Temps

Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 21:27

DUMS GRANDPARC 15 

 

Le Grand parc du Puy du fou propose aux visiteurs une expérience temporelle. Mais le voyage dans l’histoire promu par ce parc à thèmes se transforme bien vite en une exploitation univoque du présent.

 

Ce parc à thèmes raconte beaucoup sur la vie contemporaine et son support matériel qu'est la ville. La question n'est pas de savoir si les visiteurs vivent la fiction des lieux qu'ils traversent. Elle est bien plus de comprendre pourquoi on a voulu simuler ici la ville traditionnelle.

 

Les répliques de villages ne sont pas des formes du passé même si la qualité des constructions laisse penser à un simulacre bien fait. Ce dispositif n’est pas sans entrer en résonnance avec le mouvement du New Urbanism.

 

Simulacre et narration

 

L'actualité du parc se vit dans l'instant dont le plan guide est le métronome. Ce dépliant est distribué dès l’entrée du parc. Il associe des horaires, des lieux et des évènements. Si vous scrutez bien celui-ci, ce que tous les visiteurs font, vous comprendrez bien vite que chaque scénette historique est couplée avec un spectacle en plein air. Il faut comprendre par là que l'architecture n'est que le prétexte d'une narration à la charge d'un spectacle.

Dans les années 1950, Walt Disney invente une discipline architecturale promise à un grand succès : l’imagineering. Pour produire une forte expérience chez le visiteur devenu spectateur, l’architecture et la technique sont inféodées à l’imagination de l’effet dont l’unique but est de provoquer du spectaculaire dans la perception des lieux. Cela renvoie aussi la récente exposition Dreamland du centre Georges Pompidou et à une certaine manière de produire la ville aujourd’hui.

 

Quant le spectaculaire remplace l’expérience

 

Dans le Grand parc, on a postulé l'hypothèse du temps univoque. D'une certaine manière on y peaufine un modèle de ville où l'architecture serait un décor urbain support d’un récit marketé. L’exposition du passé n'est ici qu'un prétexte, le plus grand commun dénominateur pour un projet résolument politique où le spectacle remplace l'expérience.

 

Cela montre bien que le temps est un capital. Si la ville est un espace privilégié dans l'accumulation et la reproduction du capital, il faut s'intéresser au capital temporel. Il faut aussi observer qu’on a su spéculer ici sur le capital temporel. Mais tout se passe aussi comme si le lieu du temps partagé nécessitait aujourd’hui la création d’une illusion. La question qui se pose à nous dans le Grand parc est celle de la pluralité. Cet endroit élimine la proximité de l’inconnu dont parlait Emmanuel LEVINAS.

 

Ensuite, alors que le développement durable prône l’économie des ressources, il nous faut d’interroger notre mode de consommation du temps. Pour économiser du temps, pour aller plus vite notamment, nous consommons les autres ressources naturelles jusqu’à leur épuisement. Raisonner nos modes de consommation passe donc par une meilleure gestion du temps.

 

Le Grand parc renvoie aussi à l’attachement affectif qui nous relie au patrimoine, c'est-à-dire aux édifices issus d’un monde révolu. Leur intérêt réside moins dans leur qualité intrinsèque que dans leur déploiement dans la durée. Je crois lire dans cette sacralisation obscure une tentative d’épouser le temps et d’y trouver refuge dans un monde trop fluctuant.

 

Renversement de paradigme

 

Enfin, la considération de l’espace ne suffit plus en matière d’aménagement. Nous avons étalé nos villes jusqu'à ce qu’elles fassent corps avec le territoire. Nous avons ensuite conquis la hauteur en densifiant l'espace. Le débat récent sur les tours à Paris en est un épisode. Désormais c’est bien dans l’organisation de la mise à disposition de l’espace dans le temps que se joue la partie. Nous partons donc du constat que toute tentative de modifier l’espace est vaine si elle ne s’accompagne pas d’une forme d’aménagement du temps.

 

Il ne s’agit pas ici d’opposer naïvement l’espace et le temps car selon Epicure, le temps est la forme de la matière en mouvement. Mais nous sommes passé de l’espace comme support matériel du temps partagé au temps comme support de l’espace partagé. C’est un passage très important même si cela a un caractère univoque dont cet exemple précis.

 

La grande question, celle qui devrait dominer les débats des aménageurs d’aujourd’hui, est bien de savoir si l’espace public, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, peut encore accueillir l’expérience individuelle tout en conservant son caractère collectif et pluriel. C’est pourtant à cette condition que nous pourrons voir se déployer les temps urbains, librement choisis par tous.

 

Pour le temps des villes, débat animé par François Chaslin, 11 octobre 2010 à 19H00, petite salle du centre Georges Pompidou, dans le cadre du cycle culture urbaine à la BPI

Extrait de l’intervention de J. Richer


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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 22:25

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Fontenay-le-Comte, ville de 15.000 habitants comme il en existe beaucoup en France. En présentant deux prises de vue à presque un siècle d'intervalle, on observe aisément les transformations urbaines. On voit sur ces images une dent creuse qui s’est bâtie, un canal devenu une rue. Certaines formes temporelles demeurent tel le marché tandis que d’autres, les femmes venant laver leur linge à la rivière par exemple, ont disparu. Ce constat permet de nous intéresser au temps partagé et à l’espace public existentiel comme ensemble de formes et d’images réflexives qui se répondent. Les temps urbains, ceux de l’appropriation d’une ville 24h/24, trouvent comme support cet espace existentiel pour chacun d’entre nous.

 

La société en réseau

La fin du XXe siècle a vu l'avènement de l'ère de l'information qui a mis la société en réseaux comme l’a très bien expliqué le sociologue Manuel CASTELLS. Cette modification notoire de la société s'est surtout caractérisée par une économie mondialisée extrêmement fluide et d'autre part par la constitution d'aires métropolitaines polycentriques en réponse à ces nouveaux processus d'accumulation flexible. Pour ce qui nous occupe aujourd'hui, cela veut dire un passage : l'espace était jusqu'alors le support matériel des pratiques sociales du temps partagé, or, la dé-standardisation de l'économie a projeté les relations sociales dans les flux des échanges et interactions entre des positions géographiques discontinues. De fait, le temps devient pluriel et la rencontre dans l’espace commun problématique.

 

Domination de l’espace des flux

Notre début de XXIe siècle voit la domination de l'espace des flux sur l'espace des lieux. Cela veut dire que dorénavant les lieux sont à considérer dans l'inclusion et l'exclusion à cette nouvelle spatialité. Notre idée est donc que dans tous les domaines de la vie sociale, et en urbanisme aussi, la question du temps domine dorénavant celle de l'espace.

Prenons l’exemple de la rivière. Canalisée pour luter contre la brutalité de ses crues, elle a perdu sa fonction de lavoir. Louons l’invention de la machine à laver comme évolution technique mais remarquons aussi la disparition d’un lieu de rencontre, celui du lavoir, que rien n’a remplacé. Ce mouvement vers l’individualisation des comportements a commencé durant le XXe siècle et s’est accentué avec l’espace des flux. Ce qu’on se racontait au lavoir se dit peut-être maintenant sur Facebook. Cela pose en tout cas la question de la nature du lieu.

 

Perte de centralité 

On peut lire dans ces images la perte de la centralité. Pris dans les phénomènes d’inclusion et d’exclusion, la centralité traditionnelle, celle du centre-ville et de la ville-centre, s’est évanouie lors du passage à une économie postindustrielle. A côté des métropoles qui sont incluses de fait dans l’espace des flux, il faudrait aussi dresser l’histoire des recalés de la modernité tardive.

Si on observe l’évolution d’une rue en un siècle, on entrevoit le délaissement des inscriptions dans l’espace public qui marque l’abandon de la réflexibilité des images et donc de la valorisation de l’espace public.

 

Faillite de l’espace public comme support du temps partagé

Néanmoins, on peut dire que l’espace des flux s’exprime ici lisiblement. L’espace public n’y supporte plus autant les représentations sociales qui lui préfèrent dorénavant les médias et les réseaux immatériels pour exprimer les figures de la domination. A bien regarder ces images, fragments d’une plus grande série, on lit un certain délaissement de l’espace commun au profit d’un temps pluriel.

Pour qu’il y ait des temps urbains, il faut bien un réceptacle. Ce réceptacle, c’est la ville et son espace d’apparition qu’est l’espace public. Le sociologue Richard SENNETT a très bien parlé de ces transformations et de cette perte de sens.

 

Pour le temps des villes, débat animé par François Chaslin, 11 octobre 2010 à 19H00, petite salle du centre Georges Pompidou, dans le cadre du cycle culture urbaine à la BPI

Extrait de l’intervention de J. Richer

 


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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 22:22

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