d/ Exploration de la durée

Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 01:00

La ville se conçoit plus dans l’espace que dans le temps. Cette dimension du temps est importante et doit être développée, à l’heure où la planification abstraite d’après-guerre a montré ses limites. S’il existe des échelles dans le temps comme dans l’espace, il doit exister aussi des formes temporelles qui peuvent devenir des formes urbaines innovantes.

 

Capital temps

On a parlé de « construire la ville sur la ville ». Il s'agit de faire avec la ville dont on a hérité, comme de vivre avec nos ressources limitées. Il y a un inventaire à faire des moyens à disposition: territoire, ressources, infrastructures de transports et d'énergie, formes bâties et naturelles, friches diverses. Il va falloir prendre en compte le capital temps de chaque objet au même titre que son empreinte écologique. Il ne s'agit pas de la seule capacité des objets à durer. Il s'agit davantage du potentiel de devenir. Il faut apprendre des formes existantes qui marchent. Le formidable devenir, dans toutes les villes d'Europe, des sites industriels du dix-neuvième siècle en est un bon exemple. Ces bâtiments génériques, pragmatiques pour leur époque quoique ayant un rapport avec l'histoire, ont eu un destin qui a dépassé les intentions de leurs concepteurs. Ainsi les gisements de capital-temps sont parmi nous, dans les parties de la ville que nous avions renoncé à sauver : à nous de voir les potentiels cachés.

 

Penser la réversibilité

Il faut apprendre à penser transformable. Urbanistes, architectes et maîtres d'ouvrages doivent contester les programmes types, oser déprogrammer, penser en terme de générosité d'espace et de chances de reconversions. La notion de réversibilité doit trouver sa place: imaginer des ouvrages qui changent de destination, qui se transforment. Les architectes et urbanistes pourraient devenir des acteurs écoutés pour diriger la transformation de leur œuvre. Il faut acquérir de nouveaux outils pour évaluer le capital temps dans la ville. On peut imaginer de le cartographier, ce qui donnerait une toute autre perception de l'urbanisme. A l'échelle de l'architecture, penser le capital temps équivaut à acquérir une nouvelle morale constructive. D'une part la pensée de la durée, d'autre part la pensée du devenir. A ce titre la relation ossature-enveloppe est particulièrement instructive. Penser la conception avec la problématique du temps signifie de penser la traversée du temps des bâtiments d'une part dans leur intégrité physique, d'autre part dans leur devenir fonctionnel.

 

ADN

L'exemple de la manufacture du dix-neuvième siècle nous apprend que les bâtiments génériques ont un meilleur devenir que les bâtiments très spécialisés, à la condition que leur identité soit suffisamment forte pour porter ces devenirs. L'intelligence du capital-temps, et par là celle d'une nouvelle écologie urbaine, ce pourrait être cette capacité à reconnaître dans la ville et dans l'histoire, puis à reproduire de manière créative dans des conceptions nouvelles, ce double caractère générique et identitaire. Pour prendre une métaphore biologique, les bâtiments génériques seraient en quelque sorte les cellules souches du développement dans le temps: des environnements nutritifs et flexibles, capables d'adaptation mais porteurs d'un ADN de départ suffisamment fort pour traverser les époques. Cette conception du capital temps rejoint également une logique économique: les ossatures, structures, infrastructures dont nous avons parlé constituant des investissements lourds qui s'amortissent sur plusieurs générations, quand l'enveloppe, miroir sensible et perpétuellement en évolution de son époque, peut rejoindre la famille des consommables raisonnés.

JPD

Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 07:45

Pola 0139

Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /Sep /2009 12:35



En rénovant notre maison nous avons découvert une cinquantaine de papiers peints différents, collés successivement dans les différentes pièces. Leur assemblage forme une sorte d'archéologie domestique des modes et goûts d'époques et de propriétaires.

Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 13:28

Gérer le présent et préparer l'avenir font partie de nos préoccupations quotidiennes. Poussant cette réflexion, certaines collectivités se sont engagées dans des politiques temporelles plus ambitieuses qui ont pris la forme de bureaux des temps et de prospective territoriale. L'importance grandissante du développement durable donne à ces initiatives une nouvelle pertinence.

Les bureaux des temps

Parallèlement à l'adoption des 35 heures, le rapport d'Edmond Hervé en 2001 intitulé « temps des villes » décrivait la nécessité de constituer un bureau des temps dans les villes de plus de 50.000 habitants afin d’harmoniser les horaires des services publics avec les nouveaux modes de vie. Ce rapport s'appuyait sur l'exemple des politiques temporelles italiennes très en avance dans les domaines de la concertation et de l'articulation entre travail et vie citadine. Ces politiques y avaient vu le jour dès 1985 sous l'impulsion du mouvement féministe pour se concrétiser par deux lois en 2000. L'adaptation de la société au travail des femmes s'est peu à peu étendue dans les grandes villes à l'adaptation des horaires des espaces publics puis à des expériences novatrices à Rome ou à Milan avec la création de « banques de temps » permettant d'échanger des services de solidarité.

En France, une quinzaine de bureaux des temps a été créée et sont regroupée au sein de l'association Tempo Territorial. L'agence des temps de Poitiers fut la première en 2001, constituée comme un observatoire, un lieu de conseil et de sensibilisation des « producteurs de temps » avec des résultats concrets comme un système de transport en commun « à fréquence », des accès modulés aux services publics, ou encore une organisation des modes de garde des enfants. Rennes, Paris et le Grand Lyon ont rapidement suivi. Toutes ces démarches s'appuient sur une vaste concertation entre élus, professionnels, associations, syndicats et usagers.

Les résultats de ces politiques ont surtout investi le champ social comme par exemple l'élargissement d'horaires pour des crèches, la création d'une nocturne dans les piscines ou des maisons des services publics accessibles lors d'une large plage horaire. Dans le domaine technique, le Grand Lyon montre l'exemple avec des réponses sensées tels que des plans de déplacement inter-entreprises ou la voirie à temps partagé. Cette dernière idée consiste à organiser l'usage d'un espace au fil de la journée ou de l'année : une rue peut être aménagée en site propre pour permettre aux bus d'échapper à la circulation dans le sens le plus opportun selon la période horaire. L'intérêt d'une réflexion sur le temps réside dans cette pragmatique du quotidien. La démarche a maintenant fait ses preuves et l'Espace de temps du Grand Lyon est amené à faire partager son expertise sur de l'offre de services innovants au sein de projets urbains tel celui de Lyon Confluence.

 

La prospective territoriale

L'autre grande politique temporelle est la prospective territoriale. Avec les lois Voynet, Chevènement et SRU, les acteurs locaux ont acquis une autonomie et une responsabilité face à leur avenir. La prospective territoriale, théorisée en partie par le laboratoire LIPSOR du CNAM, permet de construire des représentations collectives du futur par une méthode participative et de transformer cette vision en un programme d'actions publiques susceptible d'engager le territoire concerné vers un avenir souhaitable, déviant des tendances initiales. Toutes les régions ont réalisé au moins un exercice de ce type à partir de la méthode des scénarii. Cette démarche sert à l'élaboration de nouveaux instruments territoriaux tels que les SCOT et les Agenda 21. Avec le recul de presque vingt ans d'expérience, les outils et méthodes ont fait la preuve de leur efficacité (voir Techni.cités - N° 151 du 8 juin 2008) et on peut dorénavant envisager d'aller plus loin.

Il est intéressant de noter que, dans les pays anglo-saxons, des démarches de prospective plus opérationnelles sont apparues ces dernières années sous le vocable de visioning pour envisager avec les habitants concernés l'avenir d'un quartier, d'une ville ou d'une région. Le visioning se pratique en cinq phases : pédagogie, participation, scénarisation, modélisation et évaluation. Des ateliers publics élaborent des scénarii d'urbanisme qui sont ensuite intégrés dans un SIG afin de produire des modèles de simulation fournissant des indicateurs dont on pourra ensuite jauger en partie les performances. Los Angeles a achevé en 2005 le programme Compass de prospective territoriale qui marque une rupture avec le modèle suburbain classique tout en prévoyant l'intégration de 6 millions d'habitants supplémentaires pour 2030. Cette méthode de travail pragmatique articule participation des citoyens, projet et évaluation.

 

Mouvement de fond

Les politiques temporelles sont apparues avec l'évolution des modes de vie : la diminution de l'uniformité professionnelle, le passage graduel dans le troisième âge, l'individualisation des comportements et le développement des mobilités. D'autre part, les schémas d'orientation, plans directeurs et documents de planification s'imbriquent et doivent tenir compte de l'importance du capital temps. Décaler des horaires de services publics, mettre en place un système de transport à la demande permettent d'améliorer le service au public et d'optimiser les moyens. De même, la réflexion à long terme sur nos territoires nous engage à réfléchir aux investissements stratégiques et à éliminer les faux semblants.

Les démarches des bureaux des temps et de prospective territoriale sont finalement très proches. Elles conduisent à un travail transversal des services et bien souvent au rapprochement entre les acteurs. Il va sans dire que ce travail transversal est compliqué car les administrations ont encore beaucoup de mal à s'y adapter. A l'avenir, bureau de temps et prospective territoriale se mélangeront certainement dans l'emboîtement des échelles temporelles abordées. La pensée du temps se conjugue de plus en plus avec les impératifs environnementaux. L'enjeu climatique et l'engagement de réduction des gaz à effet de serre peuvent trouver des solutions simples dans l'organisation des temps des territoires. La ville de Strasbourg désire harmoniser les horaires des entreprises et des établissements scolaires afin de désengorger les axes de circulation et lisser la pollution automobile. En aménageant les différents horaires, elle espère écrêter les heures pleines du trafic des véhicules de transports en commun et limiter leur nombre et leur rejet.

Le développement de politiques temporelles transversales permettra à terme la mise en réseau et la mutualisation des moyens, le renforcement de la démocratie participative et surtout le fait que le concept de développement durable primera sur l'aménagement physique. Une autre voie de développement est possible : celle qui résume toutes nos actions au service d'une dynamique territoriale.

 

Paru dans Techni.cités n°168 du 23 avril 2009 (p19-20)

Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 08:44




Les ruines sont des paysages de transition. Chantier inachevé ou ouvrage en démolition. Elles témoignent que tout n’est que mouvement et que l’impermanence habite le monde.

 

La Renaissance a construit son savoir sur l’étude des ruines antiques. Il y allait plus que de l’exemple. Michel-Ange voulait créer des œuvres qu’on pourrait rouler du haut d’une montagne sans rien en casser ; tout ce qui se briserait alors serait superflu. La mémoire oubliée et l’oubli du détail. Le temps parachève toute création. Il n’en laisse apparaître qu’une masse minérale. Au mieux un massif, au pire un éboulis.

 

Plus tard Piranèse a erré dans d’improbables ruines qui magnifiaient la beauté sans égale de ce qui n’est jamais advenu. Toute chose n’est qu’une construction en devenir, puis en devenir de rien. Regarder une ruine comme dans un miroir : voir l’avant et l’après d’un seul coup d’œil.

JR
(crédit photographique Stéphanie Barbon)

Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /Sep /2008 10:10




Une multitude de formes temporelles existent. Elles intéressent des domaines variables de notre mémoire, de notre perception et de nos réflexions. Celles qui nous intéresseront ici partagent une implication dans les usages et la perception du présent.

 

Partout autour de nous, elles se déploient pour former le contexte hétérogène de notre existence. Elles forment la matière même de la vie urbaine. Les échelles temporelles se superposent et les formes s’associent pour créer des formes plus grandes.

 

Sur la façade d’un ancien commerce des affiches évènementielles sont régulièrement collées. Au bout de quelque mois elles forment une plaque de papiers collés que les services municipaux évacuent avant que d’autres affiches ne soient à nouveau collées. Au fronton vaguement classique de la devanture répond la palpitation des concerts. Il s’agit bien là d’un théâtre urbain, d’une scène dans le temps.

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