d/ Temporalités urbaines

Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 18:25

D’origine militaire, le réseau Internet et les réseaux Intranet de conception technique similaire, se développèrent à partir de la technologie informatique pure, née dans la Silicon Valley (où les innovations de la microélectronique ont permis l’augmentation des puissances de calcul), et de la capacité de mettre des micro-ordinateurs en réseau (création de commutateurs et de routeurs électroniques d’une part et perfectionnement des liaisons électriques puis optiques). Ce gain indéniable dans la vitesse de transmission des informations, cette économie de temps, étaient bien entendu aptes à servir l’économie et à séduire rapidement les marchés et les entreprises en voie d’internationalisation de leur activité. La restructuration économique des années quatre-vingt a suscité des stratégies de changement d’organisation dans les entreprises pour s’adapter aux nouvelles conditions des marchés suite à une rupture majeure dans l’organisation de la production. Ces changements d’organisation ont interagi avec la diffusion des technologies de l’information (tout en conservant une primauté de la décision politique des entreprises par rapport aux propositions technologiques) dans un contexte de forte incertitude engendré par le rythme rapide du changement de l’environnement économique et institutionnel. Ils ont visé à redéfinir les modes de travail et les pratiques de l’emploi, en introduisant l’automatisation du travail et l’allègement de la hiérarchie. Mais surtout, ils se sont révélés indispensables, par le truchement du traitement de l’information, pour la survie et le développement des organisations opérant dans l’économie informationnelle globale.

 

Les technologies de l’information ont alors peu à peu investi l’ensemble des pratiques humaines et principalement l’environnement urbain. Elles ont contribué à transformer les réseaux de communication qui structurent les villes, en stimulant l’intensification des échanges physiques et en participant à la régulation de ce trafic. Mais le principal bouleversement urbain survint grâce à la possibilité de connexion de chaque individu au réseau mondial de manière directe (par l’utilisation d’un ordinateur personnel) ou indirecte (par les multiples relais du réseau Internet dans la vie quotidienne). La pénétration du « one to one », de l’individualisation des relations à la globalité, a modifié progressivement les liens entre techniques et pratiques sociales, et fatalement,  influencera à terme la forme urbaine. Partie de l’économie, la révolution numérique de l’information dilata peu à peu les domaines de la culture et des relations sociales : la globalisation qui en résulte semble diffuser les mêmes produits et les mêmes comportements à l’échelle planétaire tout en accroissant la variétés et les choix disponibles en chaque lieu. La relation entre l’échelle locale et la mondialisation est éprouvée de manière diverse selon les observateurs. La combinaison du local et du global, appelée par contraction « glocal », peu être vue comme une invention, ou une réutilisation des spécificités fondées sur la proximité physique, par une globalisation porteuse de dynamiques d’homogénéisation mais aussi de différentiation.

 

Jean RICHER

Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 18:25

La complexité de l’économie actuelle doit être mesurée à l’aune de la révolution des technologies de l’information qui, aujourd’hui, bouleverse l’ensemble des activités humaines. Il faut observer que l’évolution des télécommunications se manifeste à un moment démographique crucial pour la planète. Depuis de 2005, la moitié de la population mondiale sera concentrée dans les villes. En 2025, deux tiers des habitants de la planète seront urbains. Ce phénomène essentiellement urbain expose donc une temporalité double. Il y a celle de l’aménagement, qui est un temps planifié dans sa réalisation en fonction des contraintes physiques et réglementaires. Une seconde temporalité apparaît avec le temps induit par les nouveaux réseaux en fonctionnement. Le réseau routier et l’usage de la voiture en sont un exemple. Le temps réel des télécommunications numériques, bien plus vif, en est un autre. Dans ce cadre, les échelles abordées et leurs éventuelles interactions sont nombreuses et l’histoire du développement des réseaux peut être vu comme un accroissement exponentiel de leur aire d’influence. Si l’assainissement ne concernait à l’origine que certains quartiers dans une ville, l’aménagement du réseau Internet se fait à l’échelle mondiale. Il faut dès lors noter que l’enjeu des réseaux réside surtout dans leur interconnexion permettant d’articuler différentes échelles spatiales.

 

Selon l’expression de Joël Tarr, la grande ville occidentale est passée en cent cinquante ans du statut de pedestrian city à celui de network city. Dans un espace temps relativement court au regard de leur histoire, les villes occidentales se sont dotées de réseaux de transport individuels ou collectifs, de communication, d’éclairage public, d’énergie électrique, de gaz, d’eau, d’assainissement, …suivant des modalités administratives et techniques très diverses. La seule caractéristique commune des dispositifs mis en place et regroupés sous le terme générique de réseaux techniques, est qu’ils fournissent de façon permanente, grâce à une technologie adéquate et a une organisation collective contrôlée ou non par la puissance publique, des services de transfert et de communication répartis sur un grand nombre de points de l’espace urbain. Cette extension de la desserte à un très grand nombre à pour effet de solidariser les points desservis et au-delà les consommateurs.L’extension des réseaux techniques obéit à un schéma tendanciel généralisable. Une première phase de démarrage plutôt lente et difficile coïncide avec l’adaptation du public et la mise au point du produit. Puis, passé une certaine masse critique, se manifestent des effets de réseaux, à savoir économies d’échelle du côté de l’offre, et effet d’avalanche du côté de la demande. Le raccordement est alors d’autant plus demandé que le réseau est étendu.

 

Ubiquité, immédiateté des relations toujours permises mais choisies dans le temps et dans l’espace, tel paraît être le nouvel idéal social des réseaux. A côté de leur fonctionnalité, transporter des fluides, des voyageurs, des signaux, les réseaux, désormais omniprésents dans l’espace urbain et au-delà, acquièrent une valeur commune relative à cet idéal : la matérialité de l’accès à un réseau ne fonctionne pas seulement comme un lien physique joignant entre eux tous les raccordés mais aussi comme un lien symbolique d’appartenance à une même communauté, à un même territoire organisé. Dans le domaine des transports, le réseau est souvent vécu comme étant un mouvement de lignes matérielles ou immatérielles qui recomposent un territoire divergent des limites administratives territoriales. Le sens des lieux ne se retrouve, lentement, que dans les relations avec d’autres lieux, avec d’autres points créant un système d’interrelations à partir d’un nouveau territoire unique. Le déplacement quotidien n’est plus un déplacement dans un espace homogène, mais un double déplacement spatial et temporel voyant la prise de possession d’un nouveau territoire-réseau.

 

Aux discontinuités linéaires de l’espace, créées par les frontières des périmètres historiques, ou administratifs, le réseau substitue une discontinuité intrinsèque qui efface en quelque sorte l’espace géographique hors des nœuds et des liaisons en créant un espace particulier. A la base de la notion de réseau, il faut reconnaître l’affirmation d’une diversité de points dans l’espace. Ces points seront animés de projets transactionnels qui leur donneront une épaisseur géographique et sociale : Il y a une  définition récursive du réseau, qui implique simultanément singularité (des points) et régularité (de la nature de la relation entre les points).

 

Les nouvelles technologies de la communication ne révolutionnent pas littéralement la logique globale des réseaux. Elles introduisent en revanche une nouvelle échelle, totale ou presque, qui aboutit au phénomène de la mondialisation pour reprendre l’expression de Mac LUHAN. L’économie internationale fonctionne maintenant en temps réel, comme un espace économique et financier quasi unifié. La globalisation n’est donc pas seulement une internationalisation plus importante des économies et des firmes mais implique des changements qualitatifs à l’échelle urbaine.

 

Jean RICHER

Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 18:21

L’espace offre un support physique à des pratiques sociales hétérogènes et simultanées. La matérialité spatiale se double toujours d’une signification symbolique : l’espace reflète la société et rend son ordre visible. La ville européenne s’était développée jusqu’à présent sur le principe de la contiguïté spatiale et temporelle. L’urbain était cumulatif de tous les contenus  issus de la nature, résultats de l’industrie et des techniques, œuvres de la culture, y compris des façons de vivre. Ces contenus s’incluaient dans l’espace l’urbain suivant un principe de contiguïté. Si notre société s’articule dorénavant en flux de capitaux, d’informations, de technologie, d’interaction organisationnelle, d’images et de symboles, bref, si elle est entrée dans l’ère de l’information, il faut supposer que l’espace en temps que support matériel de la simultanéité sociale adopte d’autre forme que la contiguïté physique et que son expressivité symbolique apparaisse différemment : la géographie s’en trouve révolutionnée et les formes urbaines s’en trouvent, de fait, renouvelées.

Jean-Philippe DORE & Jean RICHER

Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 16:01


Série de collages photographiques réalisés en capturant les images des 7 webcams dans trois mégalopes mondiales à raison d'une capture toutes les trois heures durant une journée entière.

Jean RICHER

Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:08

Architectes, urbanistes, maîtres d’ouvrages, constructeurs, chercheurs, politiques : ces champs disciplinaires saisissent tous la ville par un angle différent. Si la ville fait débat, se prête à la conceptualisation où au constat, il est difficile aujourd’hui d’en obtenir une image globale, ou en tous cas, une image qui fasse l’unanimité. Champ conceptuel mouvant, forme urbaine en mutation constante et rapide, ce qu’on appelle « la ville » est devenu par bien des aspects indéfinissable. Le plus déstabilisant est le hiatus entre l’image traditionnelle de la ville, comme un objet fini, protecteur et rassurant, et ce qu’elle est devenue. Le premier devoir des urbaniste est-il de lutter contre leur propres préjugés ? Quels discours les utilisateurs de la ville dense comme Paris peuvent-ils proposer quand la ville diffuse, diluée, saupoudrée, rompue, éparse, crée sans cesse des sphères d’hébétude ?

 

Nous sommes toujours à un moment donné de la ville. Vivre son temps, c’est constater la fin d’un modèle, que l’on peut de fait caractériser, et essayer de le faire muter ou d’en dégager un autre. Le paradoxe est que l’image que l’on garde de la ville est directement issue de ces modèles précédents. Il ne s’agit pas de dire : la ville contemporaine est tel nouveau modèle, mais plutôt : la ville contemporaine est la contestation et la mutation de tels modèles, au profit de tel ou tel autre. La ville a ses époques et ses générations, tout comme nous.

 
Jean-Philippe DORE

Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 15:03

Qui n’a pas participé à ces longues marches païennes les premiers jours de printemps, lorsque enfin le soleil réchauffe les corps et que se forme sur les quais des villes, le long des rivages maritimes ou encore dans les parcs, de longues files processionnaires de promeneurs. Cette action, jamais concertée, comme intuitive, est un rite de la société contemporaine où se mélange les classes et les ages. Souvent juste après le repas du dimanche, souvent en famille, nous nous retrouvons incidemment dans les mêmes allées à parcourir collectivement quelques kilomètres.

 

La semaine dernière, sur les quais de la Rochelle, ce même phénomène en marche. Dans les deux sens, sans qu’aucun ne prédomine puisque la procession opère un aller et un retour, une foule rieuse et bruyante parcourait lentement les quais de la vieille ville et la coursive jusqu’au casino. Ces lieux de procession, allées, quais ou avenues, sont dimensionnés pour le plus grand nombre et les aménagements récents – on pense par exemple aux quais de Bordeaux ou de Lyon – renforcent encore plus l’attractivité de ces lieux processionnaires.

 

Dans la foule des dimanches, il faut observer comment les jeunes couples parcourent rapidement l’espace à roller, tandis que des parents promènent des poussettes et que des familles marchent aux pas des plus vieux. Certains marchent en silence, même accompagnés, quant d’autres se livrent à des débats animés. Il y a toujours allongés sur des bancs quelques SDF qui marmonnent ou crient. Et tout ce gentil tumulte accompagne la procession. Tous rentreront un peu fatigués, le visage lissé par le vent, détendus d’un après midi passé au soleil et heureux d’avoir partagé une expérience collective, même inconsciente.

 

Ces lieux processionnaires semblent parfois être issus d’une tradition qui exige de se retrouver ensemble mais aussi dans une approche presque asiatique, le moyen d’entrer collectivement en contact avec la nature puisque les promeneurs longent des rivages ou des allées d’arbres centenaires. Cette grande réunion, des humains, de la nature et du climat s’apparente à une communion immémoriale.

 

C’est aussi l’histoire de la foule qui s’écrie. Pas la foule des beaux habits du dix-neuvième siècle, ni la foule populaire et revendicative du vingtième, mais bien la badauderie sans grande générosité, mais bigarrée et insouciante.

Jean RICHER

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