Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:46

























L’estacade d’Ostende s’élance droite dans la mer du Nord. Dans cette ville bizarre et surannée, on ne sait plus quel rôle donné à ce ponton : promenade estivale pour familles bruxelloises ou rade pour ferry et bateaux de pêche revenant du large ? Il faut connaître Ostende, ses villas décaties,  sa longue promenade couverte pour protéger les peaux pâles du siècles dernier, son port marchand, ses bars à dames et ses nuits chaudes pour comprendre l’effervescence et la solitude de cette ville.

 

L’estacade en témoigne à sa manière. Elle est une longue digue supportée à quelques mètres de hauteur par de rudes poteaux de bois. Elle aboutit après une sorte de pont-levis à une plate-forme servant de tour de contrôle et de lieu de pèche à des retraités hardis. Sentinelle, elle surveille l’arrivée des bateaux. Belvédère, les promeneurs viennent y observer la ligne tendue de l’horizon. L’ivresse ressentie lorsque l’on marche sur cette passerelle est-elle due à son élévation ou à cette mer faussement calme qui vient lécher ses piliers ?

 

L’estacade participe directement au paysage. La marche pratiquée sur la centaine de mètres permet de mesurer l’immensité de l’étendue aquatique. Arrivé au bout du ponton, là où la marche finie, le paysage commence. C’est à cette mutation intérieure que préparait  l’ivresse de marcher sur les eaux.

 

Jean RICHER (2002)


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:43

 
























 

Passant les Alpes par le col du mont Cenis, on croise cette étrange forteresse. Un panneau d’information explique qu’elle fut édifiée par l’armée française pour protéger la passe rocheuse d’une incursion italienne. Aujourd’hui cette sentinelle désœuvrée n’est plus que le témoin de tensions européennes anachroniques.

 

 L’édifice militaire marque une frontière, ancien arrangement des hommes, que les monts et les vallées ne connaissent pas.  Au pourtour du royaume, il devait y avoir des centaines de passes avantageuses à l’avancement de l’ennemi et à chaque fois une de ces forteresses. Celle-ci aura-t-elle connue des combats ? Sera-t-elle passée de main en main ? Fut-elle obsolète au jeu des traités diplomatiques ? Une seule chose est sure : la garnison devait s’y ennuyer ferme par temps de paix.

 

 Cette forteresse appartient à son paysage. Elle s’y fond par l’emploi de la pierre équarrie posée sur le rocher brut. Son profil est volontairement râblé. Elle  tient à sa fonction militaire : position, angle de tir et de défense. Mais elle appartient aussi à un réseau géographique national nettement plus vaste duquel elle tire son sens et sa fonction.

 

 Paysage et pays sont ici également vrais.

 

 Jean RICHER (2001)


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:43

L’architecture s’est fait une place dans la société de l’obsolescence, dans le maelström d’image global. Au même titre que les publicitaires, les cinéastes, les photographes et autres créateurs d’image, elle contribue à définir l’immédiateté, le visage fascinant et changeant de la mode. En tant qu’image parmi les images, l’architecture a acquis une visibilité sociale : on ne s’étonne plus de la trouver dans des revues non spécialisés, dans des émissions de société. Mais cette reconnaissance relative a un prix, celui justement de ne pouvoir exister qu’en tant qu’image, à tel point que les architectes eux-mêmes n’ont de cesse de transformer leur œuvre, construite ou non, en un artefact visuel. Cette prédominance de l’image occulte presque totalement l’acte réel de l’architecture, c’est à dire la construction.

 

Je suis chez moi, en train d’essayer d’écrire cet article, je regarde autour de moi, que vois-je ? Des enseignes, en bas, par la fenêtre, que je ne peux pas voir, puisque je les lis, puisque je prends instantanément contact avec leur message, leur intention à mon égard (achète ceci, va voir cela, etc.). Des photographies, que je ne peux appréhender en tant que telles, puisqu'elles me renvoient immédiatement aux personnes que je connais. Des objets, qui ne sont pas des simples choses, puisque je les prends pour moi, c'est à dire que je transforme automatiquement en intentionnalité, en potentialité, en projet (manger ça, porter ça au pressing, ranger ça, lire ceci, etc).

 

Et dehors, à l'échelle de la société, tout est pareil. Nous vivons bombardés de messages, d'intentionnalités cristallisée dans nos objets "réels", nous vivons dans un cocon d'intentions, de renvois, de reflets que nous appelons "réalité", et que le philosophe Cornélius Castoriadis nommait "imaginaire social" ou "institution imaginaire". Nous faisons tous commerce, nous appréhendons tous le monde par l'imaginaire. Nous avons cette faculté incroyable, et ceci depuis que la conscience existe sans doute, de voir dans un objet physique autre chose que lui-même, d'y voir un sens, une potentialité, une intentionnalité. En un mot, nous avons l'imaginaire, la métaphore comme outil puissant pour comprendre et nous servir du monde. Et sans doute, nous avons, chevillé à l'âme, le secret espoir que le monde existe pour nous, qu'il nous veuille du bien, et surtout qu'il aie un sens.

 

Aujourd'hui, il y a cet absurde débat entre "virtuel" et réel". Evidemment, le virtuel serait "inquiétant", et le réel constituerait une "valeur" humaine inaliénable. C'est tout à fait hypocrite. Le réel en tant qu"être" ou "essence", il y a bien longtemps que nous l'avons lâché pour le langage, la métaphore, l'image. Le virtuel - que je préfère appeler l'imaginaire - nous y sommes depuis toujours. Nous y habitons. Les tympans des églises médiévales sont virtuelles, elles racontent une histoire. Le Parthénon est virtuel, il représente les Dieux. Le virtuel, dit Michel Serres, est la chair même de l'homme. La chair même de sa production, aussi.

 

Non, le véritable Autre Monde, tout à fait inconnu et inquiétant, c'est le monde des choses "en notre absence" comme dit Baudrillard. C'est à dire les choses épuisées de toute intentionnalité à notre égard. L'être brut, la face cachée du réel, que nous ne pouvons pas vraiment voir, car il faudrait une vision inhumaine, divine, pour y arriver. Les choses silencieuses, l'être silencieux, qui ne nous veulent rien, qui ne nous disent rien, qui existent parfaitement sans nous.

 

Et le chantier est le lieu de la confrontation avec le monde des choses. Il y a la construction, qui est indéniable, contingente, épreuve du feu de l'objet mental – le projet- qui devient réel. Qui entre dans la sphère du réel, qui naît dans la lumière du réel. Heidegger, dans son essai « La question de la technique » parle de "dévoilement". Ce qui n'était pas, est, surgit. Dans le cas de l'architecture, l'objet ainsi dévoilé provoque toujours un peu de stupeur. Il est à la fois l'objet que l'on a longuement imaginé, prémédité, décrit, prévu dans ses moindres détails, circonscrit; et un objet totalement différent, étranger puisque expulsé de notre sphère mentale intime. En définitive, l'objet qui est dans la lumière du réel, nous surprend, et nous échappe. Il part rejoindre les choses. De quasi sujet, il devient objet parmi les objets, inerte, surprenant, autre.

 

Ce qui fait du chantier un lieu à part, c’est qu’on peut y observer « l’autre côté » de notre monde social. Une face cachée du réel où les objets ne sont plus intentionnels, où cesse le continuum rassurant de messages, de signes, d’illusions et de chimères qui constitue notre environnement quotidien. On y a l’impression d’être dans les coulisses de l’imaginaire social, en train de mettre en place un décor et ses machineries, qui brusquement deviendraient un monde à part et mystérieux. On ressent, face à la tectonique majestueuse du moindre ouvrage de béton, la minceur de la pellicule d’imaginaire social qui nous sépare de l’être brut et sauvage, de l’être seul des choses.

 

L’expérience de la construction montre en quoi l'architecture est instable et fascinante. Elle est posée sur la ligne de crête entre l'imaginaire « parlant », l'intentionnalité que nous lui avons injecté ;et le monde silencieux des choses dans lequel elle peut s'engloutir à tout instant, pour redevenir une énigme.

 

Jean-Philippe DORE (2002) 


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:42

Nous vivons dans une société post-utopique, revenue des grandes idéologies du vingtième siècle et du culte du « progrès ». Bizarrement, la société ne rêve plus : la religion est en perte de vitesse, la politique ne porte plus une vision, et même la science fiction des années 2000 (pourtant objet de tant de fantasmes) est devenue banale. Le dernier espace où s’exprime les désirs de la société, c’est paradoxalement le monde de la publicité et du marketing, où resurgissent les fantasmes (la nature, la liberté, le sauvage, etc).

 

Nous sommes d’avis que la pensée rationnelle, la pensée de la séparation en compartiments étanches, a vécu. Nous pensons qu’il est temps de porter sur le monde un regard équitable et naïf, de prendre le monde comme une globalité émouvante et non comme un ensemble de problèmes séparés et rationalisables.

 

Notre premier et principal sujet de recherche, d’expérimentation, d’étonnement, est l’environnement. Ce terme déjà assez galvaudé recouvre pour nous une réalité complexe. On pourrait dire : le territoire, ou encore : l’ensemble des choses visibles. Mais pour nous, l’environnement est d’abord un projet : un ensemble de visions, de « rêves » sociaux, un monde alternatif, une fiction.

 

Nous définissons l’« environnement Amnios » comme le lieu du bien-être, un « playground » sans frontière, un milieu nutritif et rassurant, une sorte de placenta, de liquide amniotique social. Un nouvel EDEN trendy qui serait innervé d’une technologie souple, obéissante, invisible. Cet environnement, nous le nommons le Grand Jardin.

 

Le Grand Jardin, une sorte de nouvel Eden rêvé par l’homme à sa mesure, est vaste (on pourrait l’imaginer de la taille de l’Europe) mais n’a pas la froideur d’un extérieur. Il se rapproche plus d’un salon géant, d’un jardin intime, d’un lieu de confort, d’osmose avec l’environnement physique et virtuel.

 

Jean-Philippe DORE (2002)


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:42

Une ville étroite et stupéfiante. Assez ennuyeuse dans l'ensemble. Intérieurs hollandais toujours impeccables entr'aperçus derrière ces grandes fenêtres sans rideaux qui donne sur les rues. Moiteur des canaux qui fait remonter sur les façades un peu de cette fluidité aqueuse propre à l'Europe du Nord-Ouest et qui transforme insensiblement les rues en de long travellings monotones au rythme du courant. Absence remarquable de la nuisance du trafic automobile (bien que ce facteur de bordel pourrait apporter le désordre nécessaire à qui voudrait respirer l'air d'une métropole). Voici pour l'ambiance. Mais l'événement était certainement dans la préparation de Noël et plus précisément dans le Shopping effréné qui l'accompagnait. Une ville anachronique à l'excès, décréter romantique et par là vouée au tourisme (je considère le quartier rouge et ses vitrines à "dames" comme l'élément polisson maître de ce jeu romantique qui consiste à s'empourprer en faisant semblant d'y toucher). Donc à Amsterdam il y a les dames et des rues commerçantes noires d'une foule de badauds très actifs.

 

Je regardais cette foule dense, chargée de sacs multicolores. Une frondaison d'enseignes électriques pour guide et le mouvement lent, quasi processionnel de chacun qui rappelait irrésistiblement le courant des canaux voisins. Dans cette ville comme gelé par le temps dans un dix-septième siècle fané je me retrouvais en proie à un conflit intérieur : le refus de voir cette société du shopping décrite par Koolas dans Mutations, la vivacité et l'excitation du moment présent, la contradiction entre usage et aspect d'une ville musée. Je décidais alors de donner raison à Koolas et me laissais absorber par ce formidable spectacle. Plus de sentiment patrimonial, exit les images fugaces entrevues au rijk museum de scènes populaires et pittoresques. Reste une sorte de parc d'attraction. Ou peut être non, bien plus subtilement, un décor que l'on sait vrai, historique même, mais un usage bien plus présent, totalement déconnecté de la précédente réalité. Une histoire sans poids, rester là par inadvertance.

En quelques décennies nos activités ont changer si rapidement sans l'accommodation de la tabula rasa, laissant loin à la traîne le cadre bâti, qu'il s'est opéré une disjonction formidable contredisant totalement l'injonction des modernes "form follows fonction". A Amsterdam mieux encore qu'à Venise cela se ressent. Le fait que ce soit la capitale d'un pays riche atteste de l'ampleur du phénomène ; et étrangement je trouve cette révélation très positive. Voir au moment si particulier de Noël ce délire consumériste dans le décor de ces étroites maisons à pignons fut comme une libération : la possibilité de voir la ville européenne telle qu'elle est : décadente, nerveuse et excitante.

 

Je ne crois plus au contexte. Je ne suis plus sur de croire encore au structuralisme. Le fonctionnalisme est mort. Alors quelle architecture pour aujourd'hui ? Est-ce que les théories ont encore cours ? Ne sommes nous pas las d'elles ? Oui et dans notre nouvelle liberté s'impose un nomadisme de la pensée, une attitude flottante. Et même si le prix à payer est un certain sentiment d'exil, de bannissement hors des certitudes, nous apprenons que tout est légitime et qu'Amsterdam n'est qu'un rêve, une image septentrionale de l'archétype urbain actuel : n’importe quoi si seules se maintiennent les règles usuelles de l'éloquence, d'un minimum de politesse, et de la séduction.

 

Après plusieurs décennies de recherche sur la capitalisation des expériences la science cognitive a retourné le problème : et si le phénomène de la mémoire était celui de l’oubli ? comme si nous enregistrions absolument tout et qu’instantanément ou avec quelque minute de retard nous décidions de ce qu’il n’est pas important de retenir. Une mémoire en négatif en quelque sorte. Et si l’architecture actuelle était de la sorte.

 

Jean RICHER (2001)


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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:41

la Tourette, bâtiment somme, dialogue avec le paysage. Ligne d'acrotère, horizontale rejoignant exactement le sommet de la colline, sous laquelle l'architecture s'organise. La construction ne s'intègre pas au paysage, elle s'y enracine dans une élégante contradiction qui la soulève de terre, la juche sur des pilotis et amène, de l'intérieur, le regard des moines à travers l'ondulation harmonique des façades-résilles à contempler les terroir lyonnais. Ici pas d'invention banale du paysage mais bien plus la construction d'une réciprocité entre intérieur et extérieur du bâtiment. Réciprocité dynamique sans cesse réinventée au grè des déplacement dans et hors du couvent par le visiteur et combien plus par un moine pratiquant une promenade architecturale chère à Le Corbusier dans un recueillement impossible aujourd'hui. Cette perception dynamique nous amène au récit car ici l'image laisse place au récit.

 

Voici qui nous amène au Moyen Age. Le Corbusier a fait une partie du chemin en admirant Sénanque et le Thoronet. Mais je m'attache ici à l'expérience perceptive de l'homme médiéval : Dans son environnement tout est affaire de récit et non d'image. Son corps est un récit, son cheminement l'est aussi comme le démontre son intérêt pour la généalogie et sa culture du voyage.

 

Les langues médiévales ne possédaient pas de mot permettant d'exprimer notre idée d'espace. Seul l'héritage du mot latin "locus" permettait de désigner l'endroit où se trouvait un objet en particulier. Ce lieu se formait à partir de rien, par un acte de foi en la réalité objective, incarné par des repères topographiques remarquables. Pas de paysage, pas d'espace mais des successions de marche comme autant de point singulier. Comme l'homme franchissait l'espace au prix du temps, la lenteur était une vertu développant entre autre une culture du passage patronnée par Saint Christophe (une vieille connaissance pour nous, pas toujours très recommandable mais que veux-tu). Le voyage contemporain, lui, tend à limiter le temps. Du même coup s'efface l'objet et reste le trajet pur et des images stomboscopiques. L'invention du paysage se fait par construction du regard et nous n'avons plus aujourd'hui que des paysages. Avons nous encore des récits ?

 

A la fin du douzième siècle, des éléments comme des accidents de reliefs constituaient des points de repère dans certains récits oui tableau. Mais la beauté naturelle de la terre, le paysage, était alors ignorés. Le terme même de paysage n'apparaît dans la langue française qu'au milieu du seizième siècle. Paysage ne veut pas dire terroir, ni territoire. Si dans son assertion contemporaine il s'agit d'une invention du regard comment pouvons nous espérer que la nature en sache quelque chose ? Et comment l'homme médiéval qui ne sait pas encore qu'il est un individu pourrait faire confiance à son regard alors que tant d'éléments invisibles investissent le réel.

 

En écrivant ces mots, le paysage flamand défile au delà des hublots rectangulaires du TGV. L'horizon bas, une fine bande de terre amoindrie par l'imposant cordon de nuage au dessus de lui étincellante par dessus d'un soleil que nous ne pouvons voir. Cela ressemble tellement aux paysages des peintres hollandais du seizième siècle où les corps à la fois tenus et robustes des nuages ont autant d'existence que les clocher et les champs. C'est cette terre, ou presque, qui menait de Bruge à Lille nos marchands d'étoffe pour vivre aux rythmes des foires en convoitant cette étrange métallurgie et ces pelisses approvisionnés par la Hanse, ces draps teintés de rouge ou de bleu végétal ou cette laine si lumineuse des près salés anglais. Ce commerce se prolongeait jusqu'à Paris, Barcelone ou Florence. Mais des ports italiens les marchandises de ce nord industrieux partaient pour les royaumes francs d'Orient. Depuis le train, sous mes yeux passe cette route que je tente de déceler dans le paysage. Chemin maritime de Novgorod en passant par Hambourg et Londres, chemin continental, de Bruge à Gênes ou Venise puis à nouveau la mer vers Constantinople et Trébizonde au fond de la mer noire. Un continent, trois mers, un océan. Un récit.

 

Ce qui m'importe est le récit d'hier et d'aujourd'hui sans tenir compte de sa véracité absolue. Pourvu que je puisse en tirer une rente symbolique, pourvus que cela nourrisse mes rêves.

 

Jean RICHER (2001)


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