les initiatives qui y ont été prises, les nouvelles activités pour les jeunes qui y ont été inventées, la nature des relations sociales placées sous une certaine forme d’identité urbaine peuvent maintenant continuer sous une autre forme. 

 

Vitry fact

 Crédit photographiqe "un souffle sur la ville"

 

De tels programmes courts, capables d’incarner le temps du changement et de transformer une période de perturbation en une période créative, sont à combiner avec une véritable invention programmatique : pépinières d’entreprises, jardins, crèches peuvent ainsi trouver leur place dans un milieu urbain dense, et porter pour un temps transitoire leur identité.

 

Le temps long doit aussi faire l’objet d’une gestion spécifique. Les centres anciens sont dotés de commissions locales de suivi lorsqu’ils sont protégés pour leur caractère patrimonial. L’esprit de cette mesure est de mettre en place sur un territoire donné un organe de gestion et de rencontre des acteurs civils et professionnels. En reprenant ce modèle, il serait important que les opérations de renouvellement soient prolongées par une commission locale dotée d’un budget propre pour prolonger cette action dans le temps. Cette démarche serait fondée sur cinq principes : le travail en équipe pluridisciplinaire, la cohérence de l'information diffusée à tous, l’interrogation permanente des besoins des habitants au moyen d’indicateurs et d’enquêtes, la capacité à agir sur les règles d’urbanisme et le recours à des modes de gestion de proximité.  Le temps long serait donc celui d’une gestion concertée qui permettrait de combiner aux chantiers à visées spatiales des actions sociales, notamment dans le domaine de l’emploi, de l’éducation, de la communication intergénérationnelle et interculturelle.

 

 En conclusion, il nous semble que distinguer dans la ville les formes temporelles qui la composent permet leur agencement, à la manière de la composition des masses construites dans l’espace. On peut imaginer un nouvel art de la composition, mettant en jeu des formes temporelles qui entrent en résonnance entre elles. Il nous faut acquérir la faculté de travailler simultanément sur plusieurs échelles de temps : le temps long de la gestion, le temps médian des projets de rénovation et enfin le temps court, essentiel et souvent négligé, pour accompagner à toutes les étapes la transformation sociale et urbaine.

 
Jean-Philippe Doré et Jean Richer

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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 21:00

 

L'aménagement

 

01- Tirer les leçons de la métropolisation et de son développement polycentrique, formant un réseau de noyaux denses et de surfaces étales.

 

02- Penser la métropole vertueuse post Kyoto avec des solutions de continuité dans la ville archipel.

 

03- Arbitrer la concurrence métropolitaine imposée par l’économie mondialisée pour favoriser les territoires de vie. 

 

04- Prendre en compte les évolutions de la mondialisation et positionner l’architecture comme frontière formelle de l’espace des flux.

 

05- Comprendre la forme urbaine née de la ville diffuse, entre ville dense et périphérie, empruntant à ces deux modèles pour en créer un nouveau. 

 

06- Valoriser les centres-anciens pour leur signification collective et l’espace public comme lieu d’apparition. 

 

07- Garder vivant le patrimoine et refuser de le transformer en objet de spectacle ou de consommation. 

 

 

La mobilité

 

08- Comprendre le rôle majeur de la mobilité qui recompose des territoires-réseaux.

 

09- Faire de l’accessibilité une entrée majeure, non seulement en terme d'ergonomie mais de droit générique au déplacement.

 

10- Prendre la mobilité comme le fait de changer de position dans un espace réel ou virtuel qui peut être physique, social et affectif. 

 

11- Développer une flexibilité et une mutabilité des lieux de mobilité pour répondre à l'évolution incessante des pratiques urbaines. 

 

12- Voir dans la continuité urbaine un enchaînement de significations s’organisant autour de la problématique de la mobilité.

 

13- Intégrer à la chaîne de mobilité intermodale des activités traditionnellement ségréguées dans le temps et dans l'espace.

 

 

Habiter le temps

 

14- Tenir compte de la diminution de l'uniformité professionnelle et de l'individualisation des comportements.

 

15- Prendre en compte le changement par des réponses réactives tout en réfléchissant sur les tendances lourdes capables de structurer durablement nos contextes d’intervention. 

 

16- Gérer l'accélération des cycles de consommation par une approche raisonnée en matière de production et de gestion de l’énergie.

 

17- Tenir compte du capital “temps” dans les schémas d'orientation, plans directeurs et documents de planification.

 

18- Développer des politiques temporelles transversales pour que le développement durable prime sur les aménagements physiques. 

 

19- Susciter l’hypergestion, c'est à dire de la gestion "à plusieurs têtes", des espaces contemporains. 

 

20- favoriser la nouvelle génération de services dits intégrés articulant des services, des lieux et des biens. 

 

 

Le projet comme processus

 

21- Estomper la distinction entre le penser et le faire au profit d'une approche pragmatique de la ville où le projet devient un espace de dialogue et à une fabrique d'actions. 

 

22- Développer l'ingénierie intégrée pour prendre en compte dès l'origine l'ensemble du cycle de vie de nos aménagements. 

 

23- Jongler avec les différentes temporalités  d'un projet en adoptant des actions qui tiennent compte du temps de la concertation, des études, des travaux et de l'appropriation. 

 

24- Saisir le temps court des projets pour mettre en place des outils immédiatement perceptibles par l’architecture ou l’urbanisme provisoires.

 

25- Stimuler la constitution d’équipes pluridisciplinaires qui regroupent praticiens, chercheurs et gestionnaires pour une approche globale. 

 

26- Développer une recherche urbaine où analyse et théorisation fonctionnent simultanément pour élaborer des outils stratégiques servant l’activité opérationnelle.

 

27- Développer la prospective territoriale sur le modèle opérationnel du visioning englobant concertation, représentation et évaluation. 

 

 

 


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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 20:56

duMs 2 couloirs tour moulins liot fontenayduMs 2 couloirs arche de la defense

 

2 couloirs, l'un dans une tour HLM d'un "quartier", l'autre dans la grande Arche de la Défense, paroie sud, au Ministère du Développement durable.


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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 08:40

A city is more than a place in space, it is a drama in time, Patrick Geddes

 

En apparence, ce qui relie les formes urbaines procède de l'accumulation, de la contingence en un même lieu. L'histoire peu à peu les aurait déposées et offrirait aujourd'hui à nos yeux l'héritage des formes matérielles se référant à des ordres passés. Cela ne constituerait pas une ville mais un musée.

 

La permanence des éléments anciens n'appelle pas au passé. Elle se dé-clôt dans l'instant. Nous percevons au présent les éléments de la ville, chargés de ce qu'ils furent : ils appellent à la mémoire des sens plus qu'à l'analyse historique. Leur présence n'a aucune signification intrinsèque et invariable, leur valeur est de position et toujours relative. Les architectures du passé, proches ou lointaines, de modalité historique et sociale individuelle, coexistent dans la connivence, même si la plupart d'entre elles tiennent plus du signifiant éthéré que de l'insularité acharnée. Ainsi la ville procède à une réactualisation permanente.

Toutes les formes urbaines, du tracé au construit, s'inscrivent dans la durée, plus exactement dans des durées singulières. Visitées à chaque instant, certaines sont éphémères, d'autres restent au monde dans la continuité d'une forme sûre, parfois varient par une multitude d'adaptations progressives, d'autres encore n'étant capables que de mutations brutales, disparaissent subitement pour mieux réapparaître, libres de toute contingence. Ces « morphologies temporelles » divergentes, entretiennent des relations constantes où interviennent des phénomènes de diffusion, réajustement, contamination, pollution, ...

Le mouvement pourrait être considéré comme une simple translation, un changement quantitatif dans le temps. La mobilisation de la durée serait alors réduite à l'évolution insulaire de chaque chose. Mais chaque changement de n'importe quelle existence implique par le simple jeu des interactions, une modification qualitative de l'ensemble. La vibration s'étend, rayonne, contamine. Les systèmes perdent alors leur contour pour se réunir dans la durée commune.

 

Apparaît une des notions fondamentales de la durée : l'ouverture. S'appliquant aux objets, elle les force à s'ouvrir puisqu'elle ne cesse de préfigurer leur changement. Non seulement la durée consolide la variation incessante en un tout qui subsiste, mais son caractère dynamique ne cesse d'appeler à de nouvelles variations. On pourrait dire qu'elle valide ce qui vient d'être et prépare le changement de ce qui s'apprête à être. Voir l'ouverture consiste à se placer dans une situation constante de veille, de prévoir la possibilité du changement sans en connaître déjà la teneur. L'instant est perçu alors comme une situation de sursis. Le mouvement apparaît à l'appel d'une potentialité et se propose sans cesse de combler une situation en déséquilibre, tendue vers ses possibles. Oublier le rôle de la durée revient à se priver de la richesse née de la coexistence de temporalités divergentes ainsi que de la capacité d'ouverture naturelle qu'elle propose.

 

Par sa capacité d'ouverture la durée amène une architecture flexible, élastique, ayant le potentiel de ses multiples devenirs. Loin de l'inertie, de l'intemporel, elle appelle le changement.

 

La possibilité d'ouverture doit flotter dans une architecture sans jamais l'achever ou la resserrer. L'ouverture n'est pas une fonction d'attente statique d'un futur préfiguré mais bien au contraire une générosité d'accueil. La durée impliquée dans le réel doit se lire comme une dimension nouvelle, active sans être autoritaire, comme l'ouverture imprévisible aux possibles.


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